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Anne Lenormand

Energie - Schémas régionaux éoliens : un exercice purement théorique ?

Environnement

Energie

En théorie, la somme des potentiels éoliens de chaque région française telle qu'elle ressort des schémas régionaux dépasse largement les objectifs nationaux fixés par le Grenelle de l'environnement (19.000 mégawatts pour l'éolien terrestre à l'horizon 2020). Mais l'atteinte de ces objectifs est pourtant loin d'être assurée vu les difficultés de mise en œuvre sur le terrain des projets éoliens. C'est la mise en garde qu'adressent les auteurs d'une étude récente de CDC Climat Recherche, financée par la Caisse des Dépôts.
Au total, au vu des schémas régionaux éoliens (SRE) déjà publiés (seules les régions Haute-Normandie et Limousin manquent à l'appel), le potentiel théorique affiché par les régions métropolitaines atteint près de 28.000 mégawatts (MW), alors que les SRE des territoires ultra-marins sont en cours de finalisation. C'est en Champagne-Ardenne et en Picardie que ce potentiel s'avère le plus important (respectivement 2.800 MW et 2.790 MW). Viennent ensuite la région Centre (2.600 MW) et le Languedoc-Roussillon (2.500 MW). "L'atteinte du potentiel décrit dans les SRE correspond à un quadruplement de la puissance actuelle installée égale à 7.125 MW en septembre 2012, relève l'étude. Dans certaines régions comme l'Ile-de-France, cela correspond à près de 100 fois la puissance actuelle installée qui passerait de 6 MW à 540 MW. En Aquitaine et en Alsace, l'écart est également considérable, sachant qu'il n'y a à ce jour pas d'éolienne de grande puissance sur leurs territoires." Par contre, La Lorraine a retenu un potentiel de 749 MW, soit 10% de plus que sa puissance déjà installée qui est de 678 MW, note l'étude.
Mais si les SRE permettent avant tout d'identifier les potentiels d'énergie éolienne au niveau régional, ils ne constituent pas des objectifs à atteindre. "Une fois ces potentiels identifiés, les régions ne sont pas directement en charge de leur mise en œuvre, celle-ci s'appuyant avant tout sur des mesures au niveau national (niveau du tarif de l'achat de l'électricité, régulation, etc.) ce qui limite la portée des chiffres retenus, insiste l'étude. De plus, l'évaluation des potentiels éoliens dans les SRE indique la puissance installée qu'il serait possible d'avoir sur le territoire de chaque région, ce qui ne correspond pas nécessairement à ce qui pourra être atteint d'ici 2020". Certaines régions ont ainsi évalué un potentiel réalisable en incluant d'autres critères qui relèvent plus d'un développement tendanciel comme par exemple la vitesse moyenne minimale de vent pour une exploitation économiquement rentable des parcs éoliens ou les projets en cours et les demandes de permis déposées. D'après les estimations des auteurs de l'étude, le potentiel réalisable de l'ensemble des régions métropolitaines ne serait donc que de 17.000 MW.
Mais l'éolien doit aussi faire face à de nombreuses contraintes qui rendent difficile sa mise en œuvre sur le terrain, souligne l'étude. Des contraintes administratives – le délai observé d'instruction des demandes d'exploitation est de 2 à 4 ans en moyenne -, techniques - pour la construction et le raccordement aux réseaux, les délais observés sont de trois à dix ans avant la mise en service – mais aussi financières – le niveau et la durée des tarifs d'achat de l'électricité d'origine éolienne peuvent être réévalués à tout moment pour les nouvelles exploitations – et sociales, liées à l'acceptabilité des projets auprès des habitants. "Ainsi, la bonne mise en œuvre des schémas régionaux éoliens et l'atteinte des chiffres indiqués dépendront de nombreux facteurs, souvent liés aux décisions qui sont ou seront prises au niveau national", conclut l'étude. Après la conférence environnementale de septembre, qui a appelé à une "véritable politique du renouvelable en France", le prochain débat national sur la transition énergétique et la loi de programmation qui suivra devraient offrir de nouvelles perspectives.
 

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