Logement des jeunes : quelles avancées en faveur des étudiants et des actifs ?

Facteur clé de réussite pour les études comme pour un contrat d’apprentissage ou un premier emploi, l’accès des jeunes à un logement adapté à leurs besoins est encore loin d’être une réalité partout, en particulier lorsque ces jeunes sont en situation de précarité. Selon la ministre du Logement, une réflexion sur le "lien emploi-logement" est engagée dans le cadre du futur contrat d’engagement jeune. Une réflexion nécessairement en lien avec les besoins de nouvelles places et de réhabilitation du parc existant. Où est-on actuellement ? Localtis a fait le point avec l’Unhaj, réseau de foyers de jeunes travailleurs, et l’Association des villes universitaires de France.      

"Le logement, qui constitue le premier poste de dépense des jeunes, contribue de plus en plus à leur précarisation." Il s’agit du principal constat de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les perspectives économiques des jeunes Français, qui rendait ses conclusions le 15 décembre 2021. Faciliter l’accès des jeunes étudiants comme des jeunes travailleurs à un logement décent est une "urgence absolue", selon les rapporteurs de cette mission qui rappellent qu’un jeune de 18 à 29 ans sur cinq se situe sous le seuil de pauvreté et que 60% du budget des étudiants est consacré au logement. Les députés formulent 20 propositions, pour libérer du foncier en faveur du logement des jeunes, équilibrer la production de logements locatifs sociaux en faveur de plus petites surfaces, "prévoir une place explicite pour les jeunes" dans les conventions intercommunales d’attribution du logement social ou encore soutenir davantage les jeunes dans l’accès au logement.        

36.000 nouvelles places de logement étudiant mises en service entre 2018 et 2022

Dans le cadre du futur contrat d’engagement jeune, une réflexion gouvernementale sera engagée "autour du lien emploi-logement", a annoncé la ministre du Logement Emmanuelle Wargon à l’occasion des dernières Assises nationales pour l’habitat des jeunes, selon l’Union nationale pour l’habitat des jeunes (Unhaj) qui organisait ces rencontres en novembre dernier. "Cette réflexion avance, notamment parce qu’il y a eu un boom de l’apprentissage et que l’apprentissage nécessite de penser le logement, encore davantage que pour d’autres façons de se former, du fait de la mobilité", explique à Localtis Marianne Auffret, directrice générale de l’Unhaj. Elle ajoute : "cela ne pourra pas se faire à offre de logements constante, car la tension est forte sur les bassins de formation et d’emploi. Cela signifie qu’il faut développer l’offre". 

En la matière, 80.000 nouveaux logements devaient être créés pendant la durée du mandat présidentiel – le "plan 60.000" dédié aux étudiants, après le "plan 40.000" du mandat précédent, ainsi que 20.000 logements pour les jeunes actifs. Concernant les étudiants, un peu plus de la moitié de l’objectif serait atteint avec 36.000 nouvelles places mises en service entre 2018 et 2022, selon le dernier bilan gouvernemental du comité de pilotage sur le logement étudiant réuni le 1er octobre 2021.

Les décrets de la loi Elan sur la diffusion du logement étudiant dans le parc social : "la meilleure des avancées" du plan 60.000

A l’issue d’un travail de prospection foncière réalisé par les préfets de région et les recteurs de région académique en lien avec les présidents d’universités, 69 sites ont été "identifiés comme pouvant accueillir des opérations de logements étudiants à court et moyen termes", pour "un potentiel de 13.000 logements étudiants", soulignaient les ministères de l’Enseignement supérieur et du Logement dans un communiqué du 2 octobre 2021. "Ces opportunités foncières exploitables sont à rapprocher des besoins réels de production nouvelle, identifiables par des études ad hoc ou les travaux des observatoires territoriaux du logement des jeunes (OTLE)", observe François Rio, délégué général de l’Association des villes universitaires de France (Avuf), interrogé par Localtis. Des données synthétiques issues des 35 OTLE labellisés seront prochainement publiées par la Fédération nationale des agences d’urbanisme (Fnau), après un premier portrait de ces observatoires publié en juillet 2021. 

