Mission de Jean-Noël Barrot : faciliter le rebond des zones les plus impactées par la crise

Le plan de relance risque-t-il de laisser certains territoires en situation de décrochage ? C'est ce que Jean-Noël Barrot, député Modem des Yvelines, est chargé de vérifier dans le cadre d'une mission temporaire qui lui a été confiée pour six mois par Jean Castex, Premier ministre. Un premier point d'étape est prévu en mars 2021.

Localtis : Quels sont le but et l'étendue de votre mission ?

Jean-Noël Barrot : L'idée de départ est que certains territoires, en fonction de leur histoire, de leurs spécificités industrielles et de la nature de leur tissu économique, peuvent être plus durement et plus durablement éprouvés que d'autres par la crise liée à la Covid-19. Le Premier ministre m'a demandé d'établir une cartographie fine de la vulnérabilité induite par la crise, et de la croiser avec la cartographie des vulnérabilités préexistantes. L'objectif est de vérifier si les outils transversaux mis en place depuis mars 2020 dans le cadre du plan de soutien de l'économie et si le plan de relance, France Relance, sont suffisants ou s'il faut ajouter des mesures complémentaires, pour être sûrs qu'en sortie de crise ces territoires largement éprouvés puissent se rétablir au plus vite et veiller à ce qu'une fois le plan de relance pleinement mobilisé, il n'y ait pas de territoires qui se trouvent en situation de décrochage.

Quelle méthode envisagez-vous pour établir ce diagnostic ?

Nous allons croiser les données disponibles avec des remontées de terrain, à travers une large consultation des élus et des responsables locaux et des déplacements de terrain tout au long du semestre. La cartographie servira de point de départ à la formulation de propositions éventuelles pour faciliter le rebond économique.

Il n'est pas évident que les territoires les plus exposés soient ceux qui étaient préalablement les plus fragiles, la Covid ayant frappé là où il y avait beaucoup de richesses. La carte du chômage partiel n'est ainsi pas la même que celle des gilets jaunes. Mais il est possible qu'il y ait des intersections et il y a nécessairement des territoires qui cumulent des difficultés Covid et des difficultés préexistantes. A travers mes travaux de recherche, j'ai pu mesurer, au-delà de la crise Covid, avec des exemples aux Etats-Unis notamment, que la capacité d'un territoire à se relever et l'impact des dispositifs de relance dépendent beaucoup de la nature de son tissu local. Cela suppose donc une identification fine des territoires et de leur situation avant la crise. Nous allons aussi étudier les éventuelles conséquences positives. L'évolution du télétravail par exemple réalloue l'activité au sein des territoires. Cela mérite d'être identifié et accompagné pour faciliter les transitions.

Quelles mesures complémentaires pourriez-vous proposer en plus de celles prévues dans le cadre du plan de relance ?

Nous pensons par exemple à la question de la sortie des dispositifs de soutien actuels, à la situation des indépendants, aux reconversions professionnelles, aux changements d'activités des entreprises, ou encore aux changements de destination de l'immobilier et du foncier, le tout pour faciliter la réadaptation des territoires après la crise Covid. Il n'est pas question de développer la taille de l'enveloppe financière du plan de relance mais de réfléchir à toutes les façons dont on peut faciliter le rebond économique sur ces zones d'emploi plus impactées. Nous verrons si des mesures spécifiques s'imposent.