Plan de relance : un "pari" à 7 milliards d'euros pour construire une filière de l'hydrogène en France

Le gouvernement a lancé son grand plan pour l'hydrogène : 7 milliards d'euros d'ici à 2030, dont 2,4 milliards entre 2020 et 2023, pour construire une filière française de l'hydrogène décarboné de portée internationale. Le plan prévoit de développer les capacités de production de la France, favoriser le développement d'une mobilité lourde à hydrogène (camions, bennes à ordure, bus…) et soutenir la recherche et l'innovation dans ce domaine. Objectif : générer entre 50.000 et 150.000 emplois directs et indirects.

"C'est un énorme coup d'accélérateur avec un objectif simple : construire une filière française de l'hydrogène décarboné de portée internationale, avec à la clé une économie de 6 millions de tonnes de CO2 par an dès 2030, soit l'équivalent des émissions annuelles de la ville de Paris." C'est avec enthousiasme que Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a présenté ce 8 septembre le plan gouvernemental pour développer la filière hydrogène en France dans le cadre d'une matinée d'échanges organisée par l'Afhypac, qui fédère les acteurs de la filière française de l'hydrogène.
Le potentiel de la filière est important. En 2019, environ 70 millions de tonnes ont été produits dans le monde, dont près d'un million de tonnes utilisé en France. Les usages sont nombreux, en matière industrielle (fourniture d'une énergie décarbonée), dans le domaine de la mobilité (décarbonation des transports, notamment les plus lourds comme les camions, bus, trains voire les avions), et comme mode de stockage de l'énergie.
Mais actuellement la très grande majorité (96%) des tonnes d'hydrogène produites le sont à partir d'énergies fossiles (essentiellement du gaz naturel), via le vapéroformage, un procédé qui rejette du CO2, et la question du rendement de l'hydrogène est encore compliquée, la production par l'électrolyse de l'eau et sa retransformation en électricité étant deux étapes au cours desquelles une partie de l'énergie (60%) est perdue. L'idée d'un plan d'une telle envergure est à la fois de favoriser la production d'un "hydrogène vert" (produit en utilisant de l'eau et de l'électricité) et d'atteindre une échelle permettant d'obtenir une massification de cette technologie et une baisse des prix de production.

6,5 GW d'hydrogène par électrolyse d'ici à 2030

Le chantier est doté de 7,2 milliards d'euros, intégrés dans le plan de relance de 100 milliards (dont 30 milliards pour la transition écologique), présenté ce 3 septembre. Il se décompose en trois grands objectifs, dont le premier consiste à augmenter les capacités de production d'hydrogène décarboné, pour atteindre 6,5 GW par électrolyse d'ici à 2030, développer les mobilités, et construire une filière industrielle créatrice d'emplois, pour générer entre 50.000 et 150.000 emplois directs et indirects en France.
Au sein de ce plan, la décarbonation de l'industrie, absorbera 54% des 3,4 milliards d'euros alloués sur la période 2020-2023. Des outils seront mis en place pour développer des projets de grande capacité et passer à l'échelle industrielle permettant d'atteindre la rentabilité. Exemple : la construction d'un projet important d'intérêt européen commun sur l'hydrogène, à l'image du projet européen sur les batteries. La France va recevoir une dotation financière exceptionnelle de 1,5 milliard d'euros pour cette action mise en œuvre dès 2021. Il s'agira aussi de fiabiliser la production par électrolyse, d'adapter et développer les procédés industriels et de soutenir ces solutions tant que le prix de l'hydrogène n'est pas compétitif par rapport aux solutions carbonées. À l'heure actuelle, le prix de l'hydrogène produit par électrolyse s'élève autour de 4 à 9 euros le kg, contre 1 à 2 euros pour l'hydrogène classique.

Mutualiser la demande dans le secteur industriel et dans la mobilité

Le plan est également destiné à développer une mobilité lourde à l'hydrogène décarboné. Car l'hydrogène est particulièrement adapté aux besoins des flottes captives parcourant de longues distances à flux tendus (véhicules utilitaires légers, poids lourds, bus, bennes à ordures ménagères, trains régionaux ou inter-régionaux en zone non électrifiée). Sans oublier le grand projet d'avion à hydrogène dont l'entrée en service est fixée par le gouvernement au cours de la décennie 2030.
La stratégie doit permettre de produire des véhicules fiables, de disposer d'équipements performants et évolutifs et de compétences pour produire et entretenir. Dans ce domaine, un appel à projets "Briques technologique et démonstrateurs" va être lancé par l'Ademe dès le mois de septembre pour développer ou améliorer les composants et systèmes liés à la production et au transport d'hydrogène et à ses usages (applications de transport, fourniture d'énergie). L'appel à projets, doté de 350 millions d'euros jusqu'en 2023 pourra aussi soutenir des projets de démonstrateurs.
Les projets territoriaux, qui commencent à se développer (voir notre article du 30 juin 2020), vont être aussi favorisés. L'idée étant de développer la mutualisation de la demande dans le secteur industriel et dans celui de la mobilité, à l'échelle des territoires. L'appel à projets "Hub territoriaux d'hydrogène", lancé prochainement par l'Ademe et doté de 275 millions d'euros d'ici 2023, devra favoriser le déploiement, par des consortiums réunissant des collectivités et des industriels fournisseurs de solutions, d'écosystèmes territoriaux de grande envergure regroupant différents usages. Objectif : favoriser les économies d'échelle. Les territoires d'industrie, mobilisés sur le sujet, ont fait part, par la voix de l'Afhypac, de leurs besoins d'un relais de leurs initiatives à un niveau plus large, interrégional, national et européen, pour obtenir le bon effet de volume.

Mobiliser 50% des montants d'ici 2023

Enfin, le plan cible la recherche, l'innovation et le développement de compétences. Un programme prioritaire de recherche "Applications de l'hydrogène", opéré par l'Agence nationale de la rechercher (ANR) et lancé d'ici la fin de l'année, doit ainsi permettre de soutenir la recherche en amont et de préparer la future génération des technologies de l'hydrogène (piles, réservoirs, matériaux, électrolyseurs…). Il sera doté de 65 millions d'euros. Dès 2021, le plan prévoit aussi une dotation de 30 millions d'euros pour accompagner le développement de campus des métiers et des qualifications rassemblant, dans la même organisation ou sur le même site, lycées d'enseignement technologique et professionnel, universités et grandes écoles d'ingénieurs. L'enjeu est de former des spécialistes de l'hydrogène à tous les niveaux, qu'il s'agisse de techniciens qui interviendront sur les véhicules, de responsables qualité-sécurité-environnement, de pompiers, d'ingénieurs ou de chercheurs. 
Pour suivre la mise en œuvre du plan, un comité national de l'hydrogène sera mis en place, présidé par Bruno Le Maire et composé de l'ensemble des industriels. "Il devra suivre l’état d’avancement des investissements, s’assurer de la réalisation industrielle, s’assurer de la formation et de la qualification des salariés et garantir la création d’emploi sur notre territoire”, a détaillé le ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance.
Le gouvernement veut aller vite. "Nous avons annoncé sur la période 2020-2030 une enveloppe de 7 milliards d'euros. Nous envisageons d'être en capacité de mobiliser 50% de ces montants d'ici 2023, a précisé Karine Vernier, directrice du programme Energie et économie circulaire au secrétariat général pour l'investissement. Cela va démarrer vite et de manière très dynamique. Dès la fin du mois il y aura des premières réalisations, sorties, appels à l'industrie publiés."

 

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