Concernant le plan 60.000, "les décrets d’application (voire d’extension) de l’article 109 de la loi Elan constituent la meilleure des avancées", estime François Rio (voir notre article sur le dernier décret en la matière). Selon lui, "cela permettra de diffuser plus facilement du logement étudiant dans du parc social classique, pour une meilleure mixité urbaine et sociale, et sur des territoires aux configurations universitaires très variées", dans des métropoles où la pression foncière est forte comme dans "de nouvelles villes universitaires où les acteurs historiques du logement social étudiant n’ont jamais osé s’implanter".

Foyers de jeunes travailleurs : débloquer des subventions d’investissement spécifiques

Quant aux 20.000 logements promis pour les jeunes actifs, l’Unhaj déplore une absence de bilan. Une enquête du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD, ministère de la Transition écologique) devrait prochainement livrer ses résultats sur "l’utilité sociale des foyers de jeunes travailleurs" (FJT). Emmanuelle Wargon pourrait s’appuyer sur ces résultats pour relancer le partenariat gouvernemental avec le mouvement – via notamment un appui en moyens d’ingénierie – et, surtout, pour "débloquer des subventions spécifiques en investissement", souligne Marianne Auffret. Actuellement, les projets de nouveaux FJT reçoivent des subventions d’Action logement, mais les salariés ne sont "qu’une partie de notre public", précise la directrice générale de l’Unhaj. Le réseau des résidences loge ainsi 90.000 jeunes, dont 30% d’apprentis, 30% d’employés aux statuts variés, 18% de scolaires et étudiants, 13% de stagiaires et 8% de demandeurs d’emploi. En termes d’utilité sociale, l’Unhaj met en avant la dimension d’accompagnement des jeunes comme les "solutions innovantes" portées par ses résidences, notamment pour faciliter la vie des alternants et des apprentis. Par exemple, un "hôtel de l’alternance" à Tours donne la priorité aux courts séjours et permet aux jeunes de stocker sur place des affaires pendant leurs absences.   

Rénovation : des crédits du plan de relance mieux adaptés aux besoins des résidences universitaires qu’à ceux des FJT

Au-delà de la construction, la réhabilitation du parc existant est jugée prioritaire par le gouvernement, l’enveloppe de 4 milliards d’euros du plan de relance dédiée à la rénovation énergétique visant notamment les résidences sociales accueillant des étudiants et de jeunes actifs. Concernant le logement étudiant, "on doit saluer le rattrapage massif que nous appelions de nos voeux depuis plusieurs années pour la rénovation (notamment énergétique) de presque tout le parc social universitaire géré par les Crous, qui ne l’avait pas été dans le cadre des derniers Cper" (contrats de plan État-régions), réagit le délégué général de l’Avuf. Il ajoute que des collectivités sont parfois "venues accompagner les financements du plan de relance, et que le Cper 2021-2027 permettra de compléter l’effort", notamment pour les dizaines de cités ou résidences universitaires pour lesquelles les dossiers n’ont pu être montés à temps.

Pour la réhabilitation des foyers de jeunes travailleurs, les critères du plan de relance sont jugés restrictifs et peu adaptés aux enjeux du parc actuel. "On a parfois un bâti en étiquette énergétique C ou D, donc considéré comme ‘pas assez dégradé’ et ce n’est même pas principalement ce qui nous occupe. Ce qui nous occupe, c’est qu’il s’agit souvent de chambres de 9 mètres carrés avec la salle de bain et la cuisine à l’extérieur, ce qui n’est plus adapté à la façon dont les jeunes veulent se loger. On a donc un risque de vacance", explique Marianne Auffret. Or, dans une optique de zéro-artificialisation, il s’agit selon elle de "prendre à bras le corps la question de la réhabilitation", avec des solutions de financement pour la rénovation, la surélévation, etc.    

Parallèlement aux réflexions portées par le gouvernement dans le cadre du contrat d’engagement jeune, et parce qu’un jeune passe rapidement d’une situation à l’autre, un groupe de travail de collectivités issues des réseaux Avuf et ESR (enseignement supérieur et recherche) se penche actuellement sur le logement des "publics connexes aux étudiants : apprentis, jeunes diplômés, Neet" (jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation).

 

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