Plan Littoral Occitanie : Jean Castex veut sortir les copropriétés touristiques de l'impasse

Lors de son déplacement samedi dans l'Aude, Jean Castex a annoncé le renouvellement pour cinq ans du "plan Littoral 21", qui repose sur une convention tripartite entre l'État, la région Occitanie et la Banque des Territoires. Le plan, qui mobilise environ 1 milliard d'euros, comprend un important volet de rénovation des copropriétés touristiques dégradées sur le littoral languedocien. Des démonstrateurs vont être désignés. Des programmes de modernisation des ports de plaisance sont également prévus. Le Premier ministre a par ailleurs confirmé un report de l'établissement de la liste des communes concernées par le retrait du trait de côte.

À l'occasion de son déplacement dans l'Aude, le 22 janvier, le Premier ministre a évoqué deux grands sujets : la question des mobilités, avec en particulier l'annonce de la nouvelle ligne Montpellier-Perpignan et le soutien apporté aux petites lignes (voir notre article dans l'édition de ce jour) et celle de l'évolution du littoral occitan. Cette dernière s'est matérialisée par la signature de la convention renouvelant, pour la période 2023-2027, le "plan Littoral 21" signé en 2017 et qui couvrait la période 2018-2022.

Une convention entre l'État, la région et la Banque des Territoires

L'objectif de ce plan – qui repose sur une convention tripartite entre l'État, la région Occitanie et la Banque des Territoires – est de répondre aux défis écologiques, économiques et touristiques du littoral en Occitanie. Dans son intervention à Gruissan (Aude), Jean Castex a expliqué que "les territoires ont pris à bras-le-corps le défi majeur de nos sociétés : comment concilier l'indispensable transition écologique et le développement économique". Il a aussi insisté sur l'importance du conventionnement – qui fonde le plan Littoral –, affirmant au passage : "Pourquoi on va y arriver ? Parce qu'on travaille ensemble. Le gouvernement est celui qui aura le plus contractualisé avec les collectivités." En pratique, le plan Littoral aborde de nombreux aspects : trait de côte et risques littoraux, préservation de la biodiversité, innovation, mobilités douces, économie verte et bleue, modernisation des ports, filière halieutique, devenir de la filière touristique... Dans un communiqué commun du 22 janvier, la région Occitanie, la préfecture de région et la Banque des Territoires "réaffirment leurs engagements pour accompagner la transformation du littoral d’Occitanie".

Sur ce dernier point, la convention entend notamment accélérer la rénovation des équipements touristiques littoraux de la région, dont bon nombre sont issus des travaux de la mission Racine (mission interministérielle d'aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon), lancés en 1963, et dont les réalisations ont souvent mal vieilli. Le plan comporte donc un important volet de rénovation des copropriétés touristiques dégradées sur le littoral languedocien. La ligne directrice est d'engager une démarche de reconversion du littoral de la région Occitanie à l'horizon 2050. En s'appuyant sur l'ingénierie de la Banque des Territoires, il est notamment prévu de désigner des démonstrateurs pour les travaux de rénovation de ces copropriétés. L'objectif est notamment de faire évoluer ces copropriétés vers l'hébergement permanent ou vers un tourisme "quatre saisons", tout en développant de nouveaux services aux résidents. Sont également prévues des expérimentations d'habitat touristique flottant (notamment à Gruissan), ainsi que des programmes de modernisation et de verdissement des ports de plaisance, pour lesquels il est prévu de désigner quatre démonstrateurs. Ces opérations compléteront celles déjà lancées ou en cours, comme la requalification des ports de Béziers, l'équipement de 1.000 postes d'amarrage à Port Camargue ou encore l'aménagement du front de mer de Port-la-Nouvelle

Un quasi-triplement du financement de l'État

Au total, le plan Littoral 21 mobilise environ un milliard d'euros, issus de plusieurs sources de financement : la région Occitanie, qui en apporte le tiers, l'État via le contrat de plan État-région (CPER), les investissements d'avenir, l'Union européenne, les collectivités territoriales et le secteur privé par effet de levier... Dans son intervention à Gruissan le 22 janvier, le Premier ministre a annoncé un quasi-triplement d'un financement direct spécifique, par le biais du programme d'intervention territoriale de l'État (Pite), qui correspond au programme 162 de la loi de finances (interventions territoriales de l'État). La loi de finances pour 2018 a en effet créé une nouvelle action "plan Littoral 21" au sein du Pite. Alors que l'État a engagé 22 millions d'euros via le Pite lors la première convention 2018-2022, cette dotation sera portée à 58 millions pour la période 2023-2027. Pour Jean Castex, "nous accélérons parce qu'il y a urgence conjoncturelle, mais aussi urgence beaucoup plus structurelle", face aux enjeux climatiques

À noter : sur la question du trait de côté et des risques littoraux, le Premier ministre n'a pas manqué d'évoquer la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, qui consacre pas moins d'un chapitre à la question (voir notre article du 5 janvier 2022). Il a notamment indiqué que le décret prévu par l'article 239 de la loi, qui doit fixer la liste des communes concernées par le retrait du trait de côte (et par les dispositions qui s'ensuivent) est en cours de préparation. Mais l'Anel (Association nationale des élus du littoral) a demandé un report de la consultation des conseils municipaux concernant l’inscription sur la liste nationale des communes concernées par le recul du trait de côte, dont l'échéance avait initialement été fixée au 24 janvier. Jean Castex a confirmé son accord en vue d'un report, "car c'est un sujet trop important", mais sans en préciser la nouvelle échéance. Quelques jours plus tôt, le 18 janvier lors des questions orales au gouvernement, Jean-François Rapin, sénateur (LR) du Pas-de-Calais et président de l'Anel, avait posé la question. Bérangère Abba, la secrétaire d'État chargée de la biodiversité, lui avait alors déjà indiqué que "le délai initialement fixé au 24 janvier va être adapté pour laisser plus de temps aux communes".