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Nouvelle gouvernance du sport : offensive pour rassurer territoriaux et élus

Les journées nationales d'étude de l'Association nationale des directeurs et intervenants d'installations et des services des sports, à Saint-Malo, se sont achevées en présence de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, et du directeur général de l'Agence nationale du sport, Frédéric Sanaur. Leur mission : rassurer techniciens territoriaux et élus locaux sur le rôle des collectivités dans la nouvelle gouvernance du sport.

En quatorze éditions, les journées nationales d'étude de l'Andiiss (Association nationale des directeurs et intervenants d'installations et des services des sports) n'avaient jamais eu l'honneur de la présence d'une ministre des Sports. Ce tort est désormais réparé. Le 12 mars 2020, Roxana Maracineanu a chamboulé son emploi du temps pour clôturer les journées de Saint-Malo. Il fallait au moins cela pour rassurer les quelque quatre cents "cadres et techniciens sportifs" des collectivités territoriales réunis au Palais du Grand Large.
La veille, une table ronde sur la nouvelle gouvernance du sport avait provoqué des prises de parole teintées d'une forte inquiétude (lire notre article du 11 mars 2020). La crainte ? Que le nouveau modèle d'organisation du sport donne le pouvoir aux fédérations au sein de l'Agence nationale du sport (ANS).
Roxana Maracineanu s'est voulue d'entrée rassurante : "Nous sommes là pour vous entendre et partager avec vous certaines de nos convictions", a-t-elle affirmé. Et la ministre de rappeler la première de ses convictions : "Affirmer le rôle du sport sur nos territoires et surtout la cohérence nécessaire entre nos différentes politiques."

Nouveaux pratiquants ou nouveaux licenciés ?

Quant au rôle des fédérations dans la nouvelle gouvernance du sport, il a été abordé par Frédéric Sanaur, directeur général de l'ANS, qui était également du voyage malouin. "Nous avons souhaité mettre les fédérations au cœur de leur propre développement, a-t-il reconnu. Jusqu'à présent, avec le CNDS [Centre national pour le développement du sport, dont l'ANS a pris la suite depuis le 24 avril 2019, ndlr], les subventions passaient directement aux clubs, en lien avec les ligues régionales et les comités départementaux, mais finalement, la fédération au niveau national n'était pas présente. Nous avons estimé que pour pouvoir aller chercher de nouveaux pratiquants sportifs, les stratégies de développement n'étaient pas forcément les mêmes dans le judo que dans l'athlétisme, le handball ou le badminton. Et pour cela, nous avons effectivement demandé aux fédérations de produire une stratégie sur leur développement fédéral." 
Et c'est précisément là que le bât blesse pour les collectivités. À travers leurs projets sportifs fédéraux, ce sont désormais les fédérations qui instruisent et sélectionnent les dossiers de l'ANS. La veille, les congressistes de l'Andiiss avaient abordé la question des nouveaux pratiquants. Du côté des cadres et techniciens des collectivités comme du côté des élus, le besoin qui s'était fait sentir n'était pas tant celui de recruter de nouveaux pratiquants au sein des clubs, et donc des licenciés pour les fédérations, que d'accompagner tous ceux qui aujourd'hui souhaitent faire du sport en dehors d'un cadre jugé contraignant ou trop tourné vers la compétition. Qu'il s'agisse de sport-santé, de sport en entreprise, de nouvelles pratiques urbaines ou de développement des sports de nature, les collectivités prennent désormais des initiatives pour accompagner ces nouveaux pratiquants… avec ou sans les clubs. 

Passer d'une offre sportive à une offre de services

Dans le fond, est-il si important de savoir d'où vient l'offre ? Club sportif traditionnel, "club 3.0" issu d'une entreprise – comme le propose désormais la Fédération française de basket-ball –, association non affiliée à une fédération, maison du sport-santé hébergée par un hôpital ou service des sports municipal : de nombreux acteurs sont aujourd'hui légitimes à proposer des activités physiques et sportives. D'ailleurs, Roxana Maracineanu le reconnaît implicitement quand elle affirme que son vœu est de "passer d'une offre sportive à une offre de services", avant de préciser : "En tant que ministre, je vais m'attacher à aller chercher les besoins des territoires, les besoins du mouvement sportif, en essayant d'y répondre du mieux possible en collaboration main dans la main avec les entreprises qui ont énormément de choses à nous apporter."
Quitte à brouiller un peu plus la vision de ce que pourrait être la nouvelle gouvernance du sport, la future déclinaison territoriale de l'agence – qui sera "l'enjeu de 2020", selon Frédéric Sanaur – n'est peut-être pas définitivement arrêtée. Invité à clore les journées d'étude de l'Andiiss, Claude Renoult, maire de Saint-Malo, en a profité pour rappeler le message porté durant deux jours par les représentants des collectivités, techniciens comme élus : "C'est la tendance naturelle de l'État central de faire cela, mais ne venez pas rigidifier des territoires que nous essayons de dérigidifier !"