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Caroline Megglé, avec AFP, pour Localtis

Les jeunes dans le giron du Grand Débat

Citoyenneté et services au public

Organisation territoriale, élus et institutions

Jeunesse, éducation et formation

À l'approche des élections européennes, mais aussi en prévision des municipales de 2020, les jeunes citoyens - potentiels électeurs, élus ou "influenceurs" - apparaissent stratégiques pour l'exécutif. Dans le cadre du Grand Débat national, le président de la République va cette semaine à leur rencontre en Saône-et-Loire. Il consulte par ailleurs les groupes politiques sur l'hypothèse d'un référendum et sur l'éventualité de l'organiser le 26 mai, jour des élections européennes. Pour le Premier ministre, il faudra dans tous les cas "plusieurs instruments" pour clôturer le débat et sortir définitivement de la crise des gilets jaunes.   

À l'agenda du chef de l'Etat en cette troisième semaine du Grand Débat national : les jeunes et les banlieues. Emmanuel Macron était lundi soir à Evry-Courcouronnes (Essonne) pour rencontrer des élus et acteurs associatifs d'Île-de-France ainsi que des habitants de l'Essonne. Les quartiers prioritaires de la politique de la ville étaient à l'ordre du jour de ce déplacement dans cette toute jeune commune nouvelle dont le maire, Stéphane Beaudet, est également président de l'Association des maires d'Île-de-France.
Le président de la République se rendra ensuite, ce jeudi 7 février, en Saône-et-Loire, en premier lieu à Autun où il échangera avec Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, avant de rencontrer les maires des communes chefs-lieux de canton du département.

Les jeunes, dont les jeunes maires, courtisés

Le jeune maire d'Autun, Vincent Chauvet (Modem), fait partie de la trentaine de maires qui avaient été réunis dès la mi-janvier par Sébastien Lecornu, ministre en charge des collectivités territoriales et co-animateur du Grand Débat. Le rôle de ces maires : mobiliser à leur tour d'autres élus et œuvrer dans leur territoire à la réussite de la démarche. Une "réunion de mobilisation des jeunes maires" est d'ailleurs organisée par Sébastien Lecornu ce 6 février - avec l'idée de faire émerger de nouvelles personnalités locales dans la perspective de l'acte 2 du quinquennat ?        
"Municipales 2020 : parité et jeunesse, le statut de l'élu(e) est une urgence", a justement interpellé l'Association des maires ruraux de France (AMRF). Dans un communiqué du 4 février, l'AMRF rappelle le "risque de voir certaines communes se trouver en situation de carence de candidatures" et dit soutenir "l’action touselus.fr et l’interpellation #pourquoipastoi" destinées à susciter des vocations. L'association demande qu'un véritable "statut de l'élu" apporte des réponses sur trois points : "la disponibilité temporelle et matérielle (crédits d’heure et indemnité suffisante) ; la sécurité, d’un point de vue juridique et social ; la responsabilité (formation et transparence de gestion)" (voir notamment notre article du 12 octobre 2018 "Sénat : 43 propositions pour répondre au 'malaise' des élus locaux"). 
Après l'échange avec les maires ce jeudi, Emmanuel Macron participera à un grand débat avec des jeunes, dont des lycéens, à l'établissement pour l'insertion dans l'emploi (Epide) de Velet à Etang-sur-Arroux. Ces derniers jours, les jeunes sont sous les feux des projecteurs du gouvernement. "Jusqu'à présent, il y a eu assez peu de participation de votre tranche d'âge", a jugé le 31 janvier le Premier ministre, lors d'une rencontre à Juvisy-sur-Orge (Essonne) avec une vingtaine de volontaires du service civique. 
Le même jour, Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, a lancé via Youtube un appel à la jeunesse : "Soyez acteurs de ce débat". La vidéo n'a été visionnée que par quelque 200 personnes à ce jour.

Un référendum organisé le jour des élections européennes ?

D'ici ce sixième déplacement dans le cadre du Grand Débat et alors qu'un mouvement social réunissait ce jour syndicats et gilets jaunes autour de revendications sur les salaires et la justice fiscale, Emmanuel Macron reçoit les chefs des groupes politiques représentés à l’Assemblée nationale, au Sénat et au Parlement européen pour évoquer l'après-Grand Débat. Le chef de l'État recueille en particulier leur avis sur l'éventualité d'un référendum le 26 mai, jour des élections européennes. La ou les questions proposées aux Français pourraient notamment porter sur des sujets institutionnels, comme la réduction du nombre de parlementaires, la reconnaissance du vote blanc ou la limitation du cumul de mandats dans le temps.
Alors que le dernier référendum organisé en France, celui sur la Constitution européenne en 2005, a laissé de profondes traces - tant du côté des gouvernements successifs, qui n'y ont plus recouru depuis, que du côté de citoyens qui se sont sentis trahis -, cet instrument de consultation divise. Faut-il y recourir davantage, permettre à des citoyens de s'en saisir bien plus facilement qu'aujourd'hui ? Peut-il servir - et si oui quand et sur quel(s) thème(s) - à tourner la page de la crise des gilets jaunes et/ou à renouveler la démocratie ? 
Dans la majorité et dans l'opposition, de nombreuses voix se sont élevées ces jours-ci pour déconseiller au président de la République de "tout confondre" en organisant une consultation nationale le jour des élections européennes. Parmi elles, celles du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau. "Je souhaite qu'on parle d'Europe le 26 mai", a insisté cette dernière.

"Point de sortie" du Grand Débat : il faudra "plusieurs instruments"

"Je ne crois pas qu'on puisse sortir du Grand Débat uniquement par le référendum. Peut-être qu'il en faudra un, sur quelques questions, je ne sais pas, mais je pense que ça ne peut pas être le seul point de sortie, il faut plusieurs instruments", a quant à lui estimé Édouard Philippe le 30 janvier sur France Inter.
Pour réussir cette "sortie", la première difficulté réside dans la restitution - recueil, analyse et synthèse - des multiples contributions. Désignés pour assurer la transparence de la démarche, les cinq garants ont estimé pour leur part que "tout" devrait remonter, "pas seulement les réponses aux questions du gouvernement". À commencer par les "doléances" manuscrites recueillies par de très nombreuses mairies en France. Le ministère de la Transition écologique et solidaire a d'ailleurs publié le 31 janvier un avis de marché portant sur sur la "transcription de documents en fichiers numériques dans le cadre du Grand Débat national". Un minimum de 300.000 pages doivent être recueillies dans ce cadre…  
Quant à la plateforme numérique, elle indiquait le 5 février au matin quelque 179.000 contributions. Toujours en tête, la fiscalité et les dépenses publiques ont jusque-là suscité 61.000 retours ; le second thème le plus mobilisateur est celui de la transition écologique avec 45.000 contributions. La restitution des réunions locales semble plus laborieuse avec quelque 280 documents enregistrés, alors que 3.900 événements passés ou à venir sont recensés.
Quid des démarches participatives menées en dehors des outils proposés par le gouvernement ? Depuis quelques jours, à l'initiative de plusieurs plateformes régionales de gilets jaunes - dont Paca et Midi-Pyrénées -, une plateforme intitulée "Le vrai débat" recense des propositions, des arguments et des votes sur une série de thèmes. Le site, nettement plus "agile" que celui du gouvernement, permet notamment de classer les propositions par thème pour faire apparaître celles qui ont recueilli le plus de votes. Ironie du sort, c'est la même société, Cap collectif, qui a réalisé les deux plateformes.  

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