Petite enfance - Places en crèche : les enfants des grandes métropoles sont mieux servis

"En France, quels enfants ont le plus de chances d'aller en crèche ?" L'Institut national d'études démographiques (Ined) s'est posé la question dans une étude publiée ce 10 septembre, issue des résultats de son enquête Famille et Logements de 2011.
Alors que la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) vient de confirmer son objectif de 200.000 places d'accueil petite enfance en plus d'ici 2017, dont 100.000 en crèche, ainsi que la poursuite de son action de réduction des inégalités en la matière (voir notre article du 9 septembre), l'étude de l'Ined nous apprend qu'un enfant de moins de 3 ans sur deux bénéficie aujourd'hui d'un accueil formel. Plus précisément, "si le recours à une assistante maternelle reste majoritaire", l’offre de places en crèche n’a cessé de croître au cours des vingt dernières années et 16% des enfants non encore scolarisés étaient accueillis en crèche en 2011", alors que les Français plébiscitent plutôt ce mode de garde.

L'Ile-de-France, Paca et la Corse davantage équipées

Sans surprise, l'Ined estime que l'offre de places en crèche est "inégalement répartie sur le territoire". Les disparités régionales sont même "très importantes", puisque des régions comme les deux Normandie, le Centre et les Pays de la Loire présentent des "probabilités d'accès" des enfants aux structures collectives de l'ordre de 20%, lorsque l'Ile-de-France est à 30% et les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Corse à 50%. Les enfants qui grandissent dans une grande ville ont aussi plus de chances d'être accueillis en crèche, puisque les places sont "beaucoup plus fréquentes dans les grandes métropoles et en particulier à Paris" : 38 places pour 100 enfants de moins de 3 ans, contre 16 places en moyenne nationale.
L'Ined explique notamment ces décalages par le fait que le coût élevé de la place en crèche est "plus difficile à supporter pour les petites communes". Selon la Cnaf, le coût moyen d'une place en crèche serait en effet passé de 18.000 à 34.000 euros entre 2000 et 2013. Dans le même temps, les participations des CAF auraient augmenté selon une proportion bien moindre, passant de 6.600 à 8.800 euros. Un solde de 25.200 euros par place à la charge des collectivités, donc, alors que la tendance est à la diminution des ressources locales. Cela explique en partie, pour la Cnaf qui entend approfondir son analyse de l'évolution des coûts des structures d'accueil, la frilosité des communes à décider de nouveaux investissements.

Les familles monoparentales pas particulièrement soutenues

A ces contraintes financières, l'étude de Ined ajoute une raison politique : "l’accueil des jeunes enfants n’est pas forcément une priorité des élus locaux". Et, lorsque les collectivités font le choix de se doter d'une crèche, elles mettent aussi souvent en oeuvre "des critères familiaux et sociaux pour décider de l’octroi des places". Un troisième enfant a ainsi plus de chances d'avoir une place que ses aînés, un traitement de faveur dont bénéficient aussi les jumeaux et les triplés, "signe d’une volonté d’aider les mères de familles nombreuses à conserver leur activité professionnelle", selon l'étude.
Quant aux enfants élevés par un seul parent, ils sont en théorie très souvent prioritaires lorsque "l’isolement de la mère est associé à un autre critère (activité ou recherche d’emploi de la mère par exemple)". En pratique, 9,7% de ces enfants sont inscrits dans une structure collective, soit sensiblement la même proportion que les autres enfants "utilisant un mode de garde extérieur". Confrontant ce chiffre à l'objectif fixé par la Conférence nationale contre la pauvreté de 2013 de réserver 10% des places de crèche aux enfants de parents bénéficiaires de minima sociaux ou en situation de monoparentalité, l'Ined estime qu'"il faudrait fixer un objectif plus élevé si on voulait favoriser ces enfants".

La mixité sociale et culturelle encouragée

Dans les faits, la situation socio-professionnelle des mères joue pourtant déjà un rôle important : "L’activité est bien entendu souvent une condition nécessaire pour prétendre à une place, mais on constate aussi que les mères au chômage sont surreprésentées, laissant penser que ces situations de précarité professionnelle leur donne un avantage lors de l’attribution de places." Les enfants de jeunes mères, d'employées et de mères occupant une profession intermédiaire sont aussi surreprésentés. La mixité sociale, mais aussi culturelle – "les enfants de mères de nationalité étrangère, non gardés par la famille, sont plus fréquemment en crèche que ceux nés de parents français" -, apparaît ainsi favorisée. Au-delà de ces effets de critères, l'Ined repère un phénomène plus contingent, en partie lié au calendrier des commissions d'attribution de places dont la première a souvent lieu au printemps : les enfants nés en début d'année ont toujours la priorité sur ceux qui naissent à l'automne. 

 

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