PFUE - Le virage vers un tourisme plus européen et plus durable devrait perdurer au-delà de la crise sanitaire

La conférence des ministres du tourisme de l'UE qui s'est tenue à Dijon entendait "partager des initiatives communes, avec en ligne de mire la reprise du secteur, le renforcement du tourisme des Européens en Europe et la transition vers un modèle plus durable". Et montrer que la crise sanitaire a permis de mettre en évidence des intérêts communs au-delà de la concurrence entre États membres. Parmi les enjeux : conserver le haut niveau de tourisme intra-européen acquis depuis la crise et faire de l'Europe la première destination mondiale du tourisme durable.

Dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne (PFUE), se tenait à Dijon, les 17 et 18 mars, une conférence des ministres du tourisme de l'UE. Celle-ci était présidée par Jean-Baptiste Lemoyne, le ministre délégué en charge du tourisme, aux côtés de Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur, et en présence de Zurab Pololikashvili, le secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), et de Julia Simpson, la présidente du World Travel & Tourism Council. La présence de Thierry Breton ne devait rien au hasard, puisque l'objectif de la conférence était "de partager des initiatives communes, avec en ligne de mire la reprise du secteur, le renforcement du tourisme des Européens en Europe et la transition vers un modèle plus durable". Après la crise sanitaire, qui a très durement impacté le secteur, l'Europe doit en effet "rebâtir une industrie touristique résiliente et durable, en adéquation avec les attentes des touristes européens".

Un soutien sans faille durant la crise sanitaire

La conférence a été l'occasion de rappeler que l'UE et les États membres se sont fortement engagés dans le soutien au secteur touristique, qui représente près de 10% du PIB européen. Pour faciliter la reprise de la mobilité, ceci s'est notamment traduit par l'adoption, le 13 mai 2020, du paquet "Tourisme et transport, proposant une approche commune et coordonnée pour le rétablissement progressif de la mobilité au sein de l'Union européenne", puis par l'adoption, le 13 octobre, d'une recommandation du Conseil relative à une approche coordonnée de la restriction de la libre circulation. Pour faciliter les déplacements des voyageurs, la Commission a également créé la plateforme Reopen.europa.eu, chargée de délivrer une information sur les mesures sanitaires et les conditions de déplacement en vigueur dans chaque État membre. Enfin, et non sans quelques difficultés, le Parlement européen et le Conseil ont adopté, le 14 juin 2021, le règlement sur le certificat Covid numérique.

Du côté des entreprises, l'UE a mobilisé plusieurs dispositifs d'aide, dont le plan de relance. La commission a aussi publié, en juin 2021, un guide des financements disponibles pour le secteur du tourisme. Enfin, la Commission a initié, dans le cadre de la Convention européenne sur le tourisme en octobre 2020, des discussions relatives à la transformation durable du secteur, avec pour objectif d'élaborer une feuille de route pour le tourisme en Europe à l'horizon 2030. Un document de travail, intitulé "Scenarii de co-création d'une voie de transition pour le tourisme vers un écosystème plus résilient, innovant et soutenable", devrait ainsi servir de base à l'élaboration d'un Agenda 2030 pour le tourisme en Europe. Dans un domaine où les États européens sont pourtant en très forte concurrence entre eux pour attirer les touristes internationaux, la crise sanitaire a ainsi été l'occasion de mettre en évidence des intérêts communs et des points d'accord potentiels.

1,5 à 2 millions de postes vacants dans le tourisme en Europe

Lors de la conférence, ces sujets se sont retrouvés dans les deux tables rondes organisées à cette occasion. La première était consacrée au tourisme des Européens en Europe. La très rapide réorientation des Européens vers un tourisme national ou de proximité immédiate (pays voisins) a été en effet l'une des bonnes surprises de la crise sanitaire dans ce secteur. Ce changement a constitué – avec les aides financières de l'UE et des Etats – l'un des principaux facteurs de résilience du tourisme, dont certains secteurs ont pourtant été mis presque totalement à l'arrêt (transport aérien, stations de ski, agences de voyages...).

Jean-Baptiste Lemoyne a notamment rappelé que la part des touristes européens choisissant de se rendre dans un autre pays d'Europe est passée de 77% à 85% durant la crise sanitaire. L'objectif est donc aujourd'hui de conserver tout ou partie de cet acquis. Les échanges lors de la table ronde ont permis d'identifier les meilleures pratiques portées par les États membres pour favoriser le tourisme intra-européen. Ce recentrage n'exclut évidemment pas la volonté de conforter la place de l'Europe comme première destination touristique mondiale, puisque l'UE accueille déjà 41% des arrivées internationales. Pour cela il conviendra toutefois de surmonter un des problèmes de fond du secteur : les difficultés de recrutement. Thierry Breton a en effet rappelé que si le tourisme emploie environ 23 millions de personnes au sein de l'UE, 1,5 à 2 millions de postes sont actuellement vacants, dont 220.000 en France et plus de 250.000 en Italie. Des chiffres à la fois "énormes", mais qui offrent "beaucoup d'opportunités".

Pour un tourisme en circuits courts, plus respectueux des territoires

Le seconde table ronde était consacrée à un autre sujet d'actualité en sortie de crise, au moment où les problèmes de sur-fréquentation se font de plus en plus prégnants : la transition vers un tourisme plus durable. L'objectif affiché est en effet de faire de l'Europe la première destination mondiale du tourisme durable. Jean-Baptiste Lemoyne a pour sa part évoqué "les attentes d'un tourisme en circuit court, qui soit toujours plus respectueux des territoires, des populations qui accueillent". Les annonces sur le tourisme durable sont toutefois restées limitées car la plupart des sujets correspondants – comme le renforcement de l'encadrement des plateformes de location touristique meublée ou la révision de la directive 015/2302 du Parlement européen et du Conseil du 25 novembre 2015 relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyage liées – sont en cours de consultation au sein de l'UE.

Enfin, et comme on pouvait s'y attendre, le sujet de l'invasion de l'Ukraine n'a pas manqué de s'inviter à la conférence des ministres du tourisme. Cette guerre qui se déroule en Europe peut en effet se révéler un frein au tourisme, vue depuis les autres continents. Jean-Baptiste Lemoyne s'est cependant voulu rassurant, évoquant un simple "ralentissement du rythme des réservations depuis le 24 février". Pour sa part, Thierry Breton a évoqué la possibilité d'orienter certains réfugiés ukrainiens vers les emplois vacants dans le secteur du tourisme.

 

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