Social - Le rapport du Secours catholique ne voit pas d'amélioration sur la pauvreté

Il y a quelques jours à peine, l'Insee publiait une "estimation avancée du taux de pauvreté et des indicateurs d'inégalités" portant sur l'année 2016 (voir notre article ci-dessous du 25 octobre 2017). Conclusion de cette "méthode expérimentale fondée sur la micro-simulation", qui a déjà fait la preuve de sa fiabilité lors des deux années précédentes : le taux de pauvreté aurait légèrement reculé en 2016, repassant sous la barre des 14%, tandis que les inégalités connaîtraient également un léger déclin. Aujourd'hui, le Secours catholique publie son traditionnel rapport statistique sur "L'état de la pauvreté en France", qui fait aussi autorité. Conclusion : la pauvreté continue de s'aggraver et les permanences de l'organisation caritative sont confrontées à un nombre croissant de situations de pauvreté.

Qui dit vrai ?

C'est peu dire que le discours sur la pauvreté, très présent dans le débat public, est difficile à décrypter et peut susciter des interrogations sur la fiabilité de ses données, comme l'a déjà souligné l'Observatoire des inégalités (voir notre article ci-dessous du 2 septembre 2011). Le débat est parfois d'autant plus confus que la notion de pauvreté - et donc la façon de la mesurer - ne sont pas univoques : pauvreté monétaire à 60% du revenu médian (la notion la plus couramment utilisée), pauvreté monétaire à 50% du revenu médian, pauvreté en conditions de vie, pauvreté relative...
Il n'y a donc pas, en réalité, de contradiction entre la note de l'Insee et le rapport du Secours catholique, mais plutôt une approche différente et, plus encore, des champs qui ne se recouvrent pas totalement. Une situation qui n'est pas sans rappeler les débats sur la mesure du chômage.
L'étude par micro-simulation de l'Insee englobe l'ensemble de la population, alors que le Secours catholique travaille sur les publics qui se présentent à ses permanences, soit 1.438.000 personnes rencontrées en 2016 par les 67.900 bénévoles de l'association.

Femmes seules, jeunes ménages, étrangers, seniors : des publics de plus en plus fragiles

Ces réserves posées, le rapport statistique du Secours catholique reste une source précieuse et fiable d'information. L'édition 2017 a choisi de mener de front une double approche. D'une part, l'approche statistique traditionnelle - qui identifie plus de 85.000 situations distinctes parmi les personnes reçues - et, d'autre part, un exercice de déconstruction des préjugés qui pèsent encore trop souvent sur les personnes en difficulté.
Sur le premier point, le rapport montre que 19% des personnes accueillies en 2016 sont sans aucune ressource. Les familles monoparentales sont très fortement représentées (29,6%), ainsi que les hommes seuls (23,1%) et les femmes seules (17,1%). De même, la part des étrangers ne cesse de progresser : ils représentent 39% des personnes reçues en 2016, contre 20% en 2000, soit un quasi-doublement. 42% d'entre eux sont en règle, 38,7% ont un statut d'attente et 19,2% sont sans papiers.
En termes de logement, 13% des personnes reçues ne disposent que d'un logement précaire, tandis que 87% ont un logement stable. Pour les étrangers, ces proportions sont de 52% et 48%. En termes de besoins exprimés, les principales demandes des personnes accueillies portent sur une écoute, un accueil et du conseil (60,2%), sur l'alimentation (56%) et sur les loyers et les factures d'énergie et d'eau (18,5%).

Une moindre présence des prestations sociales

De façon plus large, le rapport montre que 60% des ménages reçus vivent dans une extrême pauvreté et que, contrairement à une idée reçue, la majorité des personnes accueillies sont actives, même si la part des inactifs tend à augmenter. Cette évolution s'explique, pour partie, par le nombre croissant de personnes âgées isolées. Une autre tendance de fond réside dans la présence de femmes "aux situations toujours plus fragiles" et dans une précarisation accrue des jeunes ménages et des étrangers.
Enfin, le rapport constate une baisse de la présence des prestations sociales. Ainsi, en 2016, un peu moins des deux tiers (64,4%) des ménages aidés par le Secours catholique perçoivent au moins un transfert de l'Etat. Cette part est en baisse par rapport à 2013 et 2010. Selon l'association, "une partie de cette baisse semble provenir de la baisse de la part des ménages percevant des allocations familiales, et dans une moindre mesure d’une baisse du recours aux aides au logement".

Préjugés : "un processus dramatique"

Du côté des idées reçues, le rapport du Secours catholique entend lutter contre un "processus [...] dramatique pour chaque personne et dévastateur pour la cohésion sociale", autrement dit "les préjugés qui circulent sur les chômeurs, les migrants, les bénéficiaires des aides..., [et qui] sont autant de poids chargés sur leurs épaules, les enferment et les séparent des autres".
Pour cela, le rapport démonte, de façon convaincante et démonstrations chiffrées à l'appui, huit préjugés très répandus : les pauvres font des enfants pour toucher les allocations familiales ; les étrangers viennent profiter de la générosité du système social français ; on est moins pauvre lorsqu'on vit à la campagne ; si on cherche du travail, on trouve ; le chômage est la principale cause de pauvreté ; les pauvres préfèrent ne pas travailler ; les pauvres sont des assistés et des fraudeurs et, enfin, les pauvres ne savent pas gérer leur budget. Un exercice salutaire face à certains discours ambiants.

 

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