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Université - Les présidents d'université sont partants pour partager la vie de campus

La conférence des présidents d'université ouvre des pistes de réflexion pour favoriser la "vie de campus" dans l'idée de poursuivre "le développement des liens entre les universités et leur territoire", dans la ligne du plan national de la vie étudiante présenté en octobre par le président de la République. La dernière piste porte sur la recherche de nouveaux modes de financement des campus.

Le colloque annuel de l'Association des villes universitaires de France (Avuf) débute ce jeudi 9 juin, à Corte, avec en tête des récentes déclarations fort réjouissantes des présidents d'université. La conférence des présidents d'université (CPU) a en effet tenu fin mai colloque à Orléans sur le thème du "Campus en mouvement", dégageant, à l'issue de trois jours de débats, une série de propositions concernant "la vie de campus". Si ces propositions ne sont encore que des pistes de réflexions déjà largement ouvertes par d'autres, une chose est désormais sûre, "il faut poursuivre et assumer, de part et d'autre, le développement des liens entre les universités et leur territoire", estime aujourd'hui la conférence des présidents d'université, qui a décidément bien intégré la ligne du Plan national de vie étudiante présenté le 1er octobre par le président de la République et qui considère la vie de campus comme "une donnée majeure de l'attractivité et de la réussite des universités".
"Nous devons revendiquer la porosité entre le campus et le territoire qui l'entoure, et utiliser la culture et l'engagement des étudiants et personnels comme moyens privilégiés du développement de ces liens", déclare la CPU. Car "une vie de campus réussie, c'est la rencontre de services et d'usagers, dans l'université et dans ses 'marges'". Bref, "nous devons libérer les énergies et initiatives et décloisonner nos modes de fonctionnement".

Créer des conférences locales d'enseignement supérieur

Pour cela, la première des propositions vise à "rassembler tous les acteurs de la vie de campus", par exemple en créant des "conférences locales d'enseignement supérieur" rassemblant les collectivités, les établissements d'Enseignement supérieur d'un même territoire et le Crous "afin d'échanger sur les projets de chacun et de définir des projets communs". Ou encore en élargissant l'ambition de la loi Fioraso avec des "schémas directeurs de la vie de campus".
Les présidents d'université suggèrent également de créer dans chaque université une mission territoire/université "qui servira d'interface pour les relations avec le territoire". Il pourrait y avoir aussi, dans chaque ville universitaire, un conseil de la vie étudiante qui développerait les projets partagés entre les services universitaires, les services urbains (sport, culture, patrimoine, transports…), les entreprises présentes à proximité du campus et sur le campus, et les autres acteurs du tissu local dans leur diversité (opérateurs de logement étudiant, restaurant, écoles et lycées, prisons…)

Espaces de coworking et jardins partagés

La présence d'entreprises sur les campus serait naturellement bienvenue, via tout ce qui se fait de mieux : incubateurs, strat-ups, fablab, espaces de coworking... et même jardins partagés !
Mais il s'agit aussi de "faire de l'université des lieux de fêtes, de curiosité, de visites et de fierté" en fédérant autour d'évènements (fête de la science, journées du patrimoine...) et en développant le "tourisme universitaire (sic)". Les campus devraient en effet être "des lieux ouverts et vivants toute l'année" en s'ouvrant, pendant les périodes "creuses", au profit de population non étudiante : pour des universités d'été, centres aérés, débats, tournages cinématographiques…
La conférence des présidents d'université aimerait également "développer les services universitaires favorisant le lien social et la vie de campus" en offrant notamment une offre large d'activités sportives et culturelles (...) ouvertes aux étudiants, personnels de l'établissement et "extérieurs".
Les présidents d'université aimeraient également voir se développer des "observatoires de la vie de campus" en lien avec les agences d'urbanisme "pour ajuster la politique des universités et des collectivités en fonction des besoins de la communauté universitaire".

Des éco-campus et des nouveaux modes de financement

Les présidents d'université se disent prêts à réfléchir à l'idée de faire de leurs campus des "démonstrateurs de dispositifs innovants en matière d'accompagnement des transitions énergétique, économique et sociale". Ce qui passerait par la transformation progressive des campus en "éco-campus énergétiquement sobres, développant une culture des pratiques durables, contribuant à la préservation de la biodiversité (notamment en milieu urbain)".
Et pour cela, il faut des financements conséquents. C'est l'objet de la dixième et dernière piste de réflexion : "promouvoir de nouveaux modes de financement des campus". Six axes sont ouverts : créer un crédit impôt campus pour les entreprises et les particuliers qui souhaitent investir dans la vie de campus ; créer un fonds d'amorçage pour investir dans la vie de campus, abondé par la Caisse des Dépôts ; développer les expérimentations à travers un appel à projets spécifiques d'initiatives pour des campus innovants (PIA3) ; expérimenter et favoriser des dispositifs d'économie collaborative ; créer un fonds dédié à la vie de campus visant à "permettre le financement participatif sur projets, en particulier vis à vis des "alumni" (Ndlr : les associations d'anciens élèves) et entreprises".

Dévolution du patrimoine immobilier : une idée dans l'air du temps

A noter que les présidents d'université n'évoquent pas la dévolution du patrimoine immobilier et foncier des universités. Que les universités deviennent propriétaires de leur parc est pourtant une idée dans l'air du temps, puisque Thierry Mandon, secrétaire d'Etat en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche, a missionné sur la question les inspections générales de l'administration de l'Education nationale (IGAENR) et des finances (IGF) (voir notre article ci-contre du 25 février 2016). La CPU devrait s'investir sur le sujet après la remise du rapport prévue fin juin.
Pour l'heure, à en croire France Urbaine qui a été reçue par Thierry Mandon le 25 mai avec d'autres associations d'élus composant le réseau des collectivités "ESR" (Avuf, ADCF, FNAU et Villes de France), "peu d'universités semblent aujourd'hui intéressées" et "les collectivités, pour leur part, ne pourront prendre seules le relais de l'Etat pour assumer la remise en état nécessaire". Conscient de ces difficultés, le secrétariat d'Etat compterait bien aboutir à "une stratégie économique et financière qui permettrait d'accompagner une dévolution soutenable".

Expérimentations en vue avec les collectivités

Le réseau des collectivités "ESR" a fait savoir par communiqué de presse qu'il avait demandé, et obtenu, de Thierry Mandon, de participer à la réflexion sur "la difficile équation de la remise en l'état du patrimoine public universitaire, en leur permettant d'expérimenter des solutions juridiques et financières adaptables aux situations locales". La collaboration, qui débuterait à la suite de la remise du rapport IGAENR/IGF, permettrait notamment "d'identifier les universités qui pourraient s'orienter vers une maîtrise totale de leur patrimoine en s'appuyant sur un solide tissu partenarial local".
Thierry Mandon aurait aussi dans l'idée de négocier auprès de Bercy deux évolutions qui selon lui pourraient changer la donne. Il souhaiterait d'une part une nouvelle articulation du produit de la vente de patrimoine en cas de cession (actuellement, selon la règle en vigueur, 50% du produit bénéficie à l'université et 50% à France Domaine, même si le bâtiment a été construit par la collectivité). Et il voudrait d'autre part donner la possibilité aux universités d'emprunter en appuyant leur emprunt sur des ressources propres notamment issues du programme d'investissements d'avenir 3 (PIA 3).

 

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