Filière économique du vélo : un rapport parlementaire veut remettre en selle tous les acteurs

Le député LREM du Val-de-Marne Guillaume Gouffier-Cha a remis ce 8 février aux ministres délégués chargés des Transports et de l'Industrie son rapport de mission sur la filière économique du vélo en France. Alors que la pratique de la bicyclette augmente pour les déplacements du quotidien, la France ne produit que l'équivalent du quart des vélos vendus sur son territoire. Le député souligne la nécessité de "reconstruire les fondements d'une industrie du vélo" et défend la création d’un comité de filière rassemblant l’ensemble des acteurs économiques du secteur, qui pourrait représenter plus de 100.000 emplois d'ici 2050. Il appelle aussi à actualiser le plan vélo dès 2022 et à porter le fonds mobilités actives à 400 millions d’euros par an.

Chargé par Jean Castex, en octobre dernier, d'une mission sur la structuration de la filière vélo (lire notre article), le député LREM du Val-de-Marne Guillaume Gouffier-Cha a remis ce 8 février son rapport  aux ministres délégués chargés des Transports et de l'Industrie. "L'économie du vélo est un exemple parmi d'autres des erreurs de notre politique de désindustrialisation que nous avons menée au cours des cinquante dernières années et des perspectives nouvelles qui s'ouvrent à nous aujourd'hui", estime d'emblée le parlementaire.
Après avoir rencontré plus d'une centaine d'acteurs industriels et économiques, ainsi que des associations et collectivités territoriales, et visité de nombreux sites, en France et au Portugal, il veut croire en "une réelle opportunité industrielle pour le vélo" résultant du changement des usages en cours.

"Révolution des pratiques"

Si le vélo est aujourd'hui le mode de déplacement principal de 4% de Français seulement, loin de la moyenne européenne qui est de 12%, le Plan Vélo présenté en 2018 par le gouvernement a pour ambition de faire passer sa part modale à 9% d'ici 2024 puis à 12% d'ici 2030. "La révolution des pratiques que nous observons aujourd’hui entraîne un besoin en équipements de qualité, observe le député.
En outre, ce besoin arrive au moment où le vélo connaît des évolutions technologiques majeures avec le développement du vélo à assistance électrique (VAE) et du vélo cargo. "Entre 2019 et 2021, le nombre de VAE vendus est passé de 400.000 à 700.000 et il devrait s’en vendre plus d’un million par an d’ici 2025, rappelle-t-il.  Pour les vélos cargos, le besoin est estimé à 300.000 d’ici à 2027, ce qui signifie de passer de 11.000 vélos cargos vendus par an à 60.000 unités." "Ces vélos de moyen ou haut de gamme représentent de réelles opportunités de croissance pour les industriels français", souligne Guillaume Gouffier-Cha. Or, le secteur est depuis plusieurs décennies très fortement dépendant de l’Asie, relève-t-il. "Aujourd’hui, sur les 2,685 millions de vélos vendus en France, seuls 690.000 y sont assemblés, détaille-t-il. Malgré une histoire industrielle forte du vélo, la France produit à ce jour l'équivalent du quart des vélos vendus sur son territoire."

"Pari de réindustrialisation"

Pour "reconstruire les fondements d'une industrie du vélo", selon ses termes et "réussir ce pari de réindustrialisation", "nous devons fortement investir dans le développement et la modernisation de nos usines. Dans le même temps, nous devons investir dans l’innovation afin d’identifier les futures ruptures technologiques du vélo". "Nous devons développer le travail entre les différents acteurs de cette filière vélo, mais aussi les échanges avec les acteurs d’autres filières afin de créer des partenariats de production de composants, comme avec les filières automobile et aéronautique ou le décolletage par exemple, propose-t-il. Enfin la production de vélos en France, qui est écologiquement et socialement plus vertueuse, doit être reconnue à travers la mise en place d’un label France Vélo. Il importe aussi de structurer le marché de seconde main."

Proposition d'un comité de filière

Mais l'auteur du rapport estime aussi que l'enjeu économique du développement du vélo "ne se limité pas au défi industriel". "L’écosystème du vélo est divers et comprend aussi bien les secteurs des services, de la réparation et de la maintenance, de la cyclo-logistique et du vélo tourisme", rappelle-t-il. Des secteurs eux aussi en pleine expansion : plus de 100.000 emplois pourraient y être créés d’ici à 2050 selon certaines estimations, indique le rapport. "Les perspectives de développement économique sont importantes, mais elles demeurent conditionnées à la structuration de la filière, à la création de formations professionnelles pour l’ensemble des métiers du secteur, au développement des infrastructures cyclables qui sont encore grandement insuffisantes en France", constate toutefois Guillaume Gouffier-Cha qui propose pour cela la création d’un comité de filière rassemblant l’ensemble des acteurs économiques du vélo. 
En matière de services, il suggère également de promouvoir les vélos assemblés en France dans les appels d’offres publics de services de vélos en libre-service (VLS) et de location longue durée (LLD) qui ont enregistré des augmentations à deux ou trois chiffres entre 2015 et 2020, rappelle-t-il (+86% pour les VLD et +87% pour les VLS). Le député préconise aussi d'intégrer l’usage du vélo cargo et le développement de la cyclo-logistique dans l’aménagement des villes (plans locaux d'urbanisme, plans climat air-énergie territoriaux, zones à faibles émissions) avec des pistes cyclables larges, des stationnements adaptés, des espaces de logistique urbaine. Il propose également de mettre en place "de manière prioritaire" des plans de cyclo-logistique dans les zones à faibles émissions (ZFE). Il faudrait en outre selon lui favoriser les mobilités actives sur les destinations touristiques.

