Un observatoire pour mesurer les impacts territoriaux de la crise

La crise interroge les modèles de développement des territoires, estiment les économistes Vincent Pacini et Olivier Portier, qui coaniment le nouvel "observatoire des impacts territoriaux de la crise". Si les "wagons" sont moins exposés ou impactés, les locomotives régionales présentent de meilleures capacités de rebond. 

"On est tous exposés au soleil mais on n’attrape pas tous un coup de soleil." Par cette image, le consultant Vincent Pacini, professeur associé au Cnam, estime que les territoires ne vont pas traverser ni sortir de la crise de la même manière. Alors que 16 milliards d’euros du plan de relance ont vocation à être territorialisés, il devient vital d’échafauder une stratégie de sortie de crise à partir du "tissu endogène" ; ce qui implique de bien connaître ses "fragilités" et ses "robustesses". C’est le sens de l’observatoire des impacts territoriaux de la crise que l’économiste vient de monter avec Olivier Portier (Op conseil), dans le cadre d‘un partenariat associant le Cnam, l’ADCF, l’ADGCF et l’Institut pour la recherche CDC.

Sortir des représentations habituelles

Pour les deux consultants, il faut sortir des représentations habituelles, des dichotomies centre-périphérie, urbain-rural, "campagnes moribondes" versus "métropoles florissantes", car cette crise rebat les cartes et "interroge les modèles de développement". Quinze jours de confinement, en mettant à l’arrêt l’économie du pays, ont suffi à détruire 500.000 emplois salariés privés, dont 300.000 intérimaires. "En avril, on a enregistré 800.000 demandeurs d’emplois en plus sur un mois, c’est 10 fois plus que le précédent record qui datait de 1996, avec 75.000 demandeurs d’emplois", souligne Olivier Portier "et même si l’on redescend, on ne reviendra pas à la situation antérieure de sitôt". D’autant que la généralisation du couvre-feu va peser très lourd. "L’économie est sous cloche avec le chômage partiel, les reports de charges, les prêts garanties de l’Etat ; quand tout cela s’arrêtera, ce sera comme se réveiller d’un long coma."

L’observatoire se propose d’analyser le degré d’exposition des territoires et leur capacité de rebond, de "promouvoir une donnée plus analytique que les outils existants", à partir de données très éclectiques comme la production de CO2...

"Il ne faut pas privilégier une seule grille de lecture" et "ne pas s’enfermer dans une seule représentation", explique Vincent Pacini. "On se rend déjà compte qu’il y a des territoires moins résilients que prévu ou d’autres au contraire qui le sont plus." "Les boulangers, par exemple, se développent plutôt pas mal dans les territoires ruraux, mais sont plutôt en difficulté dans les grandes villes", développe-t-il.

Wagons et locomotives

Mais être moins exposé momentanément ne signifie pas avoir les meilleures capacités de rebond. Au contraire. Ce qu'on appelle les "wagons", ces territoires de la "diagonale du vide" pour faire court, vivant des mécanismes de redistribution sociale (revenus sociaux, publics, pensions de retraite…) sont plutôt moins exposés. A l’inverse, une région comme l’ancienne Rhône-Alpes, très dynamique, reposant sur l’industrie et le tourisme marchand, est "hyper impactée et hyper exposée". "Les wagons peuvent être moins impactés que les locomotives, mais les locomotives ont des capacités de rebond beaucoup plus importantes", souligne aussi Olivier Portier, mettant en garde contre un "rééquilibrage vers le bas".

Les deux économistes se montrent sceptiques quant à l’idée de "monde d’après", de "revanche des villes moyennes" qui s’apparentent à des "slogans de journalistes". Il faut, selon eux, penser le rebond à la lumière des complémentarités. "Les territoires les plus résilients sont ceux qui parviennent à faire circuler les richesses et qui sont capables de regénérer les ressources", affirme Vincent Pacini.

 

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