Jean-Noël Escudié / P2C

Culture / Tourisme - Quelle valorisation touristique pour les monuments historiques ?

Tourisme, culture, loisirs

Développement économique

La direction générale des patrimoines (ministère de la Culture), la direction générale des entreprises (ministère de l'Économie et des Finances) et la Caisse des Dépôts publient, dans la collection des études économiques de la DGE, une analyse sur la valorisation touristique des monuments historiques. Plus précisément, le document s'intitule "Étude de faisabilité relative au développement d'équipements touristiques marchands au sein des sites patrimoniaux en France". Un titre qui met en évidence la vocation très opérationnelle de ce travail. L'introduction précise d'ailleurs que "dans une démarche de co-construction de l'avenir, les acteurs publics accompagnent la structuration de la filière du tourisme patrimonial à l'instar de la signature de la convention cadre relative au tourisme culturel en 2018" (voir notre article ci-dessous du 2 février 2018).

"De multiples réussites, mais un manque de connaissance de l'offre"

L'étude entend "appréhender de manière globale les enjeux et leviers d'actions du développement d'activités touristiques marchandes au sein des monuments historiques" (au sens des monuments inscrits ou classés). Elle propose une "présentation opérationnelle des bonnes pratiques et des montages juridico-financiers disponibles pour les porteurs de projet dans un but d'encourager les projets économiques". De façon plus large, elle formule également des "recommandations d'actions stratégiques [...] pour engager une dynamique nationale en faveur du développement de la filière".
Le document de 120 pages commence par dresser un état des lieux, en rappelant au passage que l'État ne détient que 4% des monuments historiques, 49% appartenant à des propriétaires privés et 47% à des collectivités territoriales. Elle propose aussi un retour d'expérience sur les monuments historiques convertis au tourisme, en mettant en évidence "de multiples réussites, mais un manque de connaissance de l'offre". En l'occurrence, les produits développés peuvent être de l'hébergement (notamment hôtelier), de la restauration individuelle ou de groupe, de la location d'espaces (commerciaux, événementiels, de formation, de travail) ou encore de l'offre culturelle de visite, d'animation ou d'exposition.

Critères et acteurs

Un certain nombre de données s'imposent aux porteurs de projets et définissent la nature et le potentiel réel de la reconversion touristique des monuments historiques : localisation du bien, données immobilières du monument ou encore statut du propriétaire, avec la remarque que "les propriétaires publics exploitent rarement des équipements touristiques marchands. Ils font appel, spécifiquement pour l'hôtellerie, à des opérateurs privés". L'étude rappelle aussi que l'équation économique complexe appelle un investissement de long terme.
L'étude passe également au crible les différents acteurs de la valorisation des monuments historiques. La dichotomie est assez simple entre le secteur public qui accompagne les acteurs et gère simultanément des sites, et les acteurs privés qui sont soit des associations exerçant un rôle de lobbying et d'appui, soit des opérateurs culturels ou touristiques qui gèrent des monuments.
En matière d'investissement, les principaux intervenants sont la Caisse des Dépôts (investissements en fonds propres et quasi fonds propres, visant exclusivement des projets immobiliers) et sa filiale Bpifrance, qui gère le fonds France investissement tourisme (FIT), "qui finance les entreprises du tourisme-loisirs avec des programmes de développement ambitieux".

Six grands modèles possibles

L'étude examine ensuite les profils de la demande de tourisme culturel, qui "laissent entrevoir de nombreuses opportunités pour cette filière d'équipements touristiques marchands dans les sites patrimoniaux", sous réserve, dans un premier temps, "de posséder des données plus précises sur les profils de la demande et donc aux investisseurs de réaliser une étude de marché". Elle identifie également six "grands modèles économiques et leurs outils de développement" (trois avec hébergement et trois sans hébergement), reposant sur trois types d'interventions : un modèle multi-sites ou multi-enseignes, un modèle propriétaire exploitant et un modèle non professionnel.
Pour chacun de ces modèles, l'étude précise les paramètres de base (caractéristiques de la demande par profil d'activité et par paramètres du produit), le profil des clientèles, les facteurs de succès, les freins au développement (manque de vigilance dans l'appréciation par exemple ou éléments bloquants dans le programme par exemple), les montages juridiques les plus fréquents et les operateurs potentiels, ainsi que des exemples d'opérations réellement menées.

Pour un pôle d'excellence "Tourisme et patrimoine"

L'étude s'achève sur une série de recommandations opérationnelles. Celles-ci regroupent notamment "onze critères principaux déterminant la faisabilité générale d'un projet de développement touristique", une boîte à outils opérationnelle sous la forme d'une série de "fiches outils", ainsi que quatre "recommandations générales" s'adressant au gouvernement et aux acteurs publics.
Celles-ci préconisent en premier lieu de développer et de valoriser les données relatives aux monuments historiques proposant des activités touristiques marchandes et les monuments historiques potentiels pour développer ce type d'activités afin d'encourager les projets. L'étude suggère aussi de créer un pôle d'excellence "Tourisme et Patrimoine" jouant un rôle de catalyseur, de promoteur et de défenseur de la filière, mais aussi de mettre sur pied un dispositif national d'accompagnement des porteurs de projets et un renforcement du portage des collectivités publiques à tous les échelons.
Enfin, l'étude préconise d'organiser un "soutien à l'émergence de projets touristiques patrimoniaux structurant à l'échelle des territoires, en favorisant, au sein de France tourisme ingénierie, l'accompagnement de ce type de projets et en encourageant l'investissement par la Caisse des Dépôts".

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