Localtis

Les Interconnectés cernent les défis numériques des dix prochaines années 

Publié le
par
Virginie Fauvel pour Localtis
dans

Infrastructures numériques, données

Les Interconnectés, Réseau des territoires innovants, qui a fait étape à Paris les 26 et 27 juin 2019 dans le cadre de son IntercoTOUR, a fêté ses dix ans. Plus que dans le rétroviseur, l’organisation regarde vers l'avenir et tente d’identifier les défis numériques des dix prochaines années : relations avec l'usager, fracture numérique...

“Nous avons la volonté de hisser l’acteur public au niveau des acteurs natifs” du numérique, sans “s’opposer aux acteurs privés". L'ambition a été posée par Karine Dognin-Sauze, présidente des Interconnectés et vice-présidente de la métropole de Lyon, en introduction à la journée étape parisienne de l’IntercoTOUR, mercredi 26 juin. “Les Interconnectés, c’est un espace qui permet un échange de pair à pair, en dehors de la pression du privé”, a-t-elle de même rappelé. Aux Interconnectés, ce sont les territoires eux-mêmes qui définissent les sujets : fibre optique, frenchtech, open data, objets connectés etc. 

Souveraineté sur les données du service public

Francky Trichet, adjoint au maire et conseiller métropolitain à la ville et la métropole de Nantes, a présenté à cette occasion “la charte métropolitaine de la donnée”, élaborée par sa collectivité. Il s'agit selon lui d'une première en France, fondée sur un engagement éthique sur la donnée afin de protéger les citoyens, même si cette charte n'a pas de valeur légale. Les données concernées par cette charte sont “celles de la métropole et des délégations de service public (DSP), en lien par exemple avec l’eau, les déchets ou la mobilité”, précise-t-il. Son objectif "est de garantir la souveraineté sur les données du service public”. Ce qui devrait empêcher la mise à disposition des données publiques à des fins commerciales. La charte se traduit entre autres par la sobriété - ce qui signifie “ne pas collecter et ne pas stocker plus de données que nécessaire" -, la transparence des algorithmes et une certaine méfiance à l’égard de l’intelligence artificielle (IA). “Nous nous interdisons toute utilisation de l’IA dans la gestion des données publiques sur des cas individuels”, illustre Francky Trichet, qui donne l’exemple de la tarification solidaire de l’eau qui ne sera pas calculée par un robot. “Et c'est la Métropole qui donne la décision finale”, insiste-t-il.

Remettre l’usage au centre des services publics

Au coeur des enjeux des dix prochaines années, Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la ville de Paris, a cité la relation avec les usagers et la fracture numérique , même s’il "n’aime pas le terme de fracture”.  La nature de la donnée a aussi beaucoup été questionnée. "Existe-t-il une donnée d’intérêt général ?", s'est interrogée Karine Dognin-Sauze. “Le problème avec les données, c’est que les citoyens n’ont pas conscience d'à quel point ils s'exposent. Nous vivons dans un système hautement coercitif en matière de gestion de la donnée. Sur les réseaux sociaux, tous les mots sont détectés. On est par exemple capable de fabriquer des modèles de vote prédictifs…”, a alerté l'élu parisien, qui dénonce une "disproportion du rapport de force entre les opérateurs de la donnée privée et l’Etat". Emmanuel Grégoire cite notamment la question de l’identité numérique et de la cryptomonnaie. “L’Etat a abandonné une clé de son pouvoir régalien”, regrette-t-il. “Certes il y a le RGPD mais une fois le consentement obtenu, les possibilités sont immenses. C’est un consentement léonin”. “Il faut que les Etats reprennent la main sur le contrôle de leurs données stratégiques”, a conclu l’adjoint à la ville de Paris, dont la collectivité a investi dans  son propre data center, situé Porte de la Chapelle, et qui a développé sa plateforme “Lutece”, basée sur le logiciel libre. “C’est un investissement conséquent au départ”, a-t-il reconnu.  L'objectif étant de "remettre 'l’usage' au centre des services publics", ce qui implique de recourir au "design de service public".  

Manifeste des territoires innovants 

Lors de cette journée, le label “Territoire Innovant “ a été décerné à la communauté d’agglomération de Paris-Saclay, pour son "Challenge observatoire économique", démarche d’Open Innovation. Il doit permettre de démontrer l’existence d’une opportunité économique, technique ou commerciale… et la faisabilité d’un système souple d’utilisation, flexible et prospectif. Le jury a également récompensé la ville de Rosny-sous-Bois, pour son projet "Ma ville numérique" qui vise à moderniser la relation entre la collectivité et les usagers. 
Le réseau des Interconnectés s’est par ailleurs beaucoup impliqué, avec l’AdCF et France urbaine, dans l’élaboration d’un manifeste “pour une nouvelle approche de la transformation numérique des territoires”. Ce document  fixe deux grandes orientations : "poser les bases d’un dialogue État/territoires/entreprises renouvelé" et "imaginer un modèle de gouvernance et de mise en oeuvre". Le manifeste, déjà remis en décembre 2017 au secrétaire d’État au numérique, devrait être paraphé prochainement par le gouvernement. 

Les prochaine dates de l’IntercoTOUR

Lancé en 2015 par le réseau des Interconnectés, l’IntercoTOUR est un événement national itinérant. Dédiée à une thématique spécifique répondant aux enjeux régionaux, chaque journée est à la fois un temps de partage entre les participants, un moment de travail privilégié avec les équipes des territoires d’accueil, une occasion de rencontre avec les experts et acteurs locaux de la transformation numérique. Voici les dates des prochaines rencontres : 

  • 2 Juillet : IntercoTOUR Grand Est – Charleville-Mézières
  • 9 juillet : IntercoTOUR Normandie – Le Havre
  • 19 Septembre : IntercoTOUR Hauts-de-France – Saint-Quentin
  • 26 Septembre : IntercoTOUR Sud PACA – Istres
  • 17 octobre : IntercoTOUR Auvergne Rhône-Alpes – Annecy
Haut de page