Jeunesse / Vie citoyenne - Jeunes en service civique : des profils variés, mais tous une place à trouver

Célébré le 9 mars 2015, le cinquième anniversaire du service civique a aussi été l'occasion d'en apprendre plus sur le profil des jeunes volontaires et sur les bénéfices d'une telle expérience. S'exprimant en fin de journée devant quelque 2.000 volontaires, François Hollande a annoncé certaines évolutions destinées à renforcer la "solennité" du dispositif et les droits des jeunes concernés.

Manon est en service civique aux Petits Frères des pauvres. Divine est au Secours catholique et Mathilde aux pompiers de Paris. Valentin forme des collégiens à la persévérance scolaire avec l'association Energie Jeunes. Pour le défenseur des droits, Stéphanie a été jeune ambassadrice des droits auprès des enfants. Après avoir été lauréate de l'Institut du service civique, elle a trouvé du travail dans un centre social de Seine-Saint-Denis. Quant à Maxime, après une mission de service civique à l'Union française des centres de vacances et de loisirs (UFCV) et un passage, lui aussi, par l'Institut du service civique, il finit son parcours en école de commerce par un stage chez Accenture.
Les jeunes en service civique ont des profils, des missions et des aspirations variés. Ils ont 21 ans en moyenne - le service civique est ouvert aux jeunes de 16 à 25 ans. 56% des volontaires sont des jeunes femmes, soit un plus grand équilibre que dans le cadre d'autres dispositifs de volontariat, selon les observateurs de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep). Concernant le niveau d'éducation, le profil des volontaires est semblable à celui des jeunes de 16-25 d'aujourd'hui : une majorité de diplômés de l'enseignement supérieur (autour de 40%) et de bacheliers (autour de 30%) et un quart de non-diplômés. Seuls les titulaires de CAP-BEP sont sous-représentés (6% parmi les volontaires en service civique, 14% parmi les jeunes de France).
Pour le président de l'Assemblée nationale qui s'exprimait le 9 mars en ouverture du colloque organisé à l'occasion des cinq ans du service civique (voir notre article du 10 mars), il n'y a pas "de sous-représentation des jeunes résidant dans les quartiers prioritaires". Il pourrait être opportun, estime Claude Bartolone, de s'orienter "vers une légère sur-représentation" de ces jeunes. "Ni élitiste, ni voie de rattrapage", le dispositif est "ouvert à tous", mais "on se responsabilise pour que ce soit mélangé", pour que toutes les catégories de jeunes y aient accès, a quant à lui commenté Martin Hirsch, qui avait porté en 2010 le texte de loi sur le service civique.

En 2013, d'abord des missions liées à la solidarité, l'éducation, la culture

Majoritairement en service civique dans des associations, les volontaires ont réalisé en 2013 des missions liées à la solidarité (26%), à l'éducation (19%), à la culture et aux loisirs (18%), au sport (13%), à l'environnement (10%), à la mémoire et à la citoyenneté (8%), à la santé (3,5%), à des actions humanitaires menées à l'international (2%) et à l'intervention d'urgence (1%). 
Parallèlement à la montée en charge du dispositif, la diversité des missions proposées devrait s'accroître du fait de la mobilisation accrue des administrations ministérielles et des collectivités locales. S'exprimant lui aussi à l'occasion des cinq ans du service civique, ainsi que des 20 ans de l'association Unis-Cité qui est à l'origine de ce cadre d'engagement, François Hollande a une nouvelle fois confirmé son objectif quantitatif - 150.000 volontaires par an dès 2016, puis davantage si la demande suit. Le président de la République a également cité les domaines destinés à être des pourvoyeurs importants de missions volontaires : l'environnement - notamment dans le cadre de la COP 21 -, l'éducation - 5.000 à 10.000 missions -, le sport - des milliers de services civiques "dans toutes les disciplines", la fédération française de football se serait déjà engagée à proposer "des centaines de missions pour l'organisation de l'Euro 2016" -, la santé - dans les hôpitaux, les établissements de santé, les établissements accueillant des personnes âgées -, la culture, la sécurité - pour assurer notamment une "présence humaine" dans les trains ou les gares - et à l'international.

