Pour la FNTP, pas de transition écologique sans un New Deal en faveur des infrastructures

Lors d'un atelier-débat organisé le 31 mars par l'association Équilibre des énergies, Xavier Neuschwander, président de la commission technique et innovation de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), a insisté sur la nécessité de flécher le plan de relance vers la transition écologique, dont il s'est employé à démontrer qu'elle était impossible sans un New Deal en faveur des infrastructures. Le dirigeant a également tenu à démontrer l'implication du secteur dans cette transition "impérative".

"Si l'activité du secteur des travaux publics représente moins de 4% de l'empreinte carbone française (24,1 mégatonnes équivalent CO2 sur un total de 650MtCO2e, selon un audit conduit pour la FNTP par Carbone4), la part des infrastructures atteint 54% des émissions si l'on prend en compte l'usage de ces dernières". A l'occasion d'un atelier-débat organisé ce 31 mars par l'association Équilibre des énergies, Xavier Neuschwander, président de la commission technique et innovation de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), s'est employé à démontrer que sans un investissement "massif" – un "New Deal" – dans ces infrastructures, l'atteinte des objectifs climatiques était illusoire. Le discours est rodé, déjà développé par le président de la FNTP, Bruno Cavagné, dans une récente tribune aux Échos, dans laquelle il dénonçait l'absence de dispositions visant à développer massivement les infrastructures vertes dans le projet de loi Climat et Résilience, actuellement en discussion à l'Assemblée.

Nécessité d'une vision stratégique et d'un "cadre clair"

Comme son président, Xavier Neuschwander insiste sur la nécessité d'une vision stratégique des pouvoirs publics et d'un "cadre clair" en la matière, déplorant la disparition d'organismes de prospective comme la Datar (la FNTP a naguère plaidé pour la création d'un "conseil d'orientation des infrastructures" qui a fini par voir le jour à la faveur des Assises de la mobilité avant d'être récemment réactivé). "Le court terme prend le pas dans les débats alors que les enjeux sont à long terme", regrette-t-il. "On fiscalise, on défiscalise, on crie haro sur la route, sans tenir compte du fait que dans 10 ou 15 ans la mobilité y sera majoritairement décarbonée, qu'elle restera un enjeu essentiel – même la Stratégie nationale bas carbone prévoit que son usage passera seulement de 89% à 85% en 2050 –, qu'elle est indispensable pour le dernier kilomètre", soupire-t-il encore, avant de dresser une ode à la mobilité, qui "plus qu'une liberté, est un enjeu vital ; le principal obstacle à l'emploi est souvent la capacité à se rendre sur son lieu de travail".
Et de regretter en conséquence, par exemple, l'abandon des projets de contournement routier, qui "participent à la transition en permettant un réaménagement des centres-villes favorisant les mobilités douces, la diminution de la consommation des véhicules et de la pollution atmosphérique [un argument qui perd de son poids avec la décarbonation mise par ailleurs en avant], mais qui nécessitent, avec l'objectif de zéro artificialisation, de renaturer des sols et de réhabiliter des espaces naturels" – autre enjeu évoqué.
Xavier Neuschwander invite encore à "ne pas opposer les modes de transport, mais à les rendre complémentaires", ce qui suppose d'éliminer "un certain nombre d'obstacles". Ainsi, si le mode fluvial est "particulièrement adapté au transport des pondéreux, ses infrastructures sont un goulet d'étranglement". De même, renforcer le fret ferroviaire suppose de régler le problème des nœuds autour des grandes villes et de libérer des sillons. "A l'heure où l'on souhaite limiter le transport aérien", le représentant de la FNTP plaide encore pour que l'on achève le réseau TGV : "relier Bordeaux à Toulouse mettrait cette dernière à 3h de Paris", précise-t-il, estimant qu'il faut "garder l'aérien pour les grandes distances".

Opportunité et menace

Xavier Neuschwander ne cache pas que cette transition écologique constitue une "formidable opportunité de business" pour les entreprises du secteur, "pour autant qu'elles prennent le virage". Agitant la carotte et le bâton, il souligne les risques de perte d'attractivité du secteur auprès des collaborateurs et de crédibilité auprès des clients si ses opérateurs n'inscrivent pas leur action dans ce mouvement. "C'est un impératif ; on n'a pas le choix", ajoute-t-il, évoquant sans doute tout à la fois la nécessité de cette conversion pour la planète en général et… pour le secteur des travaux publics en particulier.

