Culture - Musées : les restrictions budgétaires des collectivités font sentir leurs effets

Plusieurs annonces ou événements récents confirment que les restrictions dans les budgets des collectivités commencent à faire sentir leurs effets sur les projets de création ou d'extension de musées, malgré la hausse croissante de la fréquentation de la plupart de ces institutions. Ces effets sont encore plus évidents lorsque les aspects budgétaires se combinent avec un changement de majorité à la tête de la collectivité.

Réduction de voilure pour le musée maritime de La Rochelle

La ville de La Rochelle s'est ainsi lancée, depuis une dizaine d'années, dans un très ambitieux projet autour de son musée maritime, composé jusqu'alors essentiellement d'une flotte de huit navires historiques. Dans ce dossier, le musée maritime - rebaptisé Planète Océan - était la pièce centrale d'une opération plus vaste, comprenant notamment l'aquarium, un palais des congrès et divers commerces.
Sans remettre en cause le principe du projet, Jean-François Fountaine (divers Gauche et dissident socialiste) - qui est aussi patron du premier constructeur mondial de catamarans et président de la Fédération des industries nautiques - a annoncé son intention de revoir certains aspects du projet, afin d'en maîtriser les coûts, menacés de dérapage.

Difficultés juridiques et budgétaires à la Cité de l'Océan de Biarritz

La mer ne semble décidemment pas porter chance aux musées de collectivités. La ville de Biarritz est confrontée à de sérieuses difficultés juridiques et budgétaires, étroitement liées. Côté juridique, le Conseil d'Etat a en effet annulé, dans un arrêt du 30 juillet 2014, le contrat de partenariat public-privé conclu en 2008 pour la mise en œuvre du projet "Biarritz-Océan", comprenant le financement et la réalisation d'une Cité de l'Océan et du surf (inaugurée en juin 2011) ainsi que des travaux de modernisation du musée de la Mer. Le Conseil d'Etat rappelle que, "dans l'état du droit applicable à la date de la délibération de la commune de Biarritz, le recours à un tel contrat ne peut être admis que si le projet présente un caractère d'urgence ou, alternativement, s'il est d'une complexité telle que la personne publique n'est pas objectivement en mesure de définir seule et à l'avance les moyens techniques permettant de répondre à ses besoins", conditions qui n'étaient pas remplies en l'espèce.
Côté budgétaire, la fréquentation de la Cité de l'Océan n'est pas à la hauteur des attentes (350.000 visiteurs au lieu de 450.000) et laisse craindre un risque de dérapage des coûts à la charge de la ville. D'autant plus que la chambre régionale des comptes, dans un rapport de 2012, avait déjà estimé que la perte pour la ville - alors de 468.000 euros - risquait de s'accroître très fortement au fil des ans. Biarritz étant passée en mars dernier de l'UMP Didier Borotra - le père du projet - au MoDem Michel Veunac, l'affaire est devenue hautement politique.

Futur musée à vendre à Montpellier

A Montpellier, le nouveau maire (divers Gauche) avait déjà annoncé, le 14 mai dernier, l'abandon du projet de musée de l'histoire de France en Algérie, alors même que le bâtiment destiné à l'accueillir était à moitié achevé (dix millions d'euros déjà dépensés sur les vingt millions prévus). Un projet remontant à 2002 - concrétisé par la délivrance du permis de construire en 2009 - et qui portait sur un thème toujours très sujet à polémique. Ce dossier - soutenu notamment par Georges Frêche - avait d'ailleurs connu diverses vicissitudes : opposition dès l'origine des Verts et du PC, démission du premier conseil scientifique du musée en 2005, manifestations contre le projet...
Les aspects budgétaires ont également eu leur part dans ces difficultés, avec en particulier de nombreux retards et la classique dérive des coûts initiaux.
Philippe Saurel, le nouveau maire de Montpellier, a certes annoncé le remplacement du projet par la création d'un nouveau lieu d'art contemporain, mais le dossier semble aujourd'hui pour le moins hypothétique. Philippe Saurel cherche également un nouveau lieu pour accueillir le projet de musée de l'histoire de France en Algérie et des contacts ont été pris avec les villes de Marseille et Perpignan. Il est vrai que l'enjeu est aussi financier, puisque environ deux millions d'euros ont déjà été investis dans l'achat des collections.

Subvention contre programmation au Centre Pompidou Metz

Enfin, on peut conclure ce bref tour d'horizon par un dossier plus ancien : celui du Centre Pompidou Metz, lui aussi très largement financé par les collectivités territoriales et qui connaît aujourd'hui un net tassement de sa fréquentation. Lassée de devoir remettre au pot, la région Lorraine a décidé, au début de cette année, de ramener sa subvention de fonctionnement de quatre à trois millions d'euros (pour un budget total annuel de douze millions d'euros). Jean-Pierre Masseret - le président (PS) du conseil régional - avait même évoqué l'hypothèse d'une suppression pure et simple de l'ensemble de la subvention en cas d'absence de refonte de la politique du musée en matière d'expositions temporaires (voir notre article ci-contre du 7 février 2014).

 

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