Enseignement des langues régionales : un développement très inégal

L'enseignement des langues régionales ne connaît pas une croissance égale en métropole, selon les actes récemment publiés d'un colloque national tenu en avril 2019. Si l'enseignement du breton et du basque est dynamique, d'autres langues, à l'image du flamand occidental, sont laissées pour mortes par l'Éducation nationale. 

L'enseignement des langues régionales de la France métropolitaine se porte mal. Telle est la première leçon à retenir du colloque "Les langues régionales : situation et perspectives", organisé le 8 avril 2019 au Sénat et dont les actes viennent d'être publiés et relayés par l'Association des régions de France.
Co-organisé par Elen, le réseau européen pour l’égalité des langues, lo Congrès permanent de la lenga occitana et le réseau associatif breton Kevre Breizh, ce colloque a réuni une centaine de personnes dont de nombreux parlementaires et élus locaux. Si des questions allant bien au-delà de l'enseignement ont été évoquées, celui-ci a constitué, pour la plupart des intervenants, le point d'entrée naturel pour évoquer la situation de chacune des langues concernées.
Car c'est bien l'un des principaux intérêts d'une rencontre nationale : la possibilité de rassembler des éléments épars afin d'illustrer une réalité souvent méconnue. Un des intervenants a d'ailleurs fort posé le constat : "Entre 2012 et 2017, ce sont ainsi quatre interlocuteurs successifs qui ont eu à s’occuper de ces affaires [au ministère de l'Éducation nationale]... Du coup, on en est au point qu’il est particulièrement difficile d’avoir ne serait-ce que des chiffres globaux sur le nombre d’élèves concernés."
Des chiffres, le colloque a donc pu en fournir, sans que les données, néanmoins, ne soient ni tout à fait complètes ni tout à fait complémentaires entre elles. Il n'en demeure pas moins qu'ils permettent de dresser un tableau à peu près à jour de l'enseignement des langues régionales en France. Il est à noter que le francique, parlé en Moselle et qui est enseigné, et le francoprovençal, parlé en Savoie mais qui ne fait pas l'objet d'une reconnaissance de la part de l'Éducation nationale, n'ont fait l'objet d'aucune communication durant le colloque.

La dynamique du basque et du breton

À la lecture des différents exposés, on peut classer l'enseignement des langues régionales en France métropolitaine en trois catégories : celles qui connaissent un enseignement dynamique, celles dont l'enseignement connaît des carences, tant en termes quantitatifs que qualitatifs, et enfin celles qui sont quasiment en état de mort clinique. 
Les langues régionales dont l'enseignement se porte le mieux sont le breton et le basque. Au Pays basque en 2018, dans le premier degré, 67% des établissements toutes filières confondues proposaient un enseignement bilingue ou immersif, contre 42% en 2004. Par ailleurs, 32 collèges sur 40 et 11 lycées sur 14 faisaient de même. Voilà pour l'offre. Toujours de 2004 à 2018, les effectifs scolarisés en bilingue ou en immersif ont augmenté de 79,3% pour atteindre 10.633 élèves. En 2018, 40,1% des élèves du premier degré, 21,5% des collégiens et 11,9% des lycéens suivaient un enseignement en bilingue ou immersif. 
L'enseignement du breton a pour sa part été jugé "développé et en croissance". En 2018, 18.337 élèves, dont 14.000 dans l’enseignement à parité horaire et 4.337 en enseignement immersif, fréquentaient 533 sites d’enseignement. Les effectifs du breton sont ainsi en progression dans l’ensemble des quatre départements de la région Bretagne et du département de la Loire-Atlantique. L’Ille-et-Vilaine affichait par exemple une progression des effectifs en filière bilingue publique de 68% sur trois ans.

Du corse à l'alsacien, un enseignement lacunaire

Viennent ensuite les langues présentant une progression que l'on peut qualifier de contrariée, notamment en raison de l'absence ou quasi-absence de classes immersives, d'une part, et de la faible part des classes bilingues dans le secondaire, d'autre part. Il en est ainsi du catalan. Si 18,1% des élèves sont touchés par son enseignement, 6% des élèves seulement suivent un enseignement bilingue ou immersif, contre 12,1% qui suivent de simples cours de langue vivante. Sur 31 collèges des Pyrénées-Orientales, 22 proposent une modalité d'enseignement (bilingue ou langue vivante) tandis qu'un seul lycée propose "la langue de spécialité, la littérature et la culture régionale". Une note d'espoir toutefois : la hausse de 16% en cinq ans de la filière bilingue.

