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L'hydrogène, nouvelle "rock-star" des énergies en Europe

La Commission européenne a dévoilé le 8 juillet dernier sa "stratégie hydrogène pour une Europe climatiquement neutre". Longtemps ignorée, singulièrement en France, cette énergie attise aujourd'hui toutes les convoitises, chacun cherchant à devenir le "leader mondial" en la matière. L'Allemagne a annoncé vouloir investir 9 milliards d'euros. Le ministre de l'Économie français promet qu'un volet y sera consacré dans le plan de relance, "en partenariat" avec cette dernière.

"La rock star des nouvelles énergies à travers le monde." C'est ainsi que le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a qualifié l'hydrogène renouvelable lors de la présentation, le 8 juillet dernier, de la stratégie de l'Union européenne en la matière. Cette énergie plus que jamais à la mode – les députés européens viennent d'en faire activement la promotion dans le rapport consacré aux stockage de l'énergie adopté ce 10 juillet à une large majorité –  doit contribuer à faire de l'Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050, mais aussi à nourrir la croissance et les emplois du "monde d'après", dans la droite ligne du Pacte vert promu par Ursula von der Leyen (pour l'heure, rappelons que l'hydrogène n'est toujours pas compétitif économiquement face aux combustibles fossiles). L'objectif est clairement affiché : "renforcer le leadership mondial" de l'Europe dans le domaine alors "que le reste du monde rattrape rapidement son retard", avertit Frans Timmermans. 

Une valse à trois temps

La stratégie prévoit trois phases de développement. 
• La première (2020-2024) vise à décarboner la production d'hydrogène existante, avec toutefois un premier objectif d’au moins 6 GW d’électrolyseurs à hydrogène renouvelable dans l’UE d’ici 2024 (contre 1 GW aujourd'hui). 
• La seconde (2024-2030) vise à ce que l'hydrogène fasse partie du système énergétique intégré  – qui fait l'objet d'une stratégie dédiée présentée le même jour –, avec l'installation d'au moins 40 gigawatts d'électrolyseurs, qui nécessiterait selon la Commission entre 24 à 42 milliards – la fourchette est large – d'euros d'investissements. Une somme à laquelle s'ajouteraient notamment entre 220 à 340 (!) milliards pour augmenter et connecter 80 à 120 GW de capacité de production d'énergie solaire et éolienne à ces derniers, 65 milliards pour le transport, la distribution et le stockage de l'hydrogène, 11 milliards pour la rénovation de la moitié des usines existantes avec captage et stockage du carbone, etc. Concrètement, il faudrait par exemple entre 160 à 200 millions d'euros pour convertir une installation sidérurgique en fin de vie à l'hydrogène ; le coût de 400 stations de ravitaillement pour le secteur du transport routier oscillerait lui entre 850 millions à 1 milliard d'euros (à  noter que Air Liquide vient d'annoncer la construction à Fos-sur-Mer de la première station hydrogène haute pression en Europe, pour une mise en service en 2022) ; le coût d'un bus à l'hydrogène est d'environ... 600.000 euros.
• La troisième (2030-2050) devrait consacrer le déploiement à grande échelle des technologies à l'hydrogène renouvelable. 

Une "Alliance européenne"

La stratégie rappelle au besoin que le déploiement de l'hydrogène "fait face à d'importants challenges que ni le secteur privé, ni les États membres peuvent relever seuls"... D'où le lancement officiel le même jour par la Commission européenne d'une "Alliance européenne pour l’hydrogène propre", sur un modèle plus ou moins proche de l'Alliance européenne de la batterie ou de l'Alliance des plastiques circulaires récemment mises sur pied. Cette nouvelle alliance entend réunir autorités publiques nationales et locales, entreprises, organisations de la société civile et autres parties prenantes "ayant des activités significatives dans le domaine de l'hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone" afin de recenser et coordonner les projets d'investissements jugés viables tout au long de la chaîne de valeur pour les mettre en œuvre plus rapidement. Des projets qui bénéficieront notamment du programme InvestEU, dont les capacités devraient être plus que doublées dans le cadre du programme Next Generation EU, mais aussi du Feader et du fonds de cohésion, ou encore du fonds pour une transition juste ou du fonds pour l'innovation, précisément dédié aux technologies à faible émission de carbone. Sans compter les programmes sectoriels, comme par exemple l'instrument de financement "Blending facility" dans le cadre du volet transports du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE-T), que la Caisse des Dépôts est seule chargée de déployer en France pour le compte de l'Union européenne.

Mobilisation en ordre dispersé

Pour l'heure, on est toutefois loin d'un "Airbus de l’hydrogène", les États membres semblant préférer l'escarmouche gauloise à la tortue romaine pour atteindre ce nouveau graal qui attise tous les espoirs… et convoitises.
Présentant au Parlement le 30 mars dernier la vision – offensive – du gouvernement sur l'hydrogène, le ministre néerlandais des Affaires économiques y indique clairement sa volonté de "garder une longueur d'avance en Europe" alors que la Hollande bénéficie selon lui d'une "position de départ unique" et que son "grand dynamisme" en la matière est "clairement reconnu à l'échelle internationale et renforce déjà l'attrait pour les entreprises". "Compte tenu de la forte demande attendue d'hydrogène durable dans l'industrie du nord-ouest de l'Europe, il est donc très avantageux pour les Pays-Bas de devenir un pivot de cette chaîne et de déployer l'infrastructure existante à cette fin", insiste-t-il. 
La concurrence promet d'être rude. Le voisin allemand, qui a lui adopté sa propre stratégie le 10 juin dernier, affirme également sans détour sa volonté de devenir le "leader mondial en matière de technologiques de l'hydrogène". Avec une efficacité toute germanique, le gouvernement a décidé d'allouer sept milliards d'euros pour la promotion de ces technologies dans le pays (en visant singulièrement les secteurs sidérurgique et chimique, du chauffage et des transports) et deux milliards pour des partenariats internationaux. Et le gouvernement a installé le jour même jour un Conseil national de l'hydrogène, un comité interministériel pour l'hydrogène ainsi qu'un délégué aux innovations "Hydrogène vert" auprès du ministre fédéral de la recherche.

La France à la traîne

Dans la France de Denis Papin, comme souvent, c'est davantage le pétrole que les idées qui fait défaut (voior notre article). Lors de la présentation de son plan hydrogène en 2018 (voir notre article), le ministre Nicolas Hulot avait pourtant lui aussi fait part de sa volonté de faire de la France "un leader mondial de cette technologie". Mais les 100 millions promis à partir de 2019 (pour un bilan effectif de 90 millions d'euros) font pâle figure au regard du plan allemand. Il faut toutefois désormais y ajouter une partie du 1,5 milliard annoncé par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en faveur de la recherche vers un avion neutre en carbone en 2035 (voir notre article). Un ministre qui a avoué le 30 juin dernier que "tout le monde me dit 'Il faut développer l'hydrogène'" et qui s'y est déclaré "très favorable". "Dans le plan de relance, il y a aura aussi des éléments très forts pour développer la filière", a-t-il ainsi dévoilé, en précisant que "nous le ferons en liaison avec l'Allemagne, dans un partenariat" dont on ignore encore s'il relève de la méthode Coué.

 

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