Lever les freins à la pratique du vélo

Le député insiste aussi sur la nécessité de continuer à développer la pratique du vélo en levant ses principaux freins. "Ces freins sont connus de chacun. Il s’agit de la sécurité pour se déplacer, de la sécurité pour le vélo et de la nécessité de savoir rouler. Si nous n’arrivons pas à lever ses trois freins, la part modale du vélo dans les déplacements des Français n’augmentera que très peu et les retombées économiques, sociales et environnementales n’évolueront qu’à la marge", estime-t-il. "La première nécessité est d’offrir aux cyclistes un espace public accueillant et inclusif en construisant toujours plus d’infrastructures cyclables performantes, qui prennent nécessairement de l’espace à la voiture, tout en transformant en profondeur la voirie pour la rendre plus attractive aux cyclistes, en modérant les vitesses, limitant le transit motorisé, et aménager des espaces piétons confortables pour limiter les conflits potentiels", avance-t-il.

Rattraper le retard en matière d'infrastructures

La France est en retard en matière d'infrastructures cyclables mais ce retard est selon lui difficile à chiffrer faute de cartographie exhaustive des aménagements cyclables. Il propose donc d'abord de promouvoir le standard des données des aménagements cyclables à utiliser par tous les territoires, pour l'urbain et le tourisme, et d'inciter les territoires à se cartographier. Il invite aussi à disposer de statistiques plus fines sur la pratique du vélo (comptages, observatoires, enquête part modale).
Compte tenu des besoins en infrastructures nécessaires pour atteindre la cible de 9% de part modale du vélo en 2030 – 100.000 km de pistes cyclables en sites propres et voies vertes et entre 3 et 20 millions de places de stationnement vélo supplémentaires sécurisées -, Guillaume Gouffier-Cha propose de renforcer et accélérer le plan vélo qui devrait selon lui être actualisé "dès cette année" en portant le fonds mobilités actives à 400 millions d’euros par an alors qu'à sa création, en 2019, ce fonds a été doté de 350 millions d’euros sur sept ans (2019-2025) et a reçu 150 millions d’euros supplémentaires dans le cadre de France relance en 2021.
De plus, il faudrait aussi selon lui que le plan vélo intègre des sujets qui n'avaient pas été identifiés en 2018 comme la réparation et la maintenance, la construction de la filière économique, le développement du vélo-tourisme et celui de la cyclo-logistique.

Renforcer et clarifier les aides aux collectivités

Le député appelle à "renforcer les aides aux collectivités pour les infrastructures dans une logique de politique transport", avec un objectif de 30 euros/habitant/an et à "rendre plus effectives" ces aides en les simplifiant, en clarifiant les dispositifs et en les inscrivant dans la durée. Pour cela, il propose de sortir de la logique unique de l’appel à projets et d'ouvrir la possibilité de financements pluriannuels. Autres préconisations intéressant les collectivités :  proposer un taux de subvention plus important dans les zones denses pour qu’elles consacrent plus d’espaces au vélo – à hauteur de 50% - et en particulier les territoires concernés par les ZFE. Le député veut aussi "favoriser les projets inscrits dans des logiques intercommunales". Il préconise en outre d'accompagner les collectivités dans le programme "Savoir rouler à vélo" (SRAV) qui vise à encourager la pratique du vélo par les jeunes.
"Au-delà du travail de clarification des aides budgétaires, nous devons lancer le chantier de l’harmonisation des règles de construction des pistes cyclables et de leurs signalétiques et clarifier les règles d’obligation de places de vélo dans l’espace public (…), ajoute le député. Pour des raisons de sécurité essentiellement et de bonne cohabitation des usagers, les pistes cyclables doivent par ailleurs rester réservées aux mobilités actives, les draisiennes électriques n’y ont pas leur place par exemple."
Dans un communiqué commun, les ministres de la Transition écologique, des Transports et de l'Industrie ont salué "un travail indispensable pour poursuivre la reconnaissance du vélo comme un mode de transport à part entière. Il en va ainsi des préconisations visant à consolider les acquis du plan vélo, comme le fonds mobilités actives ou les aides à l'achat, à soutenir les innovations industrielles, à développer la réparabilité des vélos et le marché d'occasion". Ils y voient aussi "une invitation aux acteurs économiques du vélo et aux collectivités locales à redoubler de dynamisme, avec l'appui de l'Etat, pour accélérer et changer d'échelle".
 

 

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