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Nouvelles technologies - La fracture numérique : une réalité pour un Français sur cinq

En 2015 le boum des tablettes tactiles et smartphones se confirme. Mais 18% des citoyens n'ont toujours pas de connexion internet à leur domicile et 16% ne l'utilisent jamais. Les femmes, les plus de 70% et les moins diplômés s'équipent moins et de façon moins diversifiée que d'autres publics. Si 53% des Français attestent effectuer des démarches administratives ou fiscales sur la toile, ce sont les plutôt jeunes, les diplômés, plutôt à hauts revenus et résidant dans l'agglomération parisienne qui demeurent les utilisateurs de l'e-administration. Tour d'horizon des principaux résultats de la 15e édition du "Baromètre du numérique" du Crédoc.

Les 170 pages de l'étude du Crédoc* confortent certaines tendances observées depuis plusieurs années et notamment l'engouement des Français pour les téléphones mobiles, tablettes tactiles et smartphones. Ainsi si les équipements dits classiques (téléphone fixe et ordinateur) ont investi la grande majorité des foyers (respectivement 89% et 80% des Français interrogés attestent en posséder), l'étude nous apprend qu'en 2015, 92% des personnes interrogées affirment posséder un téléphone mobile, 58% un smartphone et 35% attestent avoir une tablette à domicile. Avec, pour les smartphones et tablettes, une croissance sans faille depuis 2011 (17% seulement possédaient alors un smartphone et 4% une tablette) pour quasiment toutes les profils interrogés même si certains chiffres demeurent très bas pour certains d'entre eux. On notera que seulement 21% des non diplômés et à peine un titulaire du BEPC sur deux disposent d'un smartphone, contre 73% des diplômés du supérieur.  Si 90% des 18-24 ans, 80% des 12-17 et 25-39, en sont équipés, seulement 57%, 35% et 15% des respectivement 40-59 ans, 60-69 et 70 ans et plus possèdent un smartphone. 
Avec 84% d'utilisateurs d'internet au sein des 15 ans et plus (dont une grande majorité se connecte à internet via un smartphone), la France se situe en Europe selon l'Eurobaromètre spécial n°423, février 2015 de la Commission européenne, au 6e rang en termes de fréquentation de la toile derrière les pays scandinaves, les Pays-Bas et le Luxembourg et bien au-dessus de la moyenne de l'Union européenne qui est de 76%...

Navigation, consultation et usage d'internet

Ces trois pratiques continuent leur diffusion au sein de la population mais les disparités demeurent d'année en année en fonction du niveau de vie, de l'âge, des diplômes et du lieu de résidence. A noter, contrairement aux Scandinaves et Néerlandais par exemple, seulement 65% des internautes français déclarent acheter des produits en ligne. Mais près des trois quarts des ménages les plus aisés font des achats sur internet contre 45% des plus modestes. Une proportion qui n'évolue pas depuis deux ans note l'étude. Un fait dû à un manque de confiance laissent penser les statistiques, malgré une attention particulière des internautes qui s'informent sur internet préalablement à un achat (61%) et consultent les notes et commentaires (49%). 41% des sondés font confiance à ces derniers, 52% non, et 7% ne se prononce pas. Les hommes consultent, s'informent et donnent des notes davantage que les femmes, les jeunes (18-39) sont dans le haut du peloton pour ces trois usages et les personnes de 60 et plus dans le bas...
Il est à noter qu'internet est plébiscité pour la recherche d'emploi et, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les ouvriers et les employés ou les individus à faibles revenus s'y adonnent davantage que les cadres ou professions intermédiaires. "Davantage frappés par le chômage ces populations sont plus en recherche active de travail que les autres", avance l'étude comme explication…

Pour certains le chemin vers internet est encore long

Dans ce tableau où les Français semblent bien équipés voire très équipés, 75% possèdent le triple équipement téléphone fixe, mobile et accès à internet - avec des taux exponentiels en fonction du nombre de personnes au foyer, 90% des ménages avec au moins 3 personnes possèdent un triple équipement. Il n'en demeure pas moins cette facture numérique dont on parle depuis si longtemps et qui illustre les inégalités territoriales et sociales de la société française. Certes, la catégorie sociale et l'âge est de moins en moins un facteur déterminant dans l'accès à internet et de plus en plus de personnes peu diplômées sont adeptes des nouvelles technologies : entre 2003 et 2015, leur taux d'accès à Internet à domicile a été multiplié par six, passant de 9 à 52%. Sur la même période, celui des employés est passé de 32 à 88% et celui des ouvriers, de 21 à 83%. Les cadres sont, quant à eux, presque tous connectés (96%). Si 80% des 60-69 ans ont une connexion internet, reste que même en progressant de 3 points sur l'année précédente seulement 48% des 70 ans et plus en ont une. La connexion à internet se fait pour 8 personnes sur 10 via le haut ou très haut débit à domicile, qui se porte plutôt bien. La situation a très peu évolué depuis 2014. Seules les personnes disposant de bas revenus connaissent une hausse (+7 points). L'accès à internet via une connexion haut débit est fortement corrélé à l'âge, au niveau de diplôme, à la taille du foyer et au niveau de revenus. Il est maximal chez les plus jeunes, les plus diplômés et les plus aisés. 12% des Français connectés à internet déclarent recourir désormais à la fibre optique (+6 points). Un grand nombre de citoyens  par manque de moyens ou de formation restent sur le bord de la route. 18% des gens interrogés n'ont pas de connexion à domicile. Comme en 2014 ces personnes sont plutôt des femmes, âgées entre 70 ans et plus (pour 44%). Les personnes seules sont également les plus concernées (59%), souvent à faible niveau d'étude (42% niveau BEPC et 41% non diplômés), 53% sont des retraités avec un faible niveau de revenu et 31% résident dans une commune de moins de 2.000 habitants. Une personne qui n'a pas internet chez elle n'ira presque jamais sur internet autrement : 82% des personnes qui n'ont pas internet à domicile ne se connectent jamais.

