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Les maires associés à la lutte contre "l'islamisme et le communautarisme"

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Michel Tendil / Localtis
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Sécurité

Organisation territoriale, élus et institutions

Le ministre de l'Intérieur a invité les préfets réunis lors d'un séminaire exceptionnel, jeudi, à serrer les vis face à l'islamisme et au communautarisme. Les actions conduites depuis deux ans dans 15 quartiers sensibles seront généralisées à l’ensemble du territoire. Une circulaire a été adressée aux préfets pour mettre en oeuvre ces actions de contrôle qui s'appuieront notamment sur le concours des maires.

Le gouvernement se met en ordre de bataille pour "combattre l’islamisme et le communautarisme". "L’heure n’est plus aux pudeurs et aux faux-semblants (…) La radicalisation et le terrorisme sont les symptômes les plus graves d’un mal plus profond qui touche trop de nos quartiers", a déclaré le ministre de l’Intérieur, jeudi 28 novembre, devant 125 préfets réunis place Beauvau pour un séminaire exceptionnel sur "la lutte contre l’islamisme et le repli communautaire". "L'islamisme est le pire ennemi de l'islam", a-t-il souligné.

Lors du Congrès des maires, la semaine dernière, le président de la République avait dressé un bilan des actions engagées dans quinze quartiers (identifiés en février 2018 comme base de départ de djihadistes vers la Syrie). En deux ans, ces quartiers ont fait l’objet de 1.030 opérations de contrôle, associant les préfets, les procureurs, les maires, les recteurs, etc. Ce qui a conduit à la fermeture de 13 lieux de culte, de 4 écoles hors contrat, de 9 établissements culturels et de 133 débits de boissons. Les services de l’Etat ont également procédé à 536 contrôles antifraudes ayant permis 17 millions d’euros de redressements par le biais des caisses d’allocations familiales et de l’Urssaf (prestations indues, travail dissimulé), précise-t-on au ministère.

Des mesures élargies à l'ensemble du territoire

"Nous ne pouvions pas nous limiter à quinze quartiers identifiés et nous avons donc décidé d’étendre ces mesures à l’ensemble du territoire français", a annoncé Christophe Castaner, entouré de Nicole Belloubet (Justice), Julien Denormandie (Ville), Jean-Michel Blanquer (Education), Marlène Schiappa (Egalité entre les femmes et les hommes). "Je ne peux pas accepter qu’il y ait des endroits en France où l'on combat la République", a-t-il martelé. Christophe Castaner a demandé aux préfets de faire de cette lutte une "mission prioritaire". Une circulaire leur a été adressée le jour même pour "utiliser tous les ressorts". "Dès qu’il existe des doutes sur un lieu ou sur une association, je vous demande de ne pas hésiter à réaliser des inspections, des contrôles" susceptibles de conduire à des fermetures administratives, a exigé Christophe Castaner. "Je pense aux débits de boissons qui deviennent des lieux de rassemblement islamiste. Je pense à certains lieux de culte, à certaines écoles et certains centres culturels et sportifs qui se transforment en incubateurs de haine."

Cellule départementale

Les préfets devront mettre en place une "cellule départementale" qui devra avoir une "connaissance parfaitement fine des réseaux sociaux, économiques, religieux, sportifs et culturels" des personnes suivies au titre de la radicalisation à caractère terroriste. Christophe Castaner leur demande aussi d’établir une "cartographie précise" des lieux nécessitant d’être contrôlés. L’islamisme et le communautarisme n’étant pas défendus en tant que tels, il s’agit de gêner aux entournures sous l’angle juridique, en contrôlant la règlementation en matière d’établissement recevant du public, l’hygiène, la règlementation des activités sportives, celle sur l’accueil des mineurs, en luttant contre les fraudes… "Toutes les options vous sont ouvertes", a lancé le ministre.

Christophe Castaner a aussi enjoint aux préfets d’agir "avec méthode et en associant au maximum les acteurs de terrains concernés, au premier rang desquels les élus locaux". "Nous avons besoin de bâtir une société de confiance et la confiance passe par le lien avec les élus locaux", a-t-il assuré. Les maires seront associés "plus fortement afin qu’ils puissent signaler les situations de risque". Le gouvernement souhaite renforcer la mixité sociale dans les quartiers et "faciliter l’installation de projets culturels, sportifs, associatifs". Il prépare une "politique de la ville ambitieuse et concertée avec les élus" (après avoir enterré le plan Borloo en mai 2018).

Vigilance sur les listes communautaires

La circulaire sera prochainement suivie d'un volet visant à "compléter l’offre culturelle, sportive alternative dans ces territoires", a expliqué à la presse Frédéric Rose, nouveau secrétaire général du CIPDR (comité interministériel de prévention contre la délinquance et la radicalisation) dont les missions se voient ainsi élargies à la lutte contre l’islamisme et le communautarisme. "Les associations républicaines ont déserté ces endroits (…), il faut qu’elles puissent se réimplanter", a-t-il dit. "Il n’y a pas que les quartiers, a précisé le préfet, il y a des départements de France où le repli communautaire ne se fait pas sur un quartier", mais à l’échelle d’une "structure, une institution", pouvant constituer une "poche".

Alors que le gouvernement a pris ses distances avec l’initiative du chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau visant à interdire les listes communautaires aux prochaines municipales, la circulaire appelle les préfets à être vigilants sur cet aspect au moment de la constitution des listes et à faire bon usage du contrôle de légalité.
Hasard du calendrier, LREM présentait le même jour dix préconisations pour accompagner ses futurs candidats face au communautarisme.

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