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Face aux antennes relais vandalisées, la riposte locale s’organise

Le ministère de l’Intérieur a dénombré 174 actes de vandalisme sur des installations de télécommunication, et plus particulièrement des antennes, en 2020. La Fédération française des télécoms a annoncé la mise en place de conventions locales pour tenter de prévenir ces attaques et retrouver leurs auteurs.

La destruction intentionnelle d’infrastructure de télécommunication, antennes ou câbles optiques, a connu une envolée en 2020. Selon un récent rapport du ministère de l’Intérieur consulté par nos confrères de France Inter, 174 sites ont fait l’objet de sabotages, plus de la moitié étant incendiés. Dans les trois quarts des cas, il s’agit d’antennes situées en zone rurale, l’Ardèche, les Bouches-du-Rhône, la Drôme, la Haute-Garonne et l’Isère figurant en tête des départements les plus touchés.

Mobile et télévision coupés

Des départements qui pour certains souffrent aussi d’une piètre couverture en fibre ou d’un réseau cuivre dégradé (voir notre article du 10 février 2021), ce qui se traduit par une perte de service particulièrement dommageable pour les habitants dépendant de ces installations. Les antennes sont par ailleurs ciblées sans distinction, celles-ci pouvant être exploitées pour la téléphonie mobile, le THD radio, la 4G fixe ou encore la télévision. Un relais incendié près de Limoges (Haute-Vienne) en janvier 2021 avait ainsi privé temporairement 1,5 million de personnes de radio et de télévision numérique terrestre. Pour les opérateurs et gestionnaires de sites, le préjudice financier est aussi très conséquent. 

Seulement 14 faits élucidés

Selon ce même rapport de l’Intérieur, seulement 26 interpellations, liées à 14 faits, ont eu lieu. Une des difficultés des enquêteurs est qu’il n’y a pas de profil type pour leurs auteurs et aucune coordination avérée. Les sites extrémistes ou complotistes ne font ainsi que relayer des informations trouvées sur internet. Les motivations peuvent être très diverses : craintes des ondes pour la santé, risque de cybersurveillance ou encore pollution visuelle ou environnementale. Le ministère de l'Intérieur note cependant un nombre croissant d'actions contre les infrastructures 5G. Autre élément inquiétant, la diffusion d’appels à détruire les équipements de radiotéléphonie et de "guides" détaillant les zones peu surveillées, expliquant la prééminence des exactions en zone rurale.

Une convention entre l’État et les opérateurs

Face à l’aggravation de ce phénomène, la Fédération française des télécoms (FFT) a annoncé avoir signé récemment une convention avec le ministère de l’Intérieur pour prévenir ces actes de vandalisme et appréhender leurs auteurs. Celle-ci a vocation à être déclinée localement par les préfets dans le but de coordonner gendarmerie, services du procureur et gestionnaires de sites de radiotéléphonie. "Il s’agit notamment de définir un mode opératoire et de fluidifier la circulation de l’information entre les différentes parties prenantes", explique Alexandre Galdin, en charge des affaires réglementaires à la FFT.

Inciter à porter plainte

L’objectif est aussi d’inciter les victimes à porter plainte pour permettre l’élucidation des faits. "Les opérateurs sont soumis à des injonctions contradictoires entre les obligations du code des communications électroniques sur la remise en service des installations dans les plus brefs délais et la nécessité de ne pas détruire des éléments de preuve pour les enquêteurs" précise le juriste. Ni l’association des Towercos (voir notre article du 22 mars 2021), qui réunit les principaux gestionnaires de sites mobiles, ni les représentants des collectivités territoriales, qui peuvent être propriétaires de points hauts, ne sont signataires de cette convention nationale. "Cela ne veut pas dire que ces acteurs ne seront pas sollicités par les préfets pour sa déclinaison locale" tempère la FFT. 

  • Starlink : deux communes sur trois s'opposent à l'installation d'antennes relais sur leur sol 

Villenave-d'Ornon (Gironde) a dit oui. Gravelines (Nord) et Saint-Senier-de-Beuvron (Manche) s'y opposent... pour le moment. Deux des trois communes "élues" de Starlink, le projet titanesque d'Elon Musk, n'ont pas sauté de joie en apprenant qu'elles avaient été choisies par le patron milliardaire de Tesla. L'ambition de ce programme hors norme : fournir internet haut débit depuis l'espace en déployant des stations satellitaires, à 550 km au-dessus de la terre, qui sont reliées à des antennes relais terrestres. Quelque 300 satellites ont déjà été placés en orbite, et ce nombre doit rapidement augmenter, potentiellement jusqu'à 42.000. Côté terre, en France, Starlink a fait des demandes pour quatre stations de ce type. L'Agence nationale des fréquences (ANFR) en a autorisé trois : à Saint-Senier-de-Beuvron (Manche), Villenave-d'Ornon (Gironde) et Gravelines (Nord). Selon l'ANFR, ces stations de communication n'émettent que vers le ciel et ne présentent pas de risque pour la population. Il en existerait déjà une centaine en France depuis la création des satellites il y a 50 ans.

Pourtant, quand la société sous-traitante de Starlink, SpaceX, s'est tournée vers les trois municipalités pour installer ses équipements, ses radômes - des sphères blanches d'un diamètre de 2,30 mètres utilisées pour protéger les antennes relais et ses antennes -, les autorisations n'ont pas été automatiques. La municipalité de Villenave-d'Ornon (Gironde) a donné son accord rapidement. Mais à Gravelines (Nord), la commune a suspendu en mars 2021 son avis favorable rendu dans un premier temps. Son maire, Bertrand Ringot pensait au départ avoir affaire à une installation classique d'antennes relais, relate France Bleu Nord dont il était l'invité 24 mars. Il s'est ravisé quand il a compris qu'il s'agissait du programme Starlink. Ce dernier a fait savoir à France Bleu Nord qu'il regrettait "le manque d'étude détaillée sur les ondes et demande des éléments complémentaires sur les simulations d'exposition aux ondes magnétiques" et se dit "surpris par l'absence de débat et d'enquête publique sur le sujet". Il a demandé au sous-préfet de Dunkerque la tenue d'une réunion avec les services de l'État avant le 30 avril, date à laquelle il doit rendre son avis. Une même réaction de défiance s'est fait connaître à Saint-Senier-de-Beuvron (Manche) ; la commune ayant refusé, pour l'heure, d'octroyer le permis de construire. Son maire dénonce lui aussi les dangers éventuels et le manque d’informations.

V.F. / Localtis

 

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