Le corse, selon une convention signée le 3 novembre 2016 entre l'État et la collectivité de Corse, devait être enseigné dans les filières bilingues en cycle 4 (de la cinquième à la troisième) à 35% des élèves, et au moins une seconde bilingue devait être proposée par lycée. En 2018, seuls 21% des collégiens suivaient un tel enseignement, quant à l’offre bilingue au lycée, elle n'atteignait que 1% des élèves.
Avec ses 100.000 élèves en filières bilingues, l'occitan semble bien se porter. Pourtant, ce chiffre est à relativiser. Il faut tout d'abord le rapporter aux 32 départements historiquement couverts par la langue d'Oc, soit un tiers des départements français. Or, près de 65% des élèves d'occitan se concentrent dans l'académie de Toulouse où seuls trois établissements proposent aujourd'hui la langue régionale en enseignement de spécialité en classe de première. Par ailleurs, certaines zones importantes ne sont que très peu touchées par cet enseignement : dans l’académie de Bordeaux, seuls 300 élèves étaient scolarisés en option occitan l'an passé. Plus grave : en janvier 2019, la rectrice de l'académie de Toulouse a annoncé "la diminution du poids de l'option d'occitan et la suppression des moyens spécifiques pour l’enseignement de l’occitan à Toulouse".
L'alsacien offre pour sa part un paysage très contrasté. D'un côté, environ 20% des écoles maternelles offrent un cursus bilingue français-allemand standard (qui forme, avec les différents dialectes, la langue régionale). Parallèlement, à l’école primaire toute la population bénéficie d’un enseignement de l’allemand standard à raison, en principe, de trois heures hebdomadaires. Ce cadre, appelé "système extensif", coexiste avec un cadre dit "intensif", soit une filière bilingue paritaire français-allemand standard. Environ 29.000 enfants en bénéficient, soit 17% des élèves. D'un autre côté, la filière bilingue n’est pas poursuivie au collège, où seul un enseignement hebdomadaire de quatre heures est proposé. La filière bilingue est encore absente au lycée. 

Gallo et flamand occidental, une mort certaine ?

Reste les grands oubliés des politiques de promotion des langues régionales dans l'enseignement. Actuellement, le gallo n'est enseigné, en tant qu'option facultative, que dans trois collèges et cinq lycées. Et il ne compte que cinq enseignants dont un seul à temps plein.
La situation est plus dramatique encore pour le flamand occidental, qualifié d'"enseignement confidentiel". Et pour cause : dans l'arrondissement de Dunkerque – qui compte près de 380.000 habitants, soit plus que toutes les communes du Pays basque réunies –, l'initiation scolaire ne concerne que trois écoles primaires publiques, une école privée et un collège privé. Si l'on ajoute quelques initiations sporadiques dans des écoles primaires volontaires, on atteint à peine deux cents élèves. Le flamand occidental, qui était enseigné au collège dans les années 1980, est ainsi passé à côté des principaux textes régissant les langues régionales. Aujourd'hui, son enseignement "n'est pas porté par l'institution", au point que "l'Éducation nationale semble attendre le départ en retraite de l'enseignant [notez le singulier, ndlr] pour arrêter purement et simplement de l'enseigner". Une perspective par trop pessimiste ? Comme l'a souligné un intervenant : "Il y a eu pendant longtemps des cours de breton, d'occitan, de langue régionale en région parisienne et ça a disparu au fil des ans. J'ai enseigné pendant trente ans l'occitan dans l'Académie infernale [sic] de Créteil dans un lycée public en option facultative. Il y avait juste à côté un cours de breton, supprimé aussi quand l'enseignant est parti à la retraite, un prétexte idéal." Or, "une langue non enseignée est vouée à une mort certaine", peut-on encore lire dans les actes du colloque… 

 

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