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Municipales 2020 : la civic tech plaide pour des campagnes participatives

Ouverture et transparence seront-ils les maîtres mots des campagnes à venir ? C'est ce que veut croire Cap collectif, l'entreprise de civic tech qui, après avoir fourni la plateforme du Grand Débat national, entend outiller les candidats aux élections municipales. Présenté le 19 juin à Paris, un sondage sur les attentes des Français en la matière dessinerait un certain engouement pour la participation citoyenne à l'échelon local.

Comment impliquer le plus grand nombre de citoyens lors des prochaines élections municipales ? C'est l'enjeu de l'entreprise de civic tech Cap collectif, qui compte déjà une quarantaine de collectivités parmi ses clients et qui s'est récemment illustrée par l'administration des plateformes du Grand Débat national et du "Vrai débat". Cap collectif lance cette fois une offre spécifique à destination des candidats souhaitant conduire une "campagne participative". "La démocratie doit évoluer, devenir plus inclusive et plus transparente", a défendu Cyril Lage, co-fondateur de Cap collectif, le 19 juin 2019 à Paris. Dans les locaux de la Banque des Territoires qui la soutient depuis 2017, l'entreprise présentait les résultats d'une enquête commanditée à Opinionway sur "Les Français et l'engagement citoyen pour les élections municipales".

Une aspiration au renouvellement

L'occasion de réfléchir au "portrait-robot" du candidat idéal aux élections de 2020. Si l'on se fie à l'enquête, le candidat devra d'abord savoir écouter les habitants (qualité citée par 71% des sondés), prendre en compte leurs propositions (66%) et avoir une "connaissance du territoire" (62%). Les résultats du sondage mettent par ailleurs en avant "un vrai souhait de renouvellement", a présenté Frédéric Micheau, directeur des études chez Opinionway. Il faudrait plus de femmes, de jeunes, de personnalités sans étiquette politique et de personnalités issues du secteur privé, pour une majorité des sondés ; plus de personnes issues des "minorités" pour la moitié.

"Plus de femmes, ce ne sera pas possible", a réagi Philippe Laurent, maire de Sceaux, rappelant que la parité était de mise. En revanche, il a admis que des marges de progrès existaient pour avoir davantage de femmes en tête de liste puis au poste de maire. Le secrétaire général de l'Association des maires de France a d'ailleurs insisté sur la spécificité du maire par rapport à tout autre élu. Avec la nécessité pour le chef de l'exécutif local de porter des "dimensions très différentes" : à la fois d'être le "manager" d'une équipe municipale et d'une administration, de porter une "vision de l'avenir", d'être effectivement à l'écoute et de "répondre aux multiples sollicitations des habitants". Un rôle particulièrement exigeant qui, de son point de vue, aurait mérité des questions dédiées dans l'enquête.

Une demande en faveur de projets co-construits avec les habitants

Les résultats du sondage démontreraient d'ailleurs une "tension" entre ce désir de renouvellement et la "volonté d'être rassuré par des personnalités politiques qui ont de l'expérience", a observé Frédéric Micheau. 71% des personnes interrogées préféreraient ainsi voter pour une personne "issue de la société civile", contre 25% seulement pour une personne rattachée à un parti politique, mais 50% plébisciteraient l'expérience alors que 45% ne tiendraient pas compte de ce critère. "Ces distinctions sont quand même un peu artificielles", a commenté Philippe Laurent sur la référence à la "société civile", rappelant que la grande majorité des élus municipaux ne vivaient pas de la politique.

C'est en tout cas le "projet" qui apparaît comme le critère déterminant du vote (pour 63% des sondés), avant le profil des candidats (21%) et le parti politique (14%). Ce projet devra être "co-construit avec les habitants de la commune" pour 72% des personnes interrogées, plutôt que conçu uniquement par le maire et son équipe (25%). Une aspiration que des maires actuels auraient bien comprise, à commencer par Anne Hidalgo, maire de Paris, qui a récemment lancé la plateforme participative "Paris en commun". Soutenue par des personnalités telles que Audrey Pulvar qui était présente ce 19 juin, la démarche vise à la fois à recueillir des idées sur quelque 27 thèmes – mobilité, climat, Grand Paris… - et à organiser des ateliers participatifs.

Assouplissement de la loi Notre, sensibilisation et formation… la crise des vocations se combat à plusieurs niveaux

"Plusieurs centaines de listes vont se revendiquer de ce type de campagnes", a auguré Cyril Lage. Au-delà de l'aspiration assez générale à des projets co-construits, les Français sont-ils prêts à participer concrètement ? Oui, s'il s'agit de "donner son avis sur un programme" (83% des sondés) ou de donner des idées pour "participer à l'élaboration du programme d'un candidat" (71%). Il peut toutefois y avoir "un vrai décalage entre l'intention et l'acte", a souligné Frédéric Micheau, mentionnant les biais induits par "des effets de mode". Sans surprise, la déclaration d'intention est d'ailleurs plus frileuse si l'engagement consiste à "être bénévole dans l'équipe de campagne d'un candidat" (33% de réponses favorables) et à rejoindre une liste (32%).

Sur ce dernier point, la fameuse crise des vocations aura-t-elle lieu pour les municipales de 2020 ? (voir notamment notre article du 15 novembre 2018 "Près d'un maire sur deux pense ne pas se représenter en 2020"). "La crise des vocations n'existe pas dans les plus grandes villes, à partir de 10-15.000 habitants", a estimé le secrétaire général de l'AMF. Pour les élus ruraux, le problème est moins lié selon lui au régime d'indemnité qu'à la place des communes dans des intercommunalités devenues trop contraignantes (voir ci-dessous notre article du 18 juin 2019).

Pendant que certaines associations d'élus plaident pour un assouplissement de la loi Notre - et que le gouvernement compte leur apporter une réponse avec le futur projet de loi "Proximité et engagement" -, des acteurs de la civic tech, tels que Démocratie ouverte et son programme "Action commune" et l'association Tous élus, s'attachent à susciter des vocations, à former d'aspirants candidats aux élections municipales ou encore à favoriser l'émergence de "listes participatives" (1).

 

(1) Dans sa démarche "Action commune", le collectif Démocratie ouverte définit une liste participative à partir de quatre critères : une liste "engagée en faveur d'une ‘une transition démocratique, écologique et économique pour plus de justice sociale sur son territoire’" ; une liste sans étiquette ; un programme non pré-défini mais co-construit selon des méthodes d’intelligence collective ; des candidats non pré-sélectionnés mais "désignés le plus tard possible par l’ensemble du collectif constitutif de la liste".