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Loger les jeunes et dynamiser les territoires : l'Unhaj fait valoir son expertise auprès des élus

Publié le
par
Caroline Megglé pour Localtis
dans

Logement

Jeunesse, éducation et formation

Cohésion des territoires

Associations

Les élus locaux sont-ils demandeurs de nouvelles résidences pour les jeunes ? Oui, si l'on en croit l'Unhaj, pour qui le logement va de pair avec un accompagnement des jeunes vers l'autonomie et la citoyenneté, gage d'animation de la vie locale. Réseau de 300 acteurs du logement des jeunes, l'Unhaj a présenté le 16 mai son "projet habitat jeunes" à la presse. Elle a mis en avant à cette occasion son ingénierie au service d'opérations de création de nouvelles résidences s'inscrivant dans un projet de territoire.   

Avant, en matière de logement des jeunes, les élus n'étaient "pas faciles à convaincre". Mais ça, c'était avant. Pour Claude Garcera, président de l'Union nationale pour l'habitat des jeunes (Unhaj), l'implantation de logements destinés aux jeunes n'est plus source d'angoisse, elle est même désormais convoitée. "D'autant que les jeunes ne sont pas tout seuls", sourit-il. En soutenant la création d'une "résidence habitat jeunes", les collectivités viendraient chercher un "projet global" comprenant un accompagnement des jeunes vers l'autonomie, mais aussi vers la participation à la vie locale. Un argument de poids pour des villes petites ou moyennes en quête de redynamisation.

La majorité des résidences gérées par l'Unhaj ont ainsi l'agrément foyer de jeunes travailleurs (FJT) et, à ce titre, développent un projet socio-éducatif soutenu par la CAF via une convention pluriannuelle. Claude Garcera préfère toutefois parler de "résidences habitat jeunes", un vocable qui serait plus révélateur de la globalité du "projet habitat jeunes" de l'Unhaj, dont les spécificités ont été présentées à la presse le 16 mai. Cela à l'approche du renouvellement de l'accord-cadre qui lie l'Union à l'Etat, la Caisse des Dépôts, Action logement et l'Union sociale pour l'habitat. Entre 2017 et 2019, l'Unhaj a en effet bénéficié de 359.000 euros de crédits d'ingénierie pour rénover le parc de logements, notamment dans le cadre de la transition écologique, et pour accompagner l'émergence de nouveaux projets en intégrant des maîtrises d'ouvrage collectives. Le réseau aurait ainsi contribué à réhabiliter 170 résidences et à en créer 120 nouvelles.

90.000 jeunes logés dans un parc de 40.000 logements

A la croisée des trois mondes du logement, du social et de l'éducation populaire, selon son président, l'Unhaj fédère 300 acteurs du logement des jeunes, principalement des associations actives soit dans l'information et l'accompagnement – services logements, Cllaj ou comités locaux pour le logement autonome des jeunes -, soit dans la gestion de résidences. Le réseau compte aussi parmi ses membres quelques centres communaux ou intercommunaux d'action sociale et une mutuelle. Environ 90.000 jeunes de 16 à 30 ans seraient logés par les adhérents de l'Unhaj dans 40.000 logements – en collectif, au sein de résidences de tailles très variables, ou en diffus – implantés sur 650 sites partout en France, avec une présence assez marquée à l'Ouest.

Dans l'approche "Habitat jeunes", les associations gestionnaires sont présentées comme des ensembliers aux multiples casquettes. Président de l'association Technowest Logement Jeunes en charge notamment de trois résidences sociales à Mérignac et Blanquefort (Gironde) et membre du bureau de l'Unhaj, Evanne Jeanne-Rose était présent le 16 mai pour en témoigner. Première mission pour une association présente comme la sienne en zone tendue : sélectionner les résidants en recherchant un équilibre entre la nécessité de cibler les jeunes les plus dans le besoin et celle de préserver une mixité – sociale, en termes d'âge, de statuts, etc. –, bénéfique pour les finances de la structure mais aussi pour l'animation de la vie collective.

