Vélo : comment "transformer l’essai"

Le Club des villes et territoires cyclables et marchables entend asseoir en 2022 l’essor pris par le vélo ces derniers mois. Pour y parvenir, il a insisté, lors d'une visioconférence de presse ce 11 janvier, sur le développement des infrastructures et, plus largement sur la nécessaire redistribution de l’espace public. Il plaide encore pour la réduction de la vitesse automobile en ville, la généralisation du forfait mobilité durable ou le renforcement du dispositif "savoir rouler". Le développement de la filière économique du vélo continuera également d’être promu, le député Guillaume Gouffier-Cha ayant levé le voile sur son rapport à paraître prochainement.

Après "une année 2021 formidable pour le vélo", Françoise Rossignol, présidente du Club des villes et territoires cyclables et marchables, entend transformer l’essai en 2022, a-t-elle prévenu lors d'une visioconférence de presse ce 11 janvier. Principal chantier à conduire, celui des infrastructures. "Une question majeure pour les collectivités locales", estime Françoise Rossignol. "La crise leur a donné un coup de boost, mais il s’agit aujourd’hui de les pérenniser", explique-t-elle.
Pour y parvenir, elle souligne que l’accompagnement de l’État est indispensable. Financier d’abord. "L’idée serait de passer de 50 millions à 500 millions d’euros". Mais aussi en termes d’ingénierie, alors que "plusieurs intercommunalités ont pris la compétence Mobilité" et se retrouvent parfois démunies (le club a prévu d’actualiser son "guide des coûts"). Le député Guillaume Gouffier-Cha (voir encadré), co-président du Club des élus nationaux pour le vélo, confirme : "On constate un écart entre les autorisations d’engagement en la matière, qui représentent environ 170 millions d’euros, et les crédits de paiement, de l’ordre de 35 millions d’euros. Cet écart s’explique notamment par les difficultés rencontrées en matière de recrutement pour la réalisation des travaux". Des travaux qui se complexifient : "la question des couloirs de bus doit trouver des réponses différentes en fonction des territoires. Un traitement au cas par cas est nécessaire", avertit par exemple Françoise Rossignol. Patrice Pattée, vice-président du club, relève pour sa part qu’au traditionnel "conflit d’usages entre piétons et automobilistes, s’ajoute désormais un conflit entre piétons et cyclistes".

Redistribution de l’espace

"Vélo et marche ne doivent pas être vus comme concurrents, mais complémentaires, argue Françoise Rossignol, rappelant que le club, qui a modifié son intitulé, vise désormais à défendre tant le premier que la seconde. L’élue concède néanmoins que "le partage de l’espace est difficile. L’espace public s’organise aujourd’hui autour de la voiture. Les transports en commun y trouvent difficilement leur place, vélos et piétons se partageant la part restante. Il faut renverser cette pyramide", plaide-t-elle. Cette redistribution de l’espace constitue ainsi une autre priorité du club, tant pour la circulation que le stationnement des vélos. À cet égard, Françoise Rossignol plaide pour le déploiement des garages sécurisés, "en pensant intermodalités, auprès des gares, des pôles d’échanges…", ou encore pour entériner "la règle visant à neutraliser deux places de stationnement automobile de chaque côté d’un passage piéton" au bénéfice de parkings vélo.

Réduction de la vitesse des automobiles… et des cyclistes

Autre dossier prioritaire, la réduction de la vitesse automobile, "seul moyen, avec l’amélioration de la visibilité et des infrastructures, de renforcer la sécurité". Françoise Rossignol souhaite que le "30km/h en ville devienne le standard, en réservant le 50km/h à quelques exceptions. Les mentalités ont évolué. Il faut passer à l’acte, et pas seulement dans les zones ZFE-m [zones à faibles émissions mobilité]", insiste-t-elle. Le club, comme les autres associations de défense du vélo, est en revanche vent debout contre la proposition de loi du sénateur François Bonneau visant à généraliser l’obligation du port du casque, qui doit être examinée en commission des lois de la Chambre haute ce 12 janvier, et en séance publique le lendemain. L’association redoute que cette "fausse bonne idée ne mette un frein à la pratique" - l’exemple australien est souvent invoqué et la mesure avait été écartée lors des débats de la loi d'orientation des mobilités (LOM). Reste que la vitesse des cyclistes va croissant, notamment via le recours aux cycles à assistance électrique. Patrice Pattée insiste sur le fait que les cyclistes, singulièrement "les vélotaffeurs", doivent eux aussi veiller à mettre parfois les mains sur les freins : "Il faut admettre que les infrastructures cyclables en site propre s’effacent dans le cœur des villes, et les cyclistes doivent accepter de réduire leur vitesse dans ces zones". Il va même jusqu’à défendre "la sacralisation de la place des piétons, pas tous agiles, voire même fragiles", en interdisant dans certaines rues "non seulement la circulation des engins personnels de déplacement motorisés – dont l’utilisateur est tout aussi passif que l’automobiliste –, mais aussi des vélos".

