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Lucas Boncourt / EVS pour Localtis

Préparer les territoires à la généralisation du véhicule électrique

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L'électrification du parc de véhicule va générer une forte pression sur les réseaux de distribution électrique. Pour optimiser la répartition de la charge, les smart grids et la data sont appelés à la rescousse. Mais les territoires vont aussi devoir repenser leur urbanisme et la place de la voiture.

Les débats sur le véhicule électrique (VE) se focalisent aujourd'hui sur le déploiement des bornes de recharges pour permettre des déplacements longue distance et répondre à la croissance du parc de véhicules. L'AMF vient du reste de signer une convention avec Enedis sur ce sujet de l'électromobilité au bénéfice de l'ensemble des territoires. 

Un risque de panne exagéré

Que se passera-t-il demain lorsque ce parc atteindra plusieurs millions de VE ? Le réseau électrique de distribution tiendra-t-il quand, à 19 heures, tout le monde voudra recharger sa batterie ?  C'est la question sur laquelle s'est penché RTE dans une étude à paraître. "En partant sur l'hypothèse de 15 millions de véhicules, le VE devrait peser un peu moins que le chauffage individuel avec 8% des consommations électriques. Ce n'est pas énorme sachant qu'en 2030, certaines sources actuelles de consommation auront diminué", rassure Thomas Veyrenc, directeur de la prospective et stratégie de RTE. S'il n'y a pas d'enjeu de capacité, il y aura en revanche nécessité de lisser les pics de consommation, qu'ils soient quotidiens, comme ceux liés aux déplacements domicile-travail ou saisonniers comme, par exemple, les grands weekends de départ en vacances. "Le pic du soir est un peu exagéré, précise l'expert de RTE car de très nombreuses personnes rentrent chez elles le midi, notamment en province où elles pourront recharger leur véhicule. Quant aux pics saisonniers, ils existeront mais l'essentiel des problématiques de lissage se joueront au niveau local où sont effectués 85% des déplacements", poursuit l'expert. Et de conclure que les territoires et les autorités organisatrices des mobilités auront un rôle majeur dans la régulation du VE.

Le VE maillon du smart grid

Ce lissage passera largement par des automatismes au cœur des expérimentations de smart grid, dont certaines, comme Eco2 Charge à Vélizy (Yvelines), ont porté spécifiquement sur ce thème du "V2G" ou vehicle-to-grid. Des tests qui montrent qu'avant d'être une charge pour le réseau, le VE peut aider à réguler le réseau. La batterie offre en effet un moyen décentralisé, résilient, pour stocker l'énergie produite par des unités locales de production solaires ou éoliennes et prendre si besoin le relais du réseau. En fin de vie, recyclée, elles peuvent aussi subvenir à des besoins locaux, comme l'éclairage public nocturne expérimenté à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine (lire notre article). Pour fonctionner, ces systèmes devront échanger des données, base de travail des algorithmes. Ce sujet préoccupe plus particulièrement la FNCCR, à l'origine de cette table ronde autour du VE organisée dans le cadre du salon BIM World à Paris. La fédération souhaite créer des "régies de données locales" réunissant les données des acteurs publics et privés intervenant localement. "Une plateforme que les collectivités territoriales et les syndicats sont les mieux à même de piloter au nom de l'intérêt général", estime Jean Luc Sallaberry, en charge de la smart city à la FNCCR. "Des données, c'est bien mais il faut pouvoir les comprendre et les manipuler, y compris dans de petites collectivités" a défendu Marie-Françoise Guyonnaud présidente de Smart Use. Une simplification que propose le concept de CIM, pour "city information modelling", au carrefour du système d'information géographique (SIG) et du BIM (modélisation de bâtiment), qui permet de visualiser (aujourd'hui) et permettra, demain le pilotage de la ville.

Un urbanisme à repenser

Au-delà des smart grids et des datas, les collectivités devront aussi influer sur les comportements, voire redessiner la ville pour favoriser la transition vers le VE. "Au Perray-en-Yvelines, nous avons constaté une moyenne de 2,8 véhicules par foyer. Dans le nouvel écoquartier, les élus ont décidé d'imposer une seule place de parking par logement, une flotte de 40 véhicules électriques en autopartage étant par ailleurs mise à disposition des habitants", explique Françoise Guyonnaud. Une régulation par l'offre également explorée aussi à Paris où la diminution du nombre de place de stationnement s'accompagne d'un développement de l'offre de VE partagée désormais portée par le privé. "Les constructeurs automobiles voient leurs ventes chuter dans les métropoles et se lancent tous sur ce créneau. Nous souhaitons accompagner ce développement des mobilités électriques mais avons besoin d'un cadre. Nous attendons à cet égard beaucoup de la LOM (loi d'orientation des mobilités, ndlr)", a déclaré Pierre Musseau, conseiller smart city à la ville de Paris. Un accès stratégique à la data qui n'ira qu'en s'amplifiant, le VE n'étant que le prélude à une autre révolution : celle de l'arrivée des robots-taxis.

La FNCCR lance un baromètre sur les smart territoires

À l'occasion du salon BIM World, la FNCCR a lancé un "baromètre des smart territoires" et un site d'échanges d'expériences, baptisé smart-observatoire.fr, initié en partenariat avec le cabinet Tactis. Les résultats du premier baromètre seront rendus publics l'automne prochain au congrès de la FNCCR. Les lauréats seront sélectionnés sur des critères tels que la maîtrise des données, l'implication des citoyens, la transversalité et le mode de gouvernance. Les candidats peuvent postuler dans trois catégories de trophées : Innovation, Inclusion et Data. Les candidatures sont ouvertes jusqu'à juillet.

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