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Culture - Et si les touristes payaient l'entretien du patrimoine ?

Le Conseil d'analyse économique (CAE) a présenté le 10 mars un rapport sur la valorisation du patrimoine. Rédigé par deux économistes membres du CAE, ce rapport intitulé "Valoriser le patrimoine culturel français" n'est évidemment pas sans lien avec les réflexions de la mission conduite par Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet, qui a débouché, en septembre 2007, sur la création de l'Agence du patrimoine immatériel de l'Etat (Apie). L'approche du CAE est cependant à la fois plus large - elle ne se limite pas au patrimoine de l'Etat - et différente. Le rapport commence par justifier l'intervention publique dans le secteur du patrimoine, notamment en raison de la défaillance du marché. Cette dernière a plusieurs causes : le caractère de bien public du patrimoine, les coûts fixes importants et les rendements décroissants associés à l'offre de patrimoine (en lien direct avec la gratuité croissante de l'accès au patrimoine), le manque de cohérence des préférences des agents économiques et le souci de redistribution des politiques publiques. Le CAE pointe aussi l'externalité positive constituée par "le fait que le secteur touristique bénéficie de l'entretien et la mise en valeur du patrimoine culturel, mais y contribue peu".

Taxe de séjour et tarifs différenciés

La conclusion se lit déjà dans les prémices. Considérant que "le tourisme est le premier bénéficiaire du patrimoine", le rapport du CAE propose "de faire participer davantage les acteurs du tourisme à son financement". Ceci pourrait passer notamment par une augmentation de la taxe de séjour (à hauteur de 6% du tarif d'une nuitée) et par un doublement des tarifs des musées nationaux pour les touristes étrangers hors Union européenne, comme cela se pratique déjà dans certains pays.
La réponse est toutefois plus subtile que cette équation pourrait le laisser croire. Ainsi, les auteurs estiment nécessaire d'améliorer l'évaluation et la mesure de l'entretien du patrimoine et de ses effets. Ils jugent en effet nécessaire de dépasser les seules études d'impact pour développer la mesure de la disposition à payer des citoyens et mettre sur pied une base de données détaillée recensant les collections nationales et le patrimoine classé et inscrit.
Au-delà de l'augmentation de la taxe de séjour et du doublement des tarifs des musées pour les non résidents hors UE, le rapport du CAE suggère aussi de mettre sur pied une tarification plus flexible des musées et des monuments historiques, variant en fonction de l'heure et de la période de l'année. Il préconise également de créer des fonds de dotation pour les grands musées, sur le modèle de l'"endowment" anglo-saxon.

Limiter le "star system"

Le troisième axe développé par les auteurs porte sur la préservation de la diversité. Il s'agit plus précisément d'"éviter que quelques lieux soient congestionnés quand tous les autres sont pratiquement déserts", ce que les auteurs appellent la "logique du star system". Pour cela, le rapport juge nécessaire d'améliorer l'information du public sur les monuments et les musées "délaissés" et de mieux utiliser le patrimoine dans l'accueil des écoles et des lycées. Il recommande aussi de mieux protéger le "petit patrimoine" et de décentraliser les décisions d'investissement "aux échelons les plus locaux", ce qui passe par une relance du transfert des monuments aux collectivités.
Enfin, le dernier axe concerne la valorisation du patrimoine immatériel. Considérant que la consommation de ce dernier n'engendre pas d'effets de congestion, le CAE estime qu'"il est légitime et économiquement efficace de mettre ce patrimoine immatériel à disposition du public gratuitement", le financement de la numérisation préalable du patrimoine relevant en revanche de dispositifs comme le grand emprunt. Dans la même ligne, les auteurs préconisent de professionnaliser la valorisation des "marques culturelles". Ils consacrent également des propositions à la valorisation des métiers d'art, notamment en privilégiant l'accompagnement à l'export et en accroissant le recrutement des filières correspondantes.
Destinataire du rapport du CAE dès le 1er mars, Frédéric Mitterrand n'a pas encore fait connaître sa réaction sur ce document qui bouscule quelque peu les conceptions traditionnelles des milieux culturels. 

 

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