Infranum promeut les datacenters d'initiative publique

La création de datacenters locaux répond à des objectifs de souveraineté numérique ou de développement économique. L’intervention des collectivités sur ce domaine ne va cependant pas de soi, raison pour laquelle la fédération Infranum, avec l’appui de la Banque des Territoires, a lancé le 2 juin 2021 un guide pédagogique et pratique.

"Nous avons désormais un réseau avec la fibre, il nous manque les gares pour desservir l'ensemble du territoire." C’est par cette métaphore ferroviaire que le président de la Fédération Infranum Etienne Dugas a justifié la nécessité de créer un réseau de datacenters locaux, implantés au plus proche des utilisateurs. L’Observatoire du très haut débit (voir notre article du 12 mai) a en effet montré que la France était mal dotée en centres de données, 60% des capacités de stockage étant situées en Île-de-France. Et si le secteur est en forte croissance avec une vingtaine de projets de datacenters locaux en cours, plus de 30 départements n’en ont aucun.

Stockage local de données massives ou sensibles

Or pour Infranum, ces équipements sont la clef de la transformation numérique des entreprises et de l’émergence des "smart territoires". Le déploiement massif d’objets connectés nécessite en effet d’importantes capacités de stockage et des temps de latence extrêmement faibles.

Ces datacenters répondent ensuite à un enjeu de "souveraineté numérique", comme l’a rappelé Alain Bourcier, vice-président au numérique de Nevers Agglomération, qui travaille sur un projet de datacenter local. Données de santé, données des administrés, données concurrentielles des entreprises locales… ces datacenters se présentent comme une réponse au RGPD, aux enjeux de cybersécurité et une alternative aux offres des grandes sociétés américaine qui trustent aujourd’hui le marché de l’informatique en nuages.

Réutilisation de la chaleur

Paradoxalement, la réduction des consommations énergétiques figure également dans la liste des arguments pour inciter les territoires à investir dans des datacenters de proximité. Ces fermes de serveurs hautement climatisées figurent en effet en tête de liste des facteurs contribuant à l’augmentation de l’empreinte carbone du numérique (notre article du 25 juin). Un raccourci, selon Magdi Houry, président d’Euclyde Datacenters, qui estime que les "industriels sont les premiers à souhaiter une réduction de leur facture énergétique". De plus, les datacenters de dernière génération seraient beaucoup moins énergivores que des serveurs disséminés un peu partout dans les organisations. Enfin, en étant créées à l’initiative de collectivités en charge des plans énergie-climat, ces infrastructures seraient même susceptibles de contribuer à la réduction de l’empreinte carbone du numérique. En Seine-et-Marne par exemple, un datacenter implanté tout récemment récupère la chaleur pour alimenter le réseau de chauffage des habitations avoisinantes.

Constat de carence

L’intervention des collectivités territoriales ne va cependant pas de soi dans un secteur concurrentiel nécessitant une ingénierie et des investissements importants. Le guide présenté par la fédération Infranum propose justement d’éclairer les collectivités en décryptant les enjeux juridiques, techniques, et environnementaux des datacenters. Sur le même schéma que les réseaux FTTH d’initiative publique, le guide préconise ainsi la réalisation d’un constat de carence ou plus précisément d’une étude de marché sur les besoins en machines publics et privés. Et "s’il n’y a pas carence, l’intérêt public peut aussi être mis en avant tout comme l’attractivité économique ou le développement de l’emploi", estime Émilie Coquel, la juriste qui a contribué à la rédaction du guide.

C’est sur ces bases que le Grand Besançon a bâti son projet. "L’élément déclencheur a été une série de sinistres ayant affecté des entreprises locales et plus généralement les enjeux de cybersécurité", a expliqué Dominique Buccellato, directrice du développement économique de l’agglomération bisontine.  Une étude réalisée par un cabinet spécialisé a ensuite détaillé les besoins locaux, permettant à la collectivité de démarcher des pépites tricolores des datacenters. Convaincue par cette étude, l’entreprise a pris en charge la totalité de l’investissement, la collectivité, rejointe par les départements et l’université, s’engage à être leur premier client.

Un exemple qui n’a cependant pas valeur de modèle absolu. Le guide explore en effet différents scenarios et modèles économiques, de la location de machines au projet 100% public et mutualisé, en passant par la délégation de service public ou encore la simple mise à disposition de foncier.