Jean-Noël Escudié / PCA

Culture - Plus d'une centaine de festivals et de lieux culturels supprimés en raison du désengagement des collectivités

Tourisme, culture, loisirs

Repérée par notre confrère Le Parisien, la carte intitulée "Cartocrise - Culture française, tu te meurs" fait grand bruit. Réalisée par une médiatrice culturelle sur la base d'une revue de presse, elle recense à ce jour 143 structures fermées ou festivals annulés en France métropolitaine. Un chiffre vraisemblablement non exhaustif et amené à évoluer, du moins tant que les subventions publiques en faveur de la Culture seront à la baisse. En réaction à cette carte (dont elle ne conteste pas les données), Fleur Pellerin assure que "la culture est plus que jamais, en ces temps de sérieux budgétaire, un choix politique".

Dans son édition du 15 mars, Le Parisien annonçait qu'une centaine de manifestations culturelles - et notamment des festivals - seront supprimées l'été prochain. Selon le quotidien, "ces suppressions ou annulations résultent surtout de suppressions de subventions publiques, en particulier municipales, après l'arrivée de nouvelles équipes à la tête de villes, à la suite des élections de mars 2014".

Un mouvement qui s'accélère

Mais ces fermetures et ces suppressions tiennent aussi à la réduction, voire à la contraction des budgets des collectivités territoriales et - lorsqu'elles existent - à la baisse des dotations de l'Etat. S'ajoutent à ces éléments les inquiétudes sur le sort réel de la compétence culture dans le cadre de la réorganisation territoriale, mais aussi les interrogations sur l'impact du nouveau découpage en treize régions métropolitaines. Sans oublier les pertes de recettes dues aux manifestations des intermittents durant l'été dernier.
L'annonce de ces suppressions s'appuie sur le travail de recensement réalisé par Emeline Jersol, une médiatrice culturelle travaillant pour le Boulon, un centre national des arts de la rue situé à Vieux-Condé, près de Valenciennes (Nord). A partir d'une analyse de la presse locale et des sites internet concernés, celle-ci s'appuie sur le logiciel libre Open Street Map pour réaliser une cartographie des suppressions. Intitulée "Cartocrise - Culture française, tu te meurs", la carte retrace les structures fermées et les festivals annulés dans toutes les disciplines : arts de la rue, arts plastiques, cinéma, danse, littérature et arts de la parole, musique, théâtre et "inclassables et pluridisciplinaires".
L'impact de la crise, puis des réductions budgétaires, sur les festivals et les activités culturelles n'est pas vraiment une découverte (voir nos articles ci-contre). Ce qui surprend, au vu de la carte, c'est l'ampleur de cet impact. A la date du 23 février 2015, la carte recense ainsi 143 structures fermées ou festivals annulés. Si l'on ne compte pas - encore - de "grands festivals" au nombre des victimes - sauf peut-être "Automne en Normandie", les "Voix du Gaou" à Six-Fours (Var) ou "Orléans Jazz" -, le directeur des Eurockéennes de Belfort (plus de 100.000 spectateurs attendus cette année), interrogé par Le Parisien, estime que "même les gros festivals sont menacés" en raison de la baisse des subventions publiques et de la réorganisation des régions.

Les "pactes pour la culture" à la rescousse ?

Certes, des festivals disparaissent chaque année, faute de fréquentation, victimes d'erreurs de programmation ou en raison du désengagement d'un financeur. Mais il semble difficile de nier que le mouvement prend très nettement de l'ampleur ces derniers temps.
La ministre de la Culture n'a pas manqué de réagir à la publication de ces chiffres. Fleur Pellerin ne conteste pas les annulations et fermetures recensées par la "Cartocrise". Mais elle estime que "la culture est plus que jamais, en ces temps de sérieux budgétaire, un choix politique" et qu'"elle est le choix que j'invite les élus à faire à nos côtés".
La ministre rappelle également qu'elle a lancé, en décembre dernier, un appel aux collectivités en les invitant à signer avec l'Etat des "pactes pour la culture". En contrepartie d'un engagement de l'Etat à maintenir ses financements, les collectivités signataires s'engagent à maintenir les leurs. Le premier de ces pactes a été signé, au début de cette année, avec la ville de Clermont-Ferrand (voir notre article ci-contre du 30 janvier 2015). Ont suivi Cambrai le 2 février et Strasbourg le 28 février, tandis qu'une cinquantaine de collectivités seraient intéressées, selon le ministère.
Ironie du sort, la "Cartocrise" recense, sur Strasbourg, l'annulation de l'édition 2014 du Festival de musique et la suppression du Festival des nuits européennes, ainsi que la fermeture de la Friche Laiterie - un lieu de musique contemporaine bien connu des Strasbourgeois - compte tenu de la fermeture du Hall des Chars par la ville... 

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