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La France, pays "à la plus forte désindustrialisation" face au défi des relocalisations

Le ministère de l'Économie a dévoilé, jeudi, les 31 premiers lauréats de l'appel à projets "relocalisations stratégiques" lancés dans le cadre du plan de relance. Ces projets devraient créer 1.800 emplois, alors qu'un rapport de France Stratégie dresse un bilan de la désindustrialisation et des délocalisations. La France en sort "championne" d'Europe.

Au moment où France Stratégie publie un rapport implacable sur l’état de la désindustrialisation, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et la ministre déléguée à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, dévoilent les 31 lauréats du premier appel à projets sur les relocalisations lancé dans le cadre du plan de relance. Même s’il semble plus exact de parler de "localisations" de lignes de production.

Alors que le début de la crise sanitaire avait mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement, notamment dans le domaine du médicament, le plan de relance a prévu une enveloppe de 600 millions d’euros pour financer des projets liés aux questions de souveraineté économique, à laquelle s’ajoute une enveloppe de 120 millions d’euros déjà débloquée au mois de juin dans le cadre d’un appel à manifestations d’intérêt orienté plus spécifiquement vers les médicaments. Soit un total de 720 millions d’euros. Le gouvernement cible cinq domaines stratégiques : santé, agroalimentaire, électronique, intrants essentiels à l’industrie (matières premières, chimie…) et 5G. Bercy indique que 80% des principes actifs des médicaments sont produits hors d’Europe, que "nous importons 50% des protéines végétales nécessaire à l’alimentation animale" et que "l’Europe ne produit que 14% du marché mondial de l’électronique".

1.800 emplois créés

Une première enveloppe de 100 millions d’euros a été ouverte dès le 31 août pour l’année 2020 pour soutenir les quatre premières priorités (la 5G étant renvoyée à plus tard). Les 25 projets retenus s’ajoutent aux 6 issus de l’appel à manifestations d’intérêt "médicaments". Au total, ces 31 projets dévoilés le 19 novembre recevront 140 millions d’euros pour un investissement total de 680 millions d’euros avec une perspective de 1.800 emplois créés et 4.200 "confortés".

Ces projets se répartissent sur l’ensemble du territoire, avec une prépondérance pour la santé dans le sud, pour l’agroalimentaire dans la moitié nord ; l’électronique et les intrants industriels étant assez dispersés.

Le groupe pharmaceutique Seqens va ainsi accélérer la production de principes actifs pour la fabrication d’antiviraux et d’anticancéreux. Cet investissement de 65 millions d’euros au total "accélérera et renforcera la souveraineté de la France dans la production de médicaments essentiels destinés à la lutte contre les pandémies à venir", d'après Bercy. Entre 80 et 100 emplois devraient être créés sur les cinq sites industriels concernés. Dans un tout autre domaine, la start-up grenobloise Aledia recevra 44 millions d’euros pour la création d’une usine de 450 salariés pour produire des écrans d’affichage de nouvelle génération.

L'ensembles des appels à projets du plan de relance figurent dans une plateforme dédiée pilotée par Bpifrance.

La France, championne d'Europe des délocalisations

France Stratégie rappelle que l’industrie tricolore a perdu près de la moitié de ses effectifs depuis 1980 (2,2 millions d’emplois). La part de l’industrie dans le PIB a reculé de 10 points : elle s’établissait à 13,4% en 2018, contre 25,5% en Allemagne, 19,7% en Italie, ou encore 16,1% en Espagne. Le fait d’intégrer les services liés à l’industrie "ne modifie pas le constat que la France est devenue l’économie la plus désindustrialisée du G7, avec le Royaume-Uni". Et "par rapport à ses voisins européens, la France a été plus fortement touchée par les délocalisations de sites de production". Les filiales industrielles à l’étranger emploient 62% des emplois industriels en France, contre 52% au Royaume-Uni, 38% en Allemagne, 26 % en Italie et 10% en Espagne.