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Le Premier ministre invoque l'esprit du pacte de Dijon pour rattraper les manquements de l'État en Seine-Saint-Denis

Éducation, justice, police... le Premier ministre promet d'"adapter l'action" de l'État aux enjeux du département de la Seine-Saint-Denis qui cumule les plus forts taux de pauvreté et de criminalité du pays. Cet engagement intervient suite au rapport Cornut-Gentille-Kokouendo, du nom des deux parlementaires LR et LRM qui avaient démontré en mai dernier les inégalités de traitement subies par le 93.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a donné suite au rapport implacable sur "l'évaluation de l'action de l'État dans l'exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis", déposé en mai dernier (voir notre article ci-dessous du 19 juin 2018) par le comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques et présenté par François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM). Le rapport Cornut-Gentille-Kokouendo soulignait par exemple que le moins bien doté des établissements scolaires parisiens restait mieux loti que l'établissement de Seine-Saint-Denis le mieux doté. Et que, d'une manière générale, enseignants, magistrats et policiers y étaient moins nombreux et moins expérimentés qu'ailleurs.

Cinq groupes de travail pour déterminer le plan d'action avant l'été

Dans un courrier adressé le 4 février aux parlementaires, Édouard Philippe a exprimé sa "détermination à inscrire l'action de l'État dans une trajectoire permettant d'adapter l'action publique aux enjeux" de ce territoire, trajectoire dont il "souhaite déterminer d'ici l'été les modalités de mise en œuvre jusqu'à la fin du quinquennat".
Le Premier ministre dit souhaiter "que cette démarche s'inscrive dans l'esprit du pacte de Dijon", dans lequel l'État et les collectivités locales prennent des engagements réciproques" (voir notre article ci-dessous du 16 juillet 2018).
Il explique avoir demandé au préfet du département "d'installer et de coordonner cinq groupes de travail" autour des principales thématiques du rapport : santé, justice, sécurité, éducation et attractivité des postes pour les agents publics.

 "L'enjeu est de savoir si la Seine-Saint-Denis appartient à la République"

"Il faut aller vite, car on a quinze à vingt ans de retard à rattraper", "l'enjeu est de savoir si la Seine-Saint-Denis appartient à la République" et "si on est capable de faire ce travail" de rattrapage, a déclaré François Cornut-Gentille, le 5 février au soir dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale où quatre membres du gouvernement ont répondu aux questions des députés. Ils ont interrogé tour à tour Nicole Belloubet, ministre de la Justice, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, Julien Denormandie, ministre de la Ville et du logement, et Laurent Nuñez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, qui ont défendu l'action du gouvernement (CP dédoublés , police de sécurité du quotidien...) et esquissé quelques gestes.
Laurent Nuñez, a ainsi annoncé qu'un "effort" allait être fait pour les officiers de police judiciaire de Seine-Saint-Denis. Il a ajouté que le gouvernement "n'excluait pas" de mettre en oeuvre "des primes de fidélisation" et évoqué la possibilité de "créer des secteurs prioritaires où l'avancement se fera plus rapidement".
"On doit faire évoluer nos règles d'affectation et de carrière", a de son côté consenti Jean-Michel Blanquer, déplorant le "manque de stabilité" des personnels enseignants dans le département.
"Nous partageons le constat principal de ce rapport, c'est-à-dire l'absence d'équité territoriale", "que fait-on maintenant pour réparer ces fractures qui perdurent?", s'est interrogé Julien Denormandie. "Il va falloir être innovant", a-t-il lancé en évoquant la création annoncée par le Premier ministre des cinq groupes de travail.