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Quel avenir se dessine pour la Seine-Saint-Denis ?

Publié le
par
Valérie Liquet
dans

Politique de la ville

Ile-de-France

Quinze parlementaires de Seine-Saint-Denis, de gauche et de droite, demandent au Premier ministre de les recevoir pour envisager la création d'un comité de suivi des actions du gouvernement dans leur département. Ils s'appuient notamment sur un récent rapport des députés François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo. L'enjeu, selon le sénateur Philippe Dallier, moteur de la démarche, est d'éviter que la Seine-Saint-Denis ne devienne en 20 ans "un immense ghetto ethnique de deux millions d’habitants".

L’alliance est inédite. Quinze parlementaires de Seine-Saint-Denis* de différentes sensibilités politiques (LFI, LR, UDI, PC, PS) ont signé un communiqué de presse commun demandant un rendez-vous au Premier Ministre sur les suites que le gouvernement entend donner au rapport présenté fin mai par les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM), sur "l’Evaluation de l’action de l’Etat dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis", au nom du comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques.
Selon notre confrère Public Sénat, les quinze parlementaires organiseraient par ailleurs, à la rentrée de septembre, des "Assises de la Seine-Saint-Denis", sur une initiative portée symboliquement par le sénateur LR Philippe Dallier et la députée LFI Clémentine Autain.

Un comité de suivi fondé sur "la transparence la plus complète"

Pour l’heure, les 15 voudraient convaincre Edouard Philippe de créer un "comité de suivi interministériel des actions que le gouvernement entend mener" en Seine-Saint-Denis. Un comité qui devrait se faire selon eux dans "la transparence la plus complète" quant aux moyens affectés par l’Etat - et à "l’organisation de ces moyens" -, avec un calendrier "précis" des mesures gouvernementales à venir.
La structure n’est pas sans rappeler la proposition du rapport Borloo de créer une "cour d’équité territoriale", même si rien ne dit aujourd'hui qu'elle en prendra le chemin. Présidée par le premier président de la Cour des comptes et composée de magistrats de la Cour des comptes et du Conseil d’Etat, cette cour aurait pu, dans l’esprit de Jean-Louis Borloo, "condamner tout gestionnaire public ayant failli à l’obligation de moyens qui s’impose à lui pour contribuer à l’équité territoriale des citoyens au regard du service public, ou fait obstruction à sa mise en œuvre". Il aurait alors été établi que "chaque responsable public (administrations d’Etat, collectivités et leurs groupements, opérateurs et établissements publics) devra prouver, chiffres à l’appui, qu’il a mis en œuvre les moyens susceptibles de contribuer à réduire les inégalités d’accès aux services publics, en réallouant ses crédits ou ses effectifs dans les territoires moins bien desservis, en opérant une forme de péréquation ou même en instaurant des mesures de discrimination positive temporaire, pour atteindre un standard minimum".
Le rapport Borloo cite l’Education nationale, les effectifs de police, les équipements publics en matière de petite enfance, de santé (maison ou centre de santé), de culture (médiathèques), ou de sport (terrains de pratique…

"L’équité territoriale", une valeur qui plaît à Emmanuel Macron

"Je ne suis pas sûr de vouloir recréer une cour, mais je trouve que l'idée d'une équité territoriale, d'avoir une instance de recours et de la transparence sur ce sujet, est une bonne idée", avait déclaré Emmanuel Macron, le 22 mai à l’Elysée (voir notre article).
C’était lors de la présentation de sa méthode de "mobilisation collective" en faveur des quartiers, au cours de laquelle il avait indiqué les suites qu’il entendait donner au rapport Borloo. Le président de la République avait alors promis des annonces "en juillet" sur le sujet de l’équité territoriale.
Sans attendre l’été, il avait toutefois indiqué qu’il ne comptait pas solliciter la Cour des comptes ou le Conseil d’Etat. Il verrait plutôt "un débat d'évaluation de l'équité territoriale au Parlement" pour que les parlementaires "puissent étudier chaque année ces recours et débattre démocratiquement en disant 'vous voyez bien que, sur tel ou tel quartier, on n'est pas au rendez-vous !'". Il s'agirait davantage pour lui de disposer d'un "aiguillon salutaire de l'action du Parlement et de l'action collective", étant entendu qu’il serait hors de question de tout mettre sur le dos de l'Etat : "Quand ça ne marche pas, c'est aussi parfois la faute des maires ou du manque de mobilisation des habitants", avait affirmé le président de la République.

"Vous trouverez encore aujourd’hui des élus volontaires, de tous bords politiques, des citoyens, de toutes origines, prêts à s’engager…"

"Dans ce département (de Seine-Saint-Denis), nous avons besoin des meilleurs enseignants, des meilleurs éducateurs, des meilleurs policiers, des meilleurs magistrats, des meilleurs inspecteurs des impôts, en nombre suffisant. Vous y trouverez encore aujourd’hui des élus volontaires, de tous bords politiques, des citoyens, de toutes origines, prêts à s’engager pour défendre les valeurs de la République. Mais pour combien de temps si rien ne change ?", répondait trois jours après, le sénateur LR de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier, dans une lettre ouverte au président.
Dans cette lettre, Philippe Dallier revenait aussi sur la formule du "mâle blanc" employée par Emmanuel Macron ce 22 mai à l’Elysée. "Quelle crédibilité accordez-vous aux quarante maires de ce département, qui, très majoritairement, relèvent de cette catégorie ?" interrogeait-il alors. Et "que peuvent bien penser de vos propos les Français ou étrangers ‘blancs’ qui y vivent encore ?", dans un contexte où "si nous n’y prenons garde, dans moins de 20 ans, ce département sera un immense ghetto ethnique de deux millions d’habitants où ne vivront plus que ceux qui ne peuvent faire autrement ou ceux qui viendront y chercher un modèle communautariste conforme à leurs aspirations qui aura supplanté notre modèle républicain".

