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Mohamed Moulay (VP Centre-Val de Loire) : "La conférence régionale va mettre de l'intelligence dans notre politique sportive"

La toute première conférence régionale du sport en version Agence nationale du sport a été installée ce mercredi 20 janvier à Orléans, en présence de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu. Elle regroupe des représentants de l'État, du mouvement sportif, des collectivités territoriales et du secteur économique du Centre-Val de Loire. Son but : mettre en œuvre une nouvelle gouvernance du sport, collégiale et équilibrée. Mohamed Moulay, vice-président du conseil régional chargé des sports, revient sur cet événement pour Localtis.

La loi du 1er août 2019, qui a créé l'Agence nationale du sport (ANS), instituait des conférences régionales du sport. Pourtant, de telles instances existaient déjà dans plusieurs régions. Était-ce le cas en Centre-Val de Loire ?

Effectivement, on le rappelle souvent, dès 2005 une conférence régionale du sport existait déjà, créée à l'initiative du conseil régional, du mouvement sportif et de l'État, et qui a perduré durant une dizaine d'années. En 2017, nous avons relancé cette concertation autour d'une nouvelle gouvernance sous la dynamique de Paris 2024. Quand nous avons relancé ce mode de fonctionnement, l'objectif était de poser un diagnostic, un état des lieux de l'animation territoriale sur des thèmes comme le parcours du sportif, le tourisme, etc. Il fallait s'engager dans une démarche de coconstruction et d'organisation partenariale.

Quelles sont, selon vous, les vertus des conférences régionales du sport nouvelle version ?

Au vu de l'évolution du monde économique ou politique, et on le voit encore avec la crise sanitaire, il fallait obligatoirement élargir les bonnes pratiques, le partage, la stratégie, mutualiser avec le monde économique, touristique ou culturel pour une meilleure synergie dans nos interventions. Avec cette conférence régionale, l'objectif est d'éviter de doublonner l'action publique ou d'empiler les dispositifs, pour au contraire rechercher des complémentarités. Mais il faut aussi partager pour répondre à d'autres enjeux, éducatifs, économiques ou sociaux pour un meilleur développement des pratiques sportives.

Tout est-il prêt pour faire fonctionner efficacement votre conférence régionale du sport ?

L'installation officielle a eu lieu ce mercredi, en présence de la ministre des Sports. Un règlement intérieur a été validé, un état des lieux a été présenté, le président et les deux vice-présidents ont été élus. Plusieurs strates de pilotage seront ensuite définies afin d'animer des travaux de manière concrète et concertée, en impliquant les membres de la conférence de façon à être le plus efficace possible sur l'ensemble du territoire. L'assemblée plénière se réunira deux fois par an. Elle sera chargée d'élaborer un projet sportif de territoire, de suivre son développement et de l'évaluer. Il faudra aussi réfléchir à l'installation de la conférence des financeurs. Il faudra enfin mettre en place des commissions thématiques, par exemple sur le développement durable, les équipements, le haut-niveau, le sport professionnel, notre engagement dans Paris 2024 ou encore la pratique sportive comme facteur de cohésion sociale ou de santé, etc.

Quels besoins locaux spécifiques pourraient émerger dans votre projet sportif territorial ?

Je pense à l'accès au sport de la jeunesse. Cela constitue un enjeu de santé. Il va falloir impulser ensemble des actions nouvelles et renforcer les actions existantes portées avec l'État, le mouvement sportif et les collectivités locales. Il y a aussi la question de la baisse du pouvoir d'achat en pleine crise, et celle de la fuite des licenciés, car beaucoup de jeunes se sont réfugiés dans d'autres activités, ce qui pose la question de la sédentarité. Dans la région, nous avons aussi des problématiques liées à des iniquités d'aménagement du territoire et d'équipements. Il va falloir travailler de manière intelligente pour porter le sujet des équipements structurants, car dans tel ou tel territoire, il manque une salle d'athlétisme, il y a aussi un déséquilibre sur le sujet des clubs professionnels, du handicap. Autre sujet spécifique : les bassins d'apprentissage de la natation. Sur certains territoires, nous n'avons pas de piscines ni d'équipement nautique, et nous observons une fuite des maîtres-nageurs vers d'autres régions. Ce contexte va nous obliger à avancer ensemble sur des sujets urgents.

Finalement, quelles différences y aura-t-il entre la conférence régionale du sport version ANS et la précédente ?

