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Retour de tous les élèves en classe : une annonce irréaliste ?

Le président de la République a annoncé que tous les élèves retrouveraient le chemin des écoles et collèges de manière obligatoire à partir du 22 juin 2020. Les acteurs locaux s'interrogent : le maintien d'une distanciation physique dans les classes risque de rendre cette disposition impossible à appliquer.

C'était l'une des principales attentes de l'adresse aux Français d'Emmanuel Macron, dimanche 14 juin : "Dès demain, en Hexagone comme en Outre-Mer, les crèches, les écoles, les collèges se prépareront à accueillir à partir du 22 juin tous les élèves, de manière obligatoire et selon les règles de présence normale." 
Première interrogation. Faut-il faire revenir tous les élèves dans les écoles et les collèges pour seulement deux semaines de cours ? Les élus en sont convaincus. Bruno Faure, président du conseil départemental du Cantal et de la commission de l'éducation de l'ADF : "Bien évidemment, cette réouverture est indispensable pour les collégiens." Damien Berthilier, président du Réseau français des villes éducatrices (RFVE) et adjoint au maire de Villeurbanne chargé de l'éducation : "On a suffisamment dit qu'il manquait des élèves à l'appel et notamment ceux qui ont le plus besoin de l'école. Et même si ce ne sont que quinze jours, ce sont quinze jours pour préparer la rentrée. Sachant que par ailleurs il y avait une demande de plus en plus forte des familles, contraintes d'aller travailler, et pour qui cela devenait très compliqué." 
C'est aussi la fin du volontariat qui prévalait depuis les premiers retours en classe le 11 mai. Pour Bruno Faure, "le volontariat n'a pas fonctionné." Il argumente : "Dans le Cantal, sur la base du volontariat en classes de 6e et 5e, 45% des effectifs sont revenus. Quand la rentrée a été étendue aux 3e et 4e, nous n'avons récupéré que 10% des élèves."

"Le 2S2C est sans doute mort-né"

Deuxième interrogation. Que faut-il entendre par "règles de présence normale" ? Que les alternatives à la présence en classe, qu'il s'agisse de la continuité pédagogique et ses cours à distance, ou du dispositif périscolaire 2S2C, ne sont plus d'actualité. "Le 2S2C est sans doute mort-né, anticipe Damien Berthilier. Il n'en demeure pas moins qu'il y a toujours un besoin sur le périscolaire." Pour comprendre cette dernière remarque, il convient d'analyser les réponses à la…
Troisième interrogation. La plus importante. Quel protocole sanitaire accompagnera l'accueil de tous les élèves ? Un décret du 14 juin apporte des précisions. Et soulève des doutes. "Dans les écoles élémentaires et les collèges, l'observation d'une distanciation physique d'au moins un mètre s'applique uniquement dans les salles de classe et tous les espaces clos, entre l'enseignant et les élèves ainsi qu'entre chaque élève lorsqu'ils sont côte à côte ou qu'ils se font face. L'accueil est assuré par groupes qui ne peuvent pas se mélanger."

Nouveau casse-tête

Une distanciation physique est maintenue. Celle qui jusqu'à présent limitait le nombre d'élèves à quinze par classe. Mais elle est assouplie. La notion de groupe ne fait plus référence à un nombre limité d'élèves. C'est un nouveau casse-tête pour organiser les classes. Damien Berthilier : "On a la notion de mètre latéral qui est nouvelle. Cela veut dire, a priori, que l'on peut être plus proche si l'on est l'un derrière l'autre. Pour autant, il y a quand même une réalité spatiale dans les classes qui fait que lorsqu'on doit mettre un mètre entre chaque élève, y compris quand il y a des tables de deux, comme c'est le cas dans beaucoup de classes, c'est extrêmement compliqué. Sachant qu'en plus les enseignants ont déjà fait les changements de mobilier. Cela implique de tout réorganiser. On ne voit pas bien aujourd'hui comment on pourrait accueillir tout le monde dans les classes."
Damien Berthilier "regrette encore une fois que le ministère fasse des annonces sans avoir sans avoir eu la moindre concertation avec les collectivités". Bruno Faure voit les choses différemment : "Les protocoles qui nous ont été fournis pour la réouverture il y a quelques semaines sont souvent élaborés par des personnes qui ne sont pas du tout sensibilisées aux problématiques de terrain. Des négociations vont s'engager avec la Dasen [direction académique des services de l'Éducation nationale] pour essayer d'organiser au mieux et rendre ces protocoles réalistes et réalisables sur le terrain."

"Il a manqué des professeurs"

La question logistique n'est pas la seule à résoudre pour permettre le retour en classe de tous les élèves. Bruno Faure : "Il y a la capacité de l'Éducation nationale à accepter de mettre des professeurs en face de tous les élèves. La question va être là. Dans le Cantal, il a manqué des professeurs." Le 15 juin sur Europe 1, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a répondu. "Désormais, l'absence d'un professeur devient l'exception. Nous mobiliserons aussi nos professeurs remplaçants dans cette période."
Les annonces du président de la République comme les dispositions du décret du 14 juin laissent encore des trous. Emmanuel Macron a été muet sur les lycées. On connaît la raison. Les adolescents sont davantage porteurs du virus que les enfants. En métropole, tous les lycées sont cependant en zone verte et peuvent rouvrir. Le décret ne dit mot sur les écoles maternelles. Pour celles-ci, on reste sur le précédent protocole et sa limitation à dix élèves par classe ?
Un nouveau protocole sanitaire du ministère de l'Éducation nationale sera publié le 16 juin.

 

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