Jean-Noël Escudié / PCA

Social - Isolement : plus de 300.000 personnes âgées sont en situation de mort sociale

Social

Santé, médico-social, vieillissement

Le 1er octobre, Les Petits frères des pauvres organisaient l'opération des Fleurs de la fraternité : "Partageons un moment de bonheur : nous vous donnons une fleur, offrez-là à une personne âgée isolée". A cette occasion, l'association publie une étude réalisée par l'Institut CSA sur la solitude et l'isolement chez les personnes de plus de 60 ans. Même si quelques chiffres font froid dans le dos, ses résultats incitent plutôt à un relatif optimisme sur l'évolution des liens sociaux.

Quatre cercles de sociabilité

Réalisée auprès d'un échantillon de 1.800 personnes âgées et complétée par des entretiens semi-directifs, l'étude prend en compte les liens des répondants avec quatre réseaux potentiels de relations : la famille, l'entourage amical, le voisinage et le réseau associatif. Elle considère comme isolées les personnes qui ne rencontrent jamais physiquement les membres de leurs réseaux de sociabilité.
Le premier enseignement concerne l'ampleur de l'isolement social. A l'aune de la définition ci-dessus sur l'absence de tout contact physique, 22% des personnes âgées sont isolées du cercle familial, 28% sont isolées du cercle amical, 21% sont isolées du cercle de voisinage et 55% sont isolées des réseaux associatifs. Plus grave, en extrapolant les résultats de l'étude, environ 900.000 personnes âgées de 60 ans et plus - soit 6% de cette tranche d'âge - sont isolées à la fois du cercle familial et du cercle amical, ce qui, rappelle l'association, représente la population d'une ville comme Marseille. Pire, environ 300.000 personnes âgées, soit 2% de la tranche d'âge et l'équivalent d'une ville comme Nantes, sont en état de "mort sociale", dans la mesure où elles sont isolées des quatre cercles de sociabilité (famille, amis, voisinage, réseaux associatifs).

La "triple peine de l'exclusion numérique"

L'étude montre aussi que, sans être isolées, au sens propre, de tous les réseaux de sociabilité, 32% des personnes de 60 ans et plus n'ont aucune personne à qui parler de sujets personnels. Ce taux monte à 39% chez les personnes âgées de 75 ans et plus.
Le second enseignement concerne ce que Les Petits frères des pauvres appellent "la triple peine de l'exclusion numérique des personnes âgées". L'étude montre en effet que près d'un tiers (31%) des plus de 60 ans n'utilisent jamais internet (mails compris). Cette proportion monte à 47% chez les 75-84 ans et à 68% chez les 85 ans et plus. Cette fracture numérique devrait toutefois se réduire progressivement, puisque seuls 14% des 60-64 ans et 19% des 65-69 ans n'utilisent jamais internet.
Enfin, le troisième enseignement de l'étude montre que la limite des 85 ans constitue "le nouvel âge de la bascule vers le grand âge". Il marque en effet "une rupture significative des cercles de sociabilité", ainsi qu'une réduction des sorties : 10% des 85-89 ans sortent moins d'une fois par semaine ou jamais.

Des raisons de rester optimiste

De façon plus large, l'étude confirme les tendances observées en matière de conditions de vie. Ainsi, 78% des répondants considèrent que la perte des proches constitue la préoccupation première, tandis que 84% affichent de façon ferme leur volonté de continuer de vivre chez eux. L'étude met aussi en évidence le lien entre l'isolement et la précarité, de même que l'importance de l'environnement géographique (notamment la présence de commerces et de services de proximité).
Pour autant - et malgré quelques résultats très sombres (à rapprocher toutefois d'un effectif total de 15 millions de plus de 60 ans) -, l'étude des Petits frères des pauvres met aussi en avant "des bonnes nouvelles qui tordent le cou aux idées reçues". Elle montre en effet que l'amitié est une valeur sûre : 86% des personnes âgées de 85 ans et plus voient ou sont en contact à distance avec leurs amis au moins plusieurs fois par mois. De même, la solidarité familiale tend à se retisser au grand âge : 62% des 80 ans et plus voient ainsi au moins l'un de leurs enfants une ou plusieurs fois par semaine, alors que cette proportion n'est que de 49% dans la tranche d'âge 70-79 ans. Dernière note optimiste : 84% des personnes âgées de plus de 85 ans se déclarent heureuses...
 

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