Il va falloir y mettre un peu plus de volonté politique, de complémentarité dans un contexte de crise. Le sport n'est plus ce qu'il était il y a quarante ans. Il est devenu un véritable outil de santé publique. Il va donc falloir amorcer une nouvelle gouvernance, décider ensemble de l'avenir du sport sur chacun de nos territoires en définissant un vrai projet sportif territorial, non plus à court terme, mais avec une vision à moyen et long terme.

Le président du conseil régional du Centre-Val de Loire, François Bonneau, s'est porté candidat à la présidence de la conférence et a été élu. Pourquoi ce choix ?

Il s'agissait de marquer un engagement très fort pour le sport dans toutes ses dimensions. C'est un grand défi pour notre territoire. Parce qu'il y a cette feuille de route Paris 2024, parce que notre territoire a fait du sport un enjeu pour promouvoir l'excellence de nos équipements, la qualité d'accueil, le cadre de vie et parce que le sport est aussi un facteur d'attractivité économique, touristique et culturelle. Encore une fois, dans cette séquence, il va falloir remettre de l'économie. Nous sommes en crise, il ne faut pas l'oublier. Nous avons défendu jusqu'au bout la candidature de Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher) pour devenir site olympique. Ensemble, nous devons questionner les politiques de financement menées actuellement. Nous souhaitons faire de notre région un territoire d'excellence, un territoire de la performance sportive, tout en conjuguant performance environnementale et art de vivre. La conférence régionale du sport sera notre outil pour mettre de la stratégie, de la coordination et de l'intelligence afin de construire une politique sportive portée et partagée par tous.

Que va apporter la conférence des financeurs, qui sera le complément de la conférence régionale du sport ?

Sur le financement, nous avons déjà nos dispositifs, je pense notamment aux contrats régionaux de solidarité territoriale qui permettent de financer des équipements sportifs. Si nous parvenons à collaborer avec un maximum d'acteurs locaux, et notamment en y ajoutant le monde économique qui n'était pas partenaire jusqu'à maintenant, on pourra construire une instance pour mieux nous responsabiliser, éviter les doublons, décider ensemble là où il faut mettre le plus, là où il y a urgence.

Vous espérez donc que les acteurs économiques apportent des moyens financiers pour la construction d'équipements sportifs ?

Pourquoi pas, de façon à mieux rationnaliser tel ou tel équipement, mieux répondre efficacement à des besoins très locaux, au plus près des usages. Et peut-être aussi sur la question de la formation. Cela, on ne peut le faire qu'à travers une table ronde avec l'ensemble des collectivités locales, les métropoles, le secteur économique, le secteur social et, surtout, le mouvement sportif.

Les moyens dévolus aux équipements sportifs de niveau local par l'Agence nationale du sport pour toute la région Centre-Val de Loire en 2021 s'élèvent à 480.000 euros. Cela vous paraît-il suffisant ?

Si on fait un peu de politique, j'ai bien évidemment taclé l'État sur son désengagement depuis de nombreuses années, et encore plus récemment. Malheureusement, rien n'est suffisant dans le sport. Il faut aller encore plus loin et plus vite car nous avons besoin d'un fonctionnement plus pérenne, plus simple, plus lisible, plus intelligent, permettant d'évaluer la situation et de s'y adapter. Il va falloir aller encore plus loin sur l'engagement de l'État. Certes, il y eu des annonces du président de la République, notamment en direction des clubs professionnels ou des familles, avec le Pass'sport, mais il faut reconstruire une vraie politique sportive avec un vrai ministère. Qu'il travaille avec le monde de l'éducation, pourquoi pas, mais qu'il ne soit pas sous tutelle. Le sport mérite un vrai ministère avec un vrai budget. Maintenant, on ne dit pas qu'il n'y a pas d'avancée. Il y en a une avec cette conférence régionale du sport. Nous espérons aller encore plus loin à travers un projet sportif de territoire porté avec l'État et les collectivités locales.
 

Lancement des conférences régionales du sport

Centre-Val de Loire : le 20 janvier 2021 
Pays de la Loire : le 27 janvier 202 
Auvergne-Rhône-Alpes : le 4 février 2021 
Nouvelle-Aquitaine : février 2021 
Hauts-de-France : le 15 mars 2021 
Bretagne : 1er trimestre 2021
Occitanie : 1er trimestre 2021 
Grand Est : avril 2021 
Ile-de-France : avril 2021