L'e-administration à l'image du reste

La fréquentation des réseaux sociaux (seulement la moitié de la population s'y adonne), comme les démarches administratives ou fiscales demeurent l'apanage des jeunes, plutôt diplômés, et actifs.
Evitant les déplacements, facilitant les démarches surtout dans des endroits isolés, les personnes âgées entre autres devraient être les premières à se saisir de l'e-administration qui facilite la vie des citoyens. Mais depuis quelques années, si les courbes ont connu de légères hausses et baisses à intervalles réguliers, la situation demeure sempiternellement la même. 81% des sondés qui attestent effectuer des démarches administratives ou fiscales sont des diplômés du supérieur, 72% ont un bac et 18% n'ont aucun diplôme. Les 18-24 ans (62%), 25-39 (79%) et 40-59 (64%) sont toujours les mêmes à y avoir recours (voire même un peu plus par rapport à 2014 pour les premiers et les troisièmes). 48% des 60-69% déclarent effectuer ces démarches (un chiffre stable par rapport à l'année précédente) et seulement 18% des 70 ans et plus comme pour 2014 attestent s'approprier l'e-administration. 71% des personnes sensibilisées ont de hauts revenus pour 45% de bas revenus, et 53% des déclarants appartiennent aux classes moyennes supérieures. La capitale et son agglomération s'illustrent toujours mais l'écart avec le reste du territoire tend à se résorber note l'étude. 1 habitant sur 2 dans une agglomération de 20.000 à 100.000 habitants a eu recourt à internet pour ses déclarations, et les agglomérations de 2.000 à 20. 000 habitants ont pris 7 points entre 2014 et aujourd'hui.

Une fracture générationnelle

On le voit dans l'étude, les outils de communication parlent différemment selon la catégorie sociale, le lieu de résidence mais surtout l'âge d'appartenance. A partir de  70 ans, internet - et en général les nouvelles technologies - demeurent des nébuleuses à la fois dans leur utilité et dans leur pratique. Courses en lignes, démarches administratives, renseignements divers... si de plus en plus d'activités se déroulent sur la toile,  une part importante de citoyens (pour mémoire 18% n'ont pas de connexion à internet, 16% ne l'utilisent jamais) reste aujourd'hui encore sur le carreau. Pourtant, comme le dit si bien l'Observatoire de l'inégalité, "la référence permanente à internet et aux réseaux sociaux en particulier, comme s'il allait de soi qu'ils sont fréquentés par tous, constitue une violence symbolique pour ceux qui n'ont pas les moyens d'y participer". Et d'ajouter que "la démultiplication d'un savoir inaccessible sans internet ne profitera qu'aux plus favorisés, comme une grande partie des autres formes de diffusion du savoir et de la culture".
Si les lois Notr (loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République) et Matpam (loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles) vont dans le sens d'une redistribution des compétences et responsabilités entre les régions et les départements, d'une réduction de la fracture numérique et de l'accessibilité des documents en ligne, il n'en demeure pas moins que sans une connexion internet et bien évidemment une formation (sous forme d'ateliers comme proposés dans certaines communes) aux services, on n'imagine mal que les inégalités face à l'information puissent se résorber ou du moins même se réduire. Il est intéressant de noter que l'étude ne mentionne pas les zones blanches, ce qui laisse comprendre que ceux qui ne possèdent pas internet ne sont pas forcément lésés par un manque de couverture...

Sandrine Toussaint

* Le Conseil général de l'économie et l'Arcep ont confié au Crédoc une enquête sur la diffusion et l'usage des technologies de l'information dans la société française. Les résultats sont issus de l'enquête de juin 2015, réalisée auprès d'un échantillon
représentatif de la population française âgée de 12 ans et plus, sélectionné selon la méthode des quotas. 2.209 personnes ont été interrogées "en face à face" à leur domicile

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