Animation d'un projet collectif et accompagnement individuel

Deuxième mission pour l'association gestionnaire : l'animation d'un projet, présenté comme devant être fortement en prise avec le territoire. Parmi les multiples thèmes d'intervention listés sur les supports de communication des résidences de l'Unhaj, en dehors du logement et de la restauration, on trouve ainsi : emploi-formation, épicerie solidaire, jardin partagé, santé, culture-loisirs, transport-mobilité, sport, animation de la vie collective, accompagnement individuel, coworking, location de salles… Au sein de résidences conçues comme des "lieux de construction et d'expérimentation du pouvoir d'agir des jeunes", l'équipe d'animation encourage les jeunes à s'investir dans la vie locale et à monter leurs propres projets tels que des festivals.

L'accompagnement individuel constitue la troisième mission des associations, qui ont pour objectif d'"éviter les ruptures" dans le parcours des jeunes qu'elles logent. Le réseau est ainsi confronté depuis quelques années à la naissance d'enfants, ce qui implique pour l'association de rechercher des solutions pour accompagner les jeunes mères dans la recherche d'un logement plus adapté. Autre situation complexe et fréquente : l'accès à la majorité des jeunes de l'aide sociale à l'enfance, notamment des mineurs non-accompagnés. La convention avec le département prend alors généralement fin, d'où des impayés si le jeune n'est pas en emploi ou en apprentissage. Dans l'attente d'une solution, "on les garde, on serre les dents", assure Claude Garcera.

Mettre les jeunes en lien avec les ressources de leur territoire

L'accompagnement individuel varie évidemment beaucoup d'un jeune à l'autre, "nous sommes aussi beaucoup dans l'informel", poursuit le président de l'Unhaj. "Nous ne voulons pas être des spécialistes, l'idée est de mettre les jeunes en lien avec les ressources de leur territoire, pour qu'ils sortent aussi", complète Evanne Jeanne-Rose. Environ 50.000 jeunes seraient ainsi soutenus chaque année dans leur recherche de logement par les services logement et les Cllaj du réseau, avec quelque 40.000 mises en relation avec des bailleurs.

Encourager les jeunes à se tourner vers l'extérieur, cela passe aussi par une dynamique d'échange international dans l'association présidée par Evanne Jeanne-Rose ; cette dernière travaille actuellement avec des partenaires sur un projet d'auberge de jeunesse pour aller plus loin.

Des opérations de construction et réhabilitation inscrites dans des projets de territoire

Attractive pour les jeunes, notamment en termes de restes à charge, l'offre serait actuellement loin d'être suffisante, du point de vue de l'Unhaj. D'où un enjeu de création, en plus de la rénovation du parc actuel – détenu principalement par des bailleurs sociaux, mais aussi pour une partie par les associations gestionnaires. "Il faut continuer à construire, on en a encore besoin", insiste le président, faisant valoir les difficultés spécifiques des jeunes : mobilité liée notamment à l'apprentissage, absence d'accès aux minima sociaux pour les moins de 25 ans...

Si la réhabilitation coûte plus chère, elle contribue à requalifier les centres-villes, comme à Buzançais (Indre), commune lauréate de l'appel à projets sur la revitalisation des centres-bourgs, où l'implantation d'une résidence de logements a permis la réhabilitation d'un immeuble ancien.

Toutes les collectivités peuvent contribuer

La région au titre de l'aménagement du territoire et de la jeunesse, le département au titre des "publics vulnérables", l'intercommunalité dans le cadre de son programme local de l'habitat, éventuellement la ville… Toutes les collectivités peuvent contribuer à cet effort en faveur du logement des jeunes, pour l'Unhaj qui fait valoir sa "capacité à accompagner des projets de territoire". A Tarnos dans les Landes, par exemple, la construction d'une résidence de 55 logements s'est inscrite dans la dynamique du pôle territorial de coopération économique (PTCE) Sud Aquitaine dédié à l'insertion des jeunes ; l'association gestionnaire en serait un membre actif.

Ailleurs, les associations de l'Unhaj cherchent des réponses à la nécessité de loger les jeunes saisonniers, qui "bougent énormément" et pour lesquels "les collectivités peinent à trouver des réponses", selon Claude Garcera. En Loire-Atlantique, l'association Habitat jeunes en Pays de Grand Lieu, Machecoul et Logne a lancé un concours d'idées destiné à imaginer un habitat "mobile et innovant", pour s'adapter "à la fois aux particularités du territoire et aux aspirations des jeunes travailleurs". Un diptyque jugé gagnant par l'Unhaj, qui entend bien contribuer à créer de belles résidences dans les années à venir.

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