Piscines publiques : l'avenir est dans la chaleur… fatale

Un séminaire en ligne organisé par l'Association nationale des élus en charge du sport a fait le point sur les enjeux énergétiques des piscines. Une nouvelle solution est apparue récemment : la récupération de la chaleur déjà produite par l'équipement.

Depuis un an et le début de la crise sanitaire, les piscines publiques fonctionnent au ralenti, quand elles ne sont pas tout simplement fermées. Cette période inédite nous rappelle qu'un équipement aquatique entraîne des coûts qu'il soit en activité ou non. "Seuls 55 à 65% de ses charges directes sont en effet liées à son activité", a confié Olivier Perier, directeur commercial de Dalkia collectivités (Groupe EDF), lors d'un séminaire en ligne organisé par l'Andes (Association nationale des élus en charge du sport) le 8 avril dernier à l'occasion de la publication de la deuxième édition de son guide "Réussir sa piscine publique", en coédition avec EDF.

Parmi les "cinq défis pour l'élu local" que ce guide relève, il est question des enjeux de territoire, du public et de ses pratiques ou bien encore de la sécurité. Mais ce sont les deux derniers défis, ceux ayant trait à la construction/rénovation et aux coûts de fonctionnement, qui ont fait l'objet de développements lors du séminaire. Les questions liées à la transition énergétique et au développement durable sont des objectifs bien identifiés par les collectivités et des moyens nouveaux apparaissent, telle la chaleur fatale.

Avant même l'arrivée du Covid et de ses conséquences sur l'activité et l'économie des piscines publiques, le constat était connu, implacable : le parc aquatique français est vieillissant, ses piscines sont énergivores et ne correspondent plus aux enjeux environnementaux actuellement portés par les élus locaux.

L'exploitation, parent pauvre

Olivier Perier a tenu à insister sur un point crucial : l'importance de chacune des décisions d'un bout à l'autre d'un projet de piscine, de la conception au fonctionnement : "Cela peut être extrêmement coûteux si on ne prend pas le temps de la réflexion sur deux enjeux majeurs : l'eau et l'énergie, et notamment l'énergie thermique pour le confort du public qui sert à réchauffer l'eau et l'air ambiant, ce dernier type de chauffage représentant 60% des dépenses énergétiques." L'expert insiste : "Souvent, l'exploitation est le parent pauvre dans un projet de piscine. Or la piscine est un équipement qui dure et, année après année, si les coûts d'exploitation ne sont pas maîtrisés, cela revient beaucoup plus cher que la construction en tant que telle. C'est un outil complexe où il faut gérer température de l'air et de l'eau, et de façon différentes selon les bassins. Il faut donc mettre en place un système de pilotage fin."

Et l'expert de pointer deux critères de réussite : rassembler de la compétence humaine autour des élus sur ces enjeux en cherchant le meilleur équilibre entre la sécurité des usagers et la rigueur budgétaire, et assurer une cohérence technologique entre tous les éléments pour obtenir le rendement attendu. En effet, "le vrai enjeu n'est pas le prix du kilowatt/heure mais la façon dont on peut économiser de l'énergie ou de l'eau. Cela dépend donc de l'enveloppe du bâtiment et des technologies utilisées pour faire fonctionner l'équipement". Pour Olivier Perier, un bâtiment bien isolé en construction ou en rénovation peut permettre une réduction de 30 à 40% des dépenses énergétiques par rapport à un vieil équipement.

Boucle vertueuse

Quand on parle de dépenses énergétiques, un point-clé est l'utilisation d'énergies renouvelables. Si l'on pense bien évidemment à l'énergie solaire thermique ou à la biomasse que l'on peut autoconsommer dans le bâtiment, l'expert estime qu'aujourd'hui, il faut aussi penser à la "chaleur fatale", cette chaleur qui, produite pour réchauffer le bassin ou l'air ambiant, s'évapore dans la nature. Or, il existe des technologies capables de récupérer ces calories. "On a alors une boucle vertueuse et des économies d'énergie", s'est réjoui Olivier Perier.

Un exemple concret a été donné : celui de la rénovation de la piscine de Roquebrune-Cap Martin (Alpes-Maritimes). La mairie a mené une importante réflexion sur les énergies renouvelables et a fait le choix d'un mix énergétique durable supérieur à 50%. "C'est une belle performance qui permet également de bénéficier d'un certain nombre d'aides", a souligné Olivier Perier. 25 mètres carrés de panneaux solaires ont été installés, ainsi que des chaudières à condensation et des éclairages 100% LED. Mais le plus remarquable est la centrale de traitement de l'air innovante qui permet de récupérer les calories de l'air ambiant expulsé vers l'extérieur pour le chauffage du bassin. "Autant de solutions qui permettent d'amortir au mieux l'investissement de la collectivité", s'est félicité le spécialiste.

Olivier Perier conclut en rappelant aux élus locaux que le décret Tertiaire, issu de la loi Elan de 2018, impose une réduction de 40% des consommations des bâtiments à usage tertiaire d'une superficie supérieure à 1.000 m2 à l'horizon 2030 : "Réaliser une telle réduction sur un bâtiment existant, ce n'est pas facile."