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Gérard Collomb dévoile son plan d'action pour les sapeurs-pompiers volontaires

Publié le
par
Michel Tendil
dans

Sécurité

Fonction publique

En conclusion du 125e congrès des sapeurs-pompiers à Bourg-en-Bresse, le ministre de l'Intérieur a présenté un nouveau "plan d'action" pour relancer le volontariat en stagnation depuis plusieurs années. Gérard Collomb s'est notamment engagé à prendre une initiative politique auprès de la Commission européenne afin d'écarter toute application aux sapeurs-pompiers volontaires de la directive européenne de 2003 sur le temps de travail.

Depuis des années à la tête de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), le colonel Eric Faure alerte sur l’équilibre instable du modèle de sécurité civile français. Modèle qui repose en grande partie sur les volontaires qui représentent 194.000 des 247.000 pompiers français, mais dont le nombre, après avoir fortement baissé, stagne depuis une dizaine d’années. En passant le flambeau au colonel Grégory Allione (directeur du Sdis des Bouches-du-Rhône), vendredi 28 septembre, il aura eu la satisfaction de voir qu’un bon nombre de ses recommandations pour relancer le volontariat a été repris par le gouvernement. "Le volontariat est le socle de notre système de sécurité civile, le pilier sans lequel tout s'effondre", a en effet déclaré le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, samedi 29 septembre, en clôturant le 125e congrès des sapeurs-pompiers à Bourg-en-Bresse (Ain). Le ministre a déroulé devant les 1.000 congressistes les 37 mesures du plan qu’il souhaite mettre en œuvre rapidement (19 des 37 mesures seront déployées "d’ici le premier trimestre 2019"). Des annonces qui "ont globalement répondu aux attentes des sapeurs-pompiers de France, qui demeureront cependant attentifs à leur déclinaison et jugeront sur actes durant ce quinquennat", a réagi la FNSPF, dans un communiqué.
Ce nouveau plan d’action 2019-2021 (qui succède à un "engagement national" pris par François Hollande en 2013) est lui-même directement inspiré du rapport remis en mai dernier par la "mission volontariat" composée d’Eric Faure, Catherine Troendle, présidente du Conseil national des sapeurs-pompiers volontaires (CNSPV), Olivier Richefou, président du département de la Mayenne et de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours (CNSIS), Fabien Matras, député du Var, et Pierre Brajeux, vice-président du Medef. Cette réflexion avait été commandée par le chef de l’État en octobre 2017. Le rapport pointait un effet ciseau avec une baisse de 7% du nombre de volontaires en quinze ans alors que, dans le même temps, les interventions ont augmenté de 20%.

"Choc de recrutement"

En réponse, ce plan gouvernemental comporte deux axes : favoriser les vocations et fidéliser ensuite les sapeurs-pompiers volontaires qui, aujourd’hui, s’engagent pour une durée moyenne de onze ans et sept mois. Même si, de ce point de vue, des progrès ont été accomplis puisque la durée d’engagement a gagné quasiment deux ans ces dix dernières années. Il y a une très forte déperdition les cinq premières années (entre 30 et 40% de départs), souvent en raison de la difficulté de concilier l’engagement avec sa vie professionnelle et familiale.
L’idée du plan est de recentrer le métier vers sa fonction principale : le secours d’urgence à personne (SUAP) qui représente aujourd’hui 84% des 3,8 millions d’interventions annuelles des pompiers. Autant dire que l’expression "soldats du feu" ne reflète plus tellement la réalité du quotidien des pompiers (les incendies ne représentent que 6% des interventions).
Fidèle à la proposition des rapporteurs, le gouvernement entend créer un "choc de recrutement", en assouplissant les procédures et en changeant l’image des pompiers. Ce qui signifie aussi attirer plus de femmes. Ces dernières ne représentent que 17% des effectifs de volontaires (et 3% des cadres). Il s’agit aussi "d’approcher de nouveaux publics" issus des quartiers. Gérard Collomb entend également s’appuyer sur le vivier du service national universel qui se mettra en place à l’été 2019. Le plan entend par ailleurs introduire des "engagements différenciés" : un volontaire pourrait désormais s’engager pour le seul secours d’urgence s’il ne souhaite pas participer à la lutte incendie. Et inversement.

Une "initiative" sur la directive Travail

Le ministre a chargé le CNSPV de conduire "à brève échéance" deux concertations pour "revaloriser et harmoniser l’indemnisation de l’astreinte" et pour mettre en place "un dispositif d’indemnisation fixe des gardes
postées en caserne et sur les dispositifs préventifs". Le plan vise à accorder une meilleure protection sociale aux volontaires (maladie, accident du travail) et un accès privilégié au logement social (mesure qui avait déjà fait l’objet d’une convention avec les associations d’élus et les bailleurs sociaux en 2015). Le plan cherche aussi à simplifier tous les dispositifs à destination des employeurs publics et privés : conventions, mécénat, label, réduction de prime d’assurance incendie...
Une réflexion va également s’ouvrir sur les prestations de fidélisation et de reconnaissance, sachant que la mission volontariat proposait des bonifications en points de retraite au-delà de 15 ans d’engagement.
Le ministre a aussi entendu la demande mainte fois répétée par la fédération de faire sortir les sapeurs-pompiers volontaires de la directive européenne sur le temps de travail de 2003. Il a ainsi promis une "initiative" pour changer ce texte qui, se voulant protecteur, met en péril le modèle français. Il s’agit selon le plan de "pérenniser et sécuriser juridiquement les principes à la base de l’organisation nationale du volontariat" . La fédération a dit attendre cette démarche "avant les élections européennes de mai 2019". L'initiative a aussi été saluée par Olivier Richefou. Ce dernier s’est réjoui dans un communiqué de cette "position ferme" et plus généralement de voir la plupart des propositions de la mission volontariat reprises dans ce "plan ambitieux". Par ailleurs, le département de la Mayenne se positionne pour expérimenter la mise en place d’une plateforme commune autour du 112 afin de "centraliser les appels d’urgence aujourd’hui éclatés entre le Samu, la police, la gendarmerie et les pompiers", indique-t-il.
Lors de son intervention, le président de l’Assemblée des départements de France, Dominique Bussereau, a rappelé la situation budgétaire difficile dans laquelle se trouve les Sdis (financés à près de 60% par des départements eux-mêmes dans le rouge).  Il s'est aussi exprimé sur "l’enjeu pour les Sdis de conserver un équilibre budgétaire permettant de retrouver des marges d’investissement. À cet égard, l’État doit poursuivre son engagement qui était de 10 millions d’euros en 2018", souligne l’ADF dans un communiqué.

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