Une feuille de route en construction

Déplorant que le secteur soit régulièrement accusé de ne pas participer à l'effort commun, Xavier Neuschwander s'est employé à démontrer qu'il y prenait au contraire pleinement sa part, mettant en avant les résultats – "80% des matériaux inertes qui transitent sur les chantiers sont recyclés" – et actions conduites par la FNTP pour entraîner ses 8.000 entreprises adhérentes, représentant plus de 300.000 collaborateurs, sur le chemin des infrastructures vertes (sans évoquer le pacte d'engagement des acteurs des infrastructures de mobilité récemment conclu).
Une "feuille de route bas carbone" à l'horizon 2030 est en cours d'élaboration, avec l'aide du cabinet Carbone 4, retenu pour son absence de "complaisance". Après avoir recueilli auprès d'experts "144 idées, consolidées en 25 solutions", la fédération a sélectionné les 8 jugées "les plus impactantes" à déployer en priorité. En tête, le "BIM" (pour Building Information Modeling), entendre la modélisation de la conception, de la construction et de la maintenance d'un bâtiment ou ouvrage, "qui permet d'éviter les erreurs – et donc de détruire pour reconstruire – et les surdimensionnements, favorise l'optimisation de la maintenance, etc." Auquel viennent s'adjoindre des actions sur les matériaux (acier bas carbone, enrobés froids et basse température, recyclage en usine d'enrobés, retraitement en place des chaussées…) – indispensables alors que 72% des émissions du secteur sont liées aux fournitures –, ou encore sur les engins : leur dimensionnement ou la substitution d'énergies, même si la crise complique quelque peu la donne. La FNTP, la FFB, la CNATP et la Capeb ont ainsi réclamé fin février au ministre de l'Economie le maintien du gazole non routier, arguant d'appels d’offres des collectivités locales "toujours à la peine, les blocs communal et intercommunal enregistrant respectivement des baisses de -27% et -37% en janvier 2021 comparé à janvier 2020", du fait que "l'engagement du gouvernement pris en 2019 de mettre en place un carburant non routier avec une couleur spécifique au BTP […] ne pourra pas être respecté au 1er juillet 2021" ou encore des "vives inquiétudes" nourries par la "suppression de la TICPE pour le transport de marchandises" (sic !) prévue dans le projet de loi Climat (plus exactement, la réduction progressive du remboursement de la TICPE aux transporteurs routiers).

Importance de la maintenance et du numérique

Xavier Neuschwander insiste particulièrement sur l'importance de la maintenance et du numérique pour atteindre les objectifs climatiques fixés. "La première économie circulaire, c'est la préservation de l'usage de l'ouvrage", lance-t-il, s'insurgeant contre l'obsolescence programmée. Et de vanter par exemple l'intégration de capteurs aux ouvrages existants, permettant de mieux anticiper les besoins d'entretien des infrastructures ou, dans une version moins technologique, la création de carnets de maintenance pour les ouvrages d'art. Dans un pays qui a du mal à recenser ces derniers, et davantage encore à en connaître l'état, nul doute du caractère précieux de ces solutions.
Il n'oublie pas de dénoncer également les incohérences auxquelles le secteur est directement confronté : pression en faveur du recyclage mais réglementation entravante qui interdit par exemple d'utiliser des agrégats de béton recyclé dans le béton haute-performance, demande de mise en décharge des déchets mais points de collecte insuffisants, confrontés au syndrome Nimby ("pas dans mon jardin")... Il attire enfin l'attention sur le risque de "fuites de CO2" – entendre "l'exportation de ce que l'on ne veut plus produire chez nous, mais qui y reviendra pas d'autres routes, le carbone n'ayant, lui, pas de frontières". Et de plaider ainsi pour le mécanisme carbone aux frontières, que seule l'Europe est selon lui en mesure de mettre en œuvre.

 

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