Les vingt premières "manufactures de proximité" labellisées

La liste des 20 premières manufactures de proximité a été dévoilée le 8 décembre. L'objectif : permettre à des artisans de se regrouper au sein d'ateliers de production et de mutualiser les équipements. Une dizaine de filières sont représentées par cette première salve, avec l'idée de revaloriser les savoir-faire régionaux. A terme, une centaine de manufactures seront sélectionnées dans le cadre du plan de relance, avec une enveloppe de 30 millions d'euros.

Depuis une quinzaine d’années Chandolas, petite commune du sud Ardèche, accueille tout un microcosme dédié aux métiers d’art. Les artisans des environs peuvent s’y rendre pour profiter des services d’un "fablab", d’une pépinière d’art, d’un atelier de production… Une agence dédiée au développement des métiers d’art sillonne même pour eux la région à la recherche de débouchés. Le projet est porté par quatre communautés de communes dont celle de Beaume-Drobie où se situe Chandolas. L’objectif aujourd’hui : transformer le lieu en véritable "pôle d’innovation", le Polinno, proposant "la création de prototypes, d’outils scénographiques, de packaging, etc.". "On est le royaume du sur-mesure face à une offre chinoise de plus en plus standardisée", se félicite Cécile Lucsko, coordinatrice du Polinno. Tout ce travail va pouvoir être approfondi grâce au plan de relance. Polinno fait en effet partie des 20 premiers lauréats (sur une cinquantaine de candidatures) de l’appel à manifestation d’intérêt sur les "manufactures de proximité", dont la liste a été dévoilée lors d’un comité de pilotage présidé par Joël Giraud, le secrétaire d’Etat à la ruralité, et l’ex-ministre délégué aux PME Alain Griset, mercredi 8 décembre, dans les locaux du ministère de la Cohésion des territoires, à Paris.

Revaloriser le savoir-faire régional

A l’instar du Polinno, ces "tiers-lieux de production" sont avant tout des ateliers permettant à des artisans ou des TPE de mutualiser des outils et des équipements souvent très onéreux (fraiseuses à canal numérique, coupes de bois, de métal…), mais aussi de monter des projets ensemble. Un bon moyen de revaloriser les savoir-faire des régions. Une dizaine de filières sont ainsi représentées parmi ces vingt projets : bois, métal, textile, fabrication numérique, métiers d’art, agroalimentaire, céramique, parfumerie…  Elles correspondent souvent à d’anciennes traditions historiques comme la tapisserie à Aubusson-Felletin (Creuse) ou la parfumerie à Grasse (Alpes-Maritimes) avec l’Aromatic Lab, un centre de ressources, d’expérimentation et de formation autour des métiers de la parfumerie., regroupant industriels, producteurs agricoles, musées…  Certaines initiatives recoupent celle des Territoires d’industrie. C’est le cas dans le Jura avec L’Atelier des savoir-faire, réunissant, comme à Chandolas, une soixantaine d’artisans des métiers d’art.

L’AMI, qui bénéficie d’une enveloppe de 30 millions d’euros dans le cadre du plan de relance, se déroulera en trois phases (la deuxième vague de labellisation est déjà ouverte). Au total, une centaine de projets seront sélectionnés à travers la France, en priorité dans les territoires fragiles : zones rurales, quartiers défavorisés. Le gouvernement souhaite ainsi poursuivre la dynamique lancée par la sélection de 300 "fabriques des territoires", spécialisées, elles, dans le numérique, avec un financement de 45 millions d’euros. "C’est un mouvement de fond", souligne-t-on au ministère de la Cohésion des territoires.

Phase d'incubation

Alors que le pays compte environ 4.000 tiers-lieux, "il y avait un manque, un vide, l’enjeu était de répondre à des TPE/PME, des artisans sur le territoire, qui rencontrent des difficultés très fortes pour développer leur activité", souligne Patrick Levy-Waitz, président de France Tiers-Lieux, auteur d’un rapport remis au Premier ministre, le 27 août, préconisant la labellisation de ces manufactures de proximité (voir notre article du 31 août 2021). La crise a alerté sur ces difficultés, avec la problématique des métiers en tension, souvent manuels. Et ces tiers-lieux, qui se veulent tournés vers le grand public, les scolaires, s’accompagnent souvent d’un volet formation. "A terme, on voudrait être organisme de formation", témoigne par exemple Cécile Lucsko, même si ce travail en est pour l’heure aux "balbutiements". Le Polinno possède aussi sa propre boutique de créations originales et a l'intention de proposer prochainement des produits dérivés, ou "inspirés", préfère-t-on dire ici. Sans compter une salle d’exposition.

La plupart du temps, les projets sont portés par des collectifs d’acteurs déjà implantés sur le territoire, des entreprises, des Scic, des associations, ou des collectivités, comme Polinno et L’Atelier du Savoir-Faire. A partir de janvier, les lauréats entreront en "phase d’incubation". Ils bénéficieront d’un accompagnement en ingénierie, en investissement et d’une aide à l‘amorçage (pour couvrir des frais de fonctionnement), avec un montant moyen de 260.000 euros (bien plus que pour les fabriques des Territoires). L’idée est qu’au bout de trois ou quatre ans, les manufactures soient autonomes et parviennent à s’autofinancer. D’où le "niveau d’exigence très élevé" demandé au moment de la sélection. Au Polinno, cet argent permettra d’agrandir les locaux, de recruter un salarié… Le modèle économique repose sur une adhésion des communautés de communes (de 75 centimes à un euro par habitant, en fonction de l’éloignement géographique) et des recettes du fablab. Mais l'équilibre n'est pas facile à trouver. "Il y a toujours cette préoccupation de l’ingénierie financière, qui nous conduit à rechercher des financements publics ou privés, c’est naturel dans nos collectivités", explique Cécile Lucsko.

 

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