L'aide à domicile, un investissement qui rapporterait "au moins 1,5 milliard d'euros" à la collectivité

L'aide à domicile bénéficie aux personnes autant qu'aux finances publiques : l'idée commence à faire son chemin. Mais pour dépasser l'intuition et convaincre les décideurs d'investir encore davantage, il fallait des chiffres. Selon une première évaluation socio-économique, l'aide et les soins à domicile rapporteraient au moins 1,5 milliard d'euros à la collectivité.

Alors que le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2019 est arrivé ce lundi 12 novembre au Sénat, la Fédération nationale Adessadomicile et l'Ocirp ont publié une étude réalisée par le cabinet Citizing sur le "gain socio-économique" des associations de l'aide et des soins à domicile.
 Appliquées pour la première fois à ce secteur, des méthodes d'évaluation socio-économique ont permis de déterminer les impacts liés aux interventions à domicile et d'associer à ces derniers une valeur monétaire. L'objectif : pouvoir enfin répondre, chiffres à l'appui, au "Vous nous coûtez cher" qui fait souvent office de fin de non-recevoir lorsque les fédérations d'aide à domicile font part de leurs difficultés financières aux pouvoirs publics.
 "Il s'agit de montrer que l'aide et les soins à domicile, c'est d'abord un investissement avant d'être une charge", a décrypté Hugues Vidor, directeur général d'Adessadomicile, le 8 novembre lors d'une rencontre avec la presse. "C'est un paradigme qui est assez nouveau pour les pouvoirs publics et il y a désormais cette idée qu'il faut investir dans l'aide à domicile, notamment parce que ça peut générer des économies", a poursuivi celui qui est également président de l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (Udes).

Maintien à domicile, répit des aidants, baisse des dépenses d'hospitalisation... un "gain socio-économique" pour les pouvoirs publics et les familles

Le "bénéfice socio-économique" de l'aide apportée aux personnes âgées dépendantes et à leurs aidants serait en particulier de 1,5 milliard par an. D'une part, l'aide permet aux personnes de rester plus longtemps chez elles et réduit la probabilité d'aller en Ehpad ou encore le recours aux urgences. D'autre part, l'aide à domicile soulage les aidants et les aide à maintenir une activité professionnelle. La "recette" associée à ces gains socio-économiques, pour les pouvoirs publics, serait de 1,6 milliard d'euros.
 À cela, s'ajoutent des gains pour les familles : les économies de restes à charges évaluées à près de 2 milliards d'euros - séjours en Ehpad et à l'hôpital évités ou réduits -, le bien-être lié au fait de rester chez soi et le répit des aidants, ainsi que les salaires liés à la reprise d'une activité professionnelle pour ces derniers. À ces recettes, sont déduits les coûts du dispositif pour obtenir le bénéfice socio-économique (1).

L'intervention des TISF contribuerait à diminuer le risque de maltraitance

Cette démarche d'évaluation a été également menée sur l'aide apportée aux autres publics des associations d'aide à domicile : les familles fragiles, avec le suivi de grossesses et le soutien à la parentalité - et notamment les interventions des techniciennes de l'intervention sociale et familiale (TISF) -, les personnes en situation de handicap, avec un impact pour leurs aidants, et les personnes atteintes de pathologies chroniques.
 "A minima, l'aide à domicile permet de diminuer de 20% les maltraitances envers les enfants", a illustré Julie de Brux, associée fondatrice de Citizing. "Or, la maltraitance a des impacts à très long terme", poursuit-elle. Sur la base de travaux de recherche, ces impacts négatifs – sur la poursuite de la scolarité, la délinquance, la mortalité précoce, la consommation de soins et la probabilité d'être placé – ont été objectivés, puis chiffrés. Ils représenteraient un coût d'environ 32.000 euros en moyenne par enfant maltraité.

Donner les moyens à l'aide à domicile et reconsidérer "l'inclusion des personnes âgées dans notre société"

"On manque cruellement de données et d'études françaises", a souligné Julie de Brux, qui explique que l'équipe de recherche de Citizing a dû s'appuyer sur des travaux menés à l'étranger. Mais les choses avancent. France Stratégie planche sur le sujet et un rapport sur l'évaluation de l'investissement social devrait paraître au printemps prochain.
 En attendant, le directeur général d'Adessadomicile entend s'appuyer sur cette première étude pour parler de l'aide à domicile sous un nouveau jour, notamment dans le cadre de la concertation "grand âge et autonomie" (voir notre article du 2 octobre 2018). Membre de l'atelier n°8 sur "l'offre de demain pour les personnes âgées en perte d'autonomie", la Fédération y présentera bientôt l'étude.
 Outre le nécessaire effort sur la recherche, les priorités sont de mettre en œuvre une "vraie régulation nationale" du secteur (sur les écarts d'APA entre départements, voir notre article du 14 mai 2018), de travailler à la valorisation des métiers et, bien sûr, d'assurer un financement à la hauteur des enjeux, selon Hugues Vidor. "Il nous manque à peu près 3 milliards", a-t-il précisé, ce qui permettrait d'atteindre 8 milliards d'euros pour l'allocation personnalisée d'autonomie, un chiffre qui aurait été évoqué par le président de la République. Pour le DG de la fédération d'aide à domicile, la concertation est l'occasion d'un "choix de société", de "changer de logiciel" pour reconsidérer "l'inclusion des personnes âgées dans notre société".

 

(1) Selon l'étude, un euro investi dans l'aide à domicile pour les personnes âgées dépendantes génèrerait un gain socio-économique de 1,62 euro. Si l'ensemble des plus de 60 ans aidés actuellement par un proche bénéficiaient d'une heure d'aide à domicile par semaine (ou une heure en plus pour certains) pendant un an, le bénéfice socio-économique total, net des coûts pour les finances publiques, s'élèverait à 1,5 milliard d'euros

 

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