Un moyen de transport à part entière

Le club entend pour autant plus que jamais faire du vélo "un mode de transport du quotidien à part entière", autre chantier jugé prioritaire alors que "sa part modale est encore extrêmement faible", souligne Françoise Rossignol. Guillaume Gouffier-Cha dévoile que c’est un axe de son rapport (voir encadré). "Le vélo ne doit plus être seulement vu comme un loisir ou une activité sportive, mais bien comme un moyen de transport, qui nécessite d’être pleinement pris en compte dans notre politique de transport". Il plaide ainsi pour que le budget consacré au vélo soit exprimé en euros par habitant, "ce qui permet une comparaison avec les autres pays, mais aussi avec les autres modes de transport. En France, le vélo, c’est aujourd’hui un peu moins de 10 euros par an et par habitant si l’on tient compte des dépenses d’investissement et de fonctionnement, contre 271 euros pour la voiture et 473 euros pour les transports en commun. Il faut porter ce montant à 30 euros", assure-t-il. Françoise Rossignol entend, elle, lutter pour "rendre le forfait mobilité durable obligatoire pour l’ensemble des employeurs, et en augmenter le plafond à 600 euros".

Savoir rouler

Autre chantier évoqué, le développement du dispositif Savoir rouler. "C’est indispensable pour remettre en selle de nombreuses personnes", enseigne Françoise Rossignol, évoquant notamment "les quartiers prioritaires de la ville où le vélo fait face à des problèmes culturels". " Les collectivités sont prêtes, mais elles doivent être accompagnées financièrement… et réglementairement", soutient-elle. Et de s’expliquer : "si on veut le massifier, il faut le faire en milieu scolaire. Or il est extrêmement complexe de rentrer dans le cadre du ministère de l’Education nationale, que cela soit pour la question des diplômes, ou plus encore en matière de responsabilité de l’enseignant lors des sorties hors de l’école. Or elles sont indispensables, notamment pour le bloc 3, où l’on doit apprendre à circuler en situation réelle".

 

"Développer une filière économique, et pas seulement industrielle"

Si le député Guillaume Gouffier-Cha entend réserver la primeur de ses propositions au Premier ministre, commanditaire d’un rapport visant à développer "une réelle industrie du vélo en France", il n’en a pas moins dévoilé quelques éléments ce 11 janvier, dont la conclusion principale. "Il est nécessaire de construire une filière économique, et pas seulement industrielle. Ce qui inclut les infrastructures, en y associant bureaux d’étude et entreprises du BTP, le vélo-tourisme, qui rapporte plus que la filière industrielle aujourd’hui, les services – réparation, maintenance, mais aussi services de cartographie…–, où seront principalement créés les emplois, la cyclologistique, le sport, les loisirs…", explique-t-il. L’élu relève que ce sont autant de "sujets absents" du plan vélo de 2018, qu’il propose "de compléter dès septembre prochain", en renforçant en outre les budgets "trop bas" du fonds de mobilité active, qui doit être "repensé". Dans le domaine proprement industriel – un "secteur renaissant après que la France, un des leaders historiques, a tout perdu : compétences, brevets" –, le député se dit convaincu "que la production d’un certain nombre de pièces, comme les cadres, peut être rapatriée en France". Il est plus sceptique en revanche à l’égard "des dérailleurs, pour lesquels on est totalement dépendant. On sait construire des Rafale, des centrales, mais pas des dérailleurs", grince-t-il.

 

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