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L'Île-de-France concentre tous les symptômes du mal-logement

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Jean-Noël Escudié / P2C pour Localtis
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Logement

Social

Cohésion des territoires

Ile-de-France

Le focus que la fondation Abbé-Pierre vient de publier sur le logement en Île-de-France montre que la région concentre à elle seule 33% des bidonvilles, 34% des demandes de HLM, 41% des expulsions, 59% des recours Dalo, 63% des recours Daho.

En complément de son rapport 2019 sur "L'état du mal-logement en France" (voir nos articles ci-dessous du 31 janvier et du 1er février 2019), la fondation Abbé-Pierre publie un "éclairage régional sur l'Île-de-France". Si la région abrite 18,2% de la population française (métropole et outre-mer) – soit 12,2 millions d'habitants –, elle concentre de nombreuses difficultés en matière de logement, énumérées par la fondation : 33% des habitants en bidonvilles, 34% des demandes de HLM, 41% des expulsions locatives effectives, 59% des recours au titre du Dalo, 61% des ménages "priorité urgente Dalo" restant à reloger, 63% des situations de surpeuplement accentué, 64% des recours Daho (droit à l'hébergement opposable)…

Une hausse des prix de l'immobilier deux fois plus rapide que celle des revenus

Comme l'explique ce rapport d'une centaine de pages, le mal-logement est "un phénomène très ancré en Île-de-France". La fondation relève également que "parmi les 4 millions de personnes mal logées que compte notre pays, 1,2 million vivent dans la région la plus riche de France !" : 976.842 personnes avec des conditions de logement très difficiles, 211.100 personnes privées de domicile personnel (dont 148.000 en hébergement contraint chez des tiers) et 21.600 personnes en foyers de travailleurs migrants non traités. Les ménages franciliens affichent pourtant un revenu moyen de 4.117 euros par mois, supérieur de 26% à la moyenne nationale...

Une des premières explications à ces difficultés tient aux coûts du logement : en quarante ans, les prix d'achat dans l'immobilier ont été multipliés par 13,9 et les prix à la location par 10, alors que les revenus étaient multipliés par 7,2. Conséquence : entre 1988 et 2013, la part des ressources des ménages à bas revenus (sous le seuil de pauvreté régional) consacrée au logement est passée de 21,6% à 36,2%, soit une hausse de 15 points contre 6 points pour le reste des Franciliens (14,4% à 20,7%). En fin de mois, 19% des Franciliens déclarent ainsi avoir des difficultés pour payer le loyer, même s'ils ne sont que 5% à être en situation d'impayés. Cette fragilité se lit aussi dans le fait que l'Île-de-France est la région la plus touchée par les expulsions. Elle totalise en effet 26% des décisions de justice prononçant l'expulsion et 41% des expulsions effectives.

Une production en dessous des besoins

Face à cette situation – et à une population qui augmente 50 à 60.000 habitants par an –, la fondation estime qu'il faudrait construire 935.000 logements entre 2019 et 2030, soit environ 78.000 par an, alors que la production annuelle entre 2014 et 2017 se situe autour de 66.000 logements commencés. En matière de logement social, le rapport souligne également que "l'année 2017 a connu une chute inquiétante avec seulement 15.900 logements mis en service dans le parc locatif des bailleurs sociaux", contre environ 18.000 les années précédentes.

Sur l'hébergement, la fondation reprend sa critique d'une "gestion au thermomètre [...] qui perdure et d'une approche trop limitée du Logement d'abord". La remarque vise notamment la poursuite du "recours massif à l'hôtel", qui a pratiquement quintuplé en dix ans. Aussi, la mise en mouvement vers le Logement d'abord doit-elle "s'étendre et s'accélérer". La réussite en la matière "dépendra de notre capacité collective à changer de posture pour en finir avec la logique prescriptive d'assistance, de contrat et de contrôle, au travers de laquelle 'le logement se mérite'".

Un manque d'application des lois

De même, le rapport de la fondation revient sur le manque d'application des lois. Par exemple, 40% des communes franciliennes soumises à la loi SRU ne respectent pas leurs objectifs, avec en particulier 72 communes affichant toujours des taux inférieurs à 10% (au lieu de 25%). Dans le même ordre d'idées, il apparaît aussi que 30% des ménages franciliens reconnus prioritaires au titre du Dalo restent toujours à reloger, tandis que seuls 12% des relogements des réservataires (autres que l'État) vont à des ménages prioritaires, au lieu des 25% obligatoires. D'autre part, l'inconditionnalité et la continuité de l'accueil en hébergement se trouvent mis à mal, du fait de la forte hausse des demandes non pourvues. Du côté des communes, le rapport relève que seuls 27% des CCAS franciliens ont une activité de domiciliation, alors qu'il s'agit d'une mission obligatoire. Enfin, plus de la moitié des aires d'accueil prévues pour les gens du voyage ne sont toujours pas réalisées.

À noter : au-delà de cet état des lieux et des propositions d'amélioration, le rapport de la fondation Abbé-Pierre sur l'Île-de-France propose aussi un tableau de bord détaillé portant sur cinq composantes essentielles du mal-logement : l'absence de domicile personnel, les difficultés d'accès au logement, les mauvaises conditions d'habitat, les difficultés pour se maintenir dans son logement et les blocages dans les parcours résidentiels.

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