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Les relocalisations, un remède très partiel à la désindustrialisation, d'après la Fabrique de l’industrie

C’est depuis le laboratoire pharmaceutique Seqens dans les Hauts-de-Seine que le président de la République a donné le top départ, fin août 2020, au plan de relocalisation et d’innovation qui est au cœur de France Relance. Une étude de la Fabrique de l’industrie parvient au constat suivant : relocaliser ne suffira pas à réindustrialiser le pays.

"Les relocalisations ne seront pas un vecteur significatif de réindustrialisation du pays, mais l’industrie française peut trouver une voie de consolidation dans un mouvement de régionalisation qui semble engagé." Dans une étude publiée le 10 septembre 2020, la Fabrique de l’industrie parvient au constat suivant : "Relocaliser ne suffira pas à réindustrialiser le pays." C’est pourtant l’une des pistes principales du plan de relance du gouvernement qui mise sur les relocalisations pour réarmer notre tissu industriel. Un milliard d’euros sur les 35 milliards ciblant principalement les PME/TPE et la compétitivité des entreprises industrielles est affecté à la relocalisation de certaines filières stratégiques : santé, agroalimentaire, électronique, chimie. Pour ces filières dites "critiques", un appel à projets AAP "Plan de soutien à l’investissement dans des secteurs stratégiques" est ouvert jusqu’au 17 novembre par Bpifrance aux acteurs industriels qui souhaitent investir dans une économie tournée vers l’avenir et développer des processus innovants grâce aux outils numériques et/ou en faveur de l’environnement. Le projet doit présenter un minimum de dépenses d’un million d’euros (voir encadré).
Lorsqu’on parle de souveraineté industrielle, de réindustrialisation, de désindustrialisation, et de délocalisations de quoi parle-t-on ? "Si les deux premières notions sont assez consensuelles, les relocalisations - et les délocalisations en miroir - font l’objet d’une intense littérature scientifique montrant en tout premier lieu qu’on peut les définir de diverses manières", indiquent les auteurs de l’étude ("De la souveraineté industrielle aux relocalisations : de quoi parle-t-on ?", Sonia Bellit, Caroline Granier, Caroline Mini). Selon la plupart des économistes, la relocalisation est le pendant de la délocalisation qui correspond au transfert d’une unité de production française dans un pays étranger pour profiter de coûts salariaux moindres. Certains considèrent comme une délocalisation le fait d’ouvrir à l’étranger une unité de production qui aurait pu être située en France.

Délocalisations : des pertes d’emploi plus faibles que ce que l'on suppose

Les délocalisations ont fait l’objet de "nombreuses tentatives de quantification" qui aboutissent globalement "à l’ordre de grandeur de quelques milliers d’emplois industriels perdus chaque année en France : entre 9.000 et 27.000 par an selon les périodes étudiées et les méthodes employées". Globalement ces chiffres restent "modestes" et doivent "surtout être mis en regard des effets positifs des échanges, y compris en matière de créations d’emploi", estiment les auteurs. Selon eux, "il est solidement établi aujourd’hui que l’impact global des échanges internationaux sur le volume d’emploi est proche de zéro" sauf dans le secteur industriel. "En France et depuis 30 ans, le commerce mondial a pu temporairement expliquer jusqu’à un tiers, sans doute, du recul de l’emploi industriel." Dans le même temps, ses effets positifs se manifestant par la création d’emplois tertiaires notamment.
Les relocalisations ne seront "un remède que très partiel à la désindustrialisation". La Direction générale des entreprises a recensé 98 cas seulement entre mai 2014 et septembre 2018. Ces relocalisations, souvent le fait d’activités automatisables, génèrent par conséquent peu d’emplois directs. Relocaliser des activités dans des filières dites stratégiques ne sera donc "qu’un moyen parmi d’autres de pallier notre perte d’indépendance économique". Ce mouvement doit s’inscrire "dans une réflexion plus large sur la résilience des filières stratégiques, incluant la constitution de stocks, la diversification des chaînes d’approvisionnement et la régionalisation des chaînes de valeur".

Candidater au "Soutien à l’investissement dans des secteurs stratégiques" (Bpifrance)

Bpifrance lance un appel à projets (AAP) destiné aux entreprises des secteurs critiques (santé, agroalimentaire, électronique, chimie) qui souhaitent investir dans leurs outils de production en faveur d’une industrie compétitive et tournée vers les évolutions et les modèles économiques d’avenir, développer des processus innovants grâce aux outils numériques et/ou en faveur de l’environnement, dans une logique compétitive.
Le projet doit présenter un minimum de dépenses d’un million d’euros.
Cet AAP vise à sélectionner des projets dont la finalité est d’investir en vue d’accélérer une :
- Relocalisation d’activités industrielles pour une meilleure résilience des approvisionnements ;
- Modernisation industrielle des sites de production ;
- Transformation numérique (industrie du futur) ;
- Amélioration de la performance environnementale des procédés de production, notamment leur contribution à l’économie circulaire ;
- Consolidation de la filière.
Ces projets peuvent inclure les actions suivantes :
- Travaux de recherche, de développement et d’innovation (RDI) ; recherche industrielle, développement expérimental, innovation
- Investissements de modernisation industrielle, de transformation numérique et d’amélioration de la performance écologique des sites de production en France en bâtiment, matériel et équipement de production.
Le financement apporté par l’État est sous forme de subvention. Dans le cadre de l’aide temporaire Covid-19, l’aide pourra aller jusqu’à 80% pour les dépenses inférieures ou égales à un million d’euros. Au-delà de cette somme, l’aide dépendra de la nature des dépenses.

L’AAP "Plan de soutien à l’investissement dans des secteurs stratégiques" est ouvert jusqu’au 17 novembre 2020.
 

 

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