Bientôt une cérémonie de "remise d'attestation" et une carte d'étudiant

Pour faire connaître et promouvoir le service civique auprès des jeunes, François Hollande a aussi annoncé qu'il souhaitait utiliser la Journée d'appel à la défense et à la citoyenneté ; aujourd'hui, "on se demande à quoi elle sert", a glissé le président de la République. Ce dernier souhaite aussi rendre le service civique plus "solennel", en instaurant une cérémonie annuelle commune - le 10 mars, jour anniversaire de la loi - dans les préfectures où les jeunes se verront remettre une attestation. En outre, une délégation de jeunes volontaires défilera désormais de façon systématique le 14 juillet.
C'est toutefois davantage sur la question des droits des volontaires et, au-delà de la période d'engagement, de leur insertion professionnelle que l'intervention du président de la République était attendue. "La carte d'étudiant sera fournie à tous ceux qui sont en service civique", a-t-il annoncé, soit un accès à différents avantages dont les volontaires pourront désormais bénéficier en plus de l'indemnité de 573 euros perçue mensuellement. Au-delà, sur les conditions de l'autonomie des jeunes, il importe de "faire connaître aux jeunes leurs droits, les dispositifs qui existent" - emplois d'avenir, contrat de génération, garantie Jeunes, prime d'activité à partir du 1er janvier 2016 -, pour François Hollande qui propose de faire aussi, de cet enjeu, des missions de service civique.

Des volontaires "engagés", "attentistes" et "opportunistes"

Le chef de l'Etat n'aura pas abordé la question de l'impact de l'expérience volontaire elle-même sur l'insertion professionnelle. Quelques heures avant, lors du colloque organisé par l'Agence du service civique, l'Injep avait apporté un peu de matière à la réflexion. Par rapport aux motivations initiales des jeunes, déjà, l'Injep repère trois profils : les "engagés" (six jeunes sur dix), désireux d'aider et "en quête d'une expérience émotionnelle assez forte" ; les "attentistes", au projet de vie encore flou, qui attendent "que le service civique pose un cadre" ; et les "opportunistes" dont la "motivation est avant tout utilitariste" (une minorité, environ un jeune sur dix).
"On est souvent un mélange des trois", a toutefois reconnu le représentant de l'Injep. Ce que confirme la teneur des témoignages des volontaires présents à l'Assemblée nationale le 9 mars : si Medhi insiste sur la nécessité d'"évaluer et de médiatiser l'engagement de la jeunesse" pour "lutter contre les stéréotypes et alimenter la rage de faire", Tiphaine rappelle que, pour de nombreux jeunes, le service civique peut être "un choix par défaut" quand les entreprises ferment leurs portes aux personnes dépourvues de "première expérience".  

Pour clarifier son projet, le service civique jugé plus utile que le stage 

Selon l'Injep, le service civique représente globalement un "atout pour les parcours des jeunes". 70% des anciens volontaires interrogés considèrent que cette expérience les a aidés à clarifier leur projet professionnel ; le service civique est, en la matière, jugée plus utile (49%) que la réalisation d'un stage (24%). 60% jugent en outre que l'expérience volontaire "est une aide pour trouver un emploi". "Pour les jeunes peu ou pas qualifiés, on observe une tendance plus grande à la reprise d'étude", a commenté l'équipe de l'Injep lors du colloque du 9 mars.
Plusieurs initiatives sont aujourd'hui menées pour faire en sorte que l'expérience de volontariat soit davantage valorisée dans le parcours des jeunes. C'est le cas de l'appui fourni par l'Institut du service civique à d'anciens volontaires pour les aider à réaliser leur projet - formation, emploi ou création d'activité. Côté entreprises, le groupe Casino dispense auprès de ses équipes de recrutement une information pour les familiariser au dispositif de service civique et les sensibiliser à l'intérêt d'une telle expérience.   

La réserve citoyenne pour les autres

A cette occasion, les premiers enseignements d'une autre étude, menée par le cabinet Plein Sens, valorisaient les effets positifs du service civique sur les bénéficiaires. En l'occurrence, la présence de jeunes en service civique redonne à des personnes âgées, souvent isolées, dans le Nord-Pas-de-Calais, "un rôle, une estime de soi et une vie sociale" et permet la mise en œuvre d'actions concrètes de prévention de la perte d'autonomie.
Et, puisque les bénéfices sont nombreux tant du côté des volontaires que des bénéficiaires, les jeunes et moins jeunes de plus de 25 ans pourront bientôt donner de leur temps dans le cadre de la "réserve citoyenne". D'abord sur l'éducation à la citoyenneté et à la laïcité dans les écoles. Mais pour François Hollande, un tel dispositif de mobilisation des compétences des citoyens "peut s'appliquer à tous les ministères". Pour préciser les contours de cette réserve citoyenne, le président de la République vient de confier une mission de préfiguration à Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d'Etat, et à Claude Onesta, entraîneur de l'équipe de France de hand-ball.  

 

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