Le retour de la fusion du 93 dans la métropole du Grand Paris

Dès lors, pour Philippe Dallier, "il faut maintenant avoir le courage de parler de mixité ethnique et se doter des moyens de la mesurer et de lois pour la réguler". Pas sûr que les 15 le suivent jusque-là. Ni dans l’idée de faire "disparaitre ce département en tant que collectivité territoriale au profit d’une métropole qui seule permettra de rendre effective la promesse républicaine de l’égalité territoriale", d’ailleurs.
Cette perspective est une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, ainsi que lui a rappelé le sénateur LR dans sa lettre ouverte. Il s’en souvient bien, parce qu’elle fut sans doute inspirée de son rapport de 2008 "Le Grand Paris : un vrai projet pour un enjeu capital".
Gérard Collomb l’avait-il également en tête lorsque, en réponse à une question d’actualité du même sénateur Dallier sur le même rapport Cornut-Gentille-Kokouendo, le 7 juin dernier, il déclare : "Peut-être faut-il, sur la région Ile-de-France, et en particulier sur la petite couronne, faire un certain nombre de réformes de structure."

"Je partage votre constat et votre question" (Gérard Collomb) 

"Dans ce département qui est le plus pauvre de France, le plus jeune de France, où l’échec scolaire est devenu endémique, département le plus criminogène de France, on devrait avoir des moyens de l’Etat hors-norme", avait déclaré le sénateur, ce 7 juin, s'appuyant sur le rapport Cornut-Gentille-Kokouendo. Or, "les moyens sont hors-norme. Mais dans le mauvais sens", avait-il poursuivi. Et de lister notamment : "au tribunal de Bobigny, les magistrats n’en peuvent plus, beaucoup de dossiers sont classés sans suite", "dans nos commissariats, on nous a annoncé que prochainement un tiers serait fermé la nuit, pour plus d’efficacité - défense de rire" ; "en matière d’éducation, dans nos collèges, on découvre que (…) le mieux doté des collèges de Seine-Saint-Denis, est moins bien doté que le moins bien doté des collèges parisiens"… "Quand la politique de droit commun n’est pas au niveau, comment voulez-vous que la politique de la ville donne des résultats ?", avait-il lancé, rappelant qu’"il y a eu 2.700 visites ministérielles en dix ans en Seine-Saint-Denis - une par jour !".
"Je partage votre constat et votre question", avait répondu Gérard Collomb, avant de lister, lui aussi, les moyens mobilisés par l’Etat sur le sujet : "dans le domaine de l’Education nationale, le département bénéficiera à la rentrée prochaine de 466 postes supplémentaires pour le seul premier degré" et du dédoublement des classes de CP et CE1 ; sur la situation au tribunal de grande instance de Bobigny, la garde des Sceaux "s’est engagée à pourvoir l’ensemble des postes de magistrats et de fonctionnaires, dès septembre 2018, et à affecter un certain nombre de magistrats en surnombre" ; concernant la sécurité, "alors que les forces avaient diminué, entre 2010 et 2014, elles sont aujourd’hui au plus haut"...
Peut-être que, dans un ou deux ans, le ministre de l'Intérieur en rendra compte plus précisément dans le cadre d'un "comité de suivi" ad hoc, devant  la "Cour d'équité territoriale" ou une nouvelle fois dans le cadre des questions au gouvernement ?

*Le communiqué de presse est signé, dans l’ordre alphabétique, des sénateurs Eliane Assasi (PC), Vincent Capo-Canellas (UDI), Philippe Dallier (LR), Annie Delmont-Koropoulis (LR), Fabien Gay (PC), Gibert Roger (PS) et les députés Clémentine Autain (LFI), Marie-Georges Buffet (PC), Éric Coquerel (LFI), Alexis Corbière (LFI), Bastien Lachaud (LFI), Jean-Christophe Lagarde (UDI), Stéphane Peu (PC), Alain Ramadier (LR) et Sabine Rubin (LFI).


#93monamour : UN CONCOURS PHOTO ORGANISE PAR L'OPH DE SEINE-SAINT-DENIS
Seine-Saint-Denis habitat a organisé, du 21 mai au 17 juin, un concours photo gratuit, sur Instagram, intitulé #93monamour. Objectif : "poser un regard neuf et poétique" sur ce département et ses habitants. Pour cette première édition, l’office public de l’habitat a choisi le photographe séquanodionysien Manolo Mylonas pour présider le jury. Manolo Mylonas est notamment l’auteur de la très belle série Tous les jours dimanche, réalisée entre 2006 et 2014, et qui rend hommage aux habitants du département.
Le jury désignera la photographie qui obtiendra le "Prix du Jury" et établira une sélection des dix meilleures photos pour lesquelles un vote sera organisé sur le compte Instagram de SeineSaint-Denis habitat afin de déterminer le "Prix du public".
Pendant la durée du concours, Seine-Saint-Denis habitat a organisé des ateliers d’initiation à la photographie pour ses locataires. Cette action s’inscrit dans le cadre de la Semaine nationale des HLM.
Le règlement du concours est consultable sur seinesaintdenishabitat.fr ou via Instagram @seinesaintdenishabitat.

 

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