Tourisme international : un premier semestre toujours aussi mauvais, perspectives très incertaines pour le second

Selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), "la pire crise de l'histoire du tourisme se prolonge, entrant dans sa deuxième année", avec un retour à la normale pas envisagé avant, au mieux, 2023. Les chiffres du premier semestre 2021 affichent une baisse de 85% par rapport à 2019.

S'il fallait une preuve du décalage entre tourisme national et tourisme international, le dernier point de conjoncture publié par l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) et portant sur le premier semestre 2021 (janvier à mai), y pourvoirait amplement. Alors qu'Atout France se montre plutôt optimiste sur les perspectives du tourisme national cet été (voir notre article du 8 juillet 2021) – même si la saison n'est pas à l'abri de l'impact du variant Delta –, le point de conjoncture de l'OMT sur les voyages internationaux estime au contraire que "la pire crise de l'histoire du tourisme se prolonge, entrant dans sa deuxième année".

Une chute des arrivées internationales de 65% par rapport à 2020

La principale information apportée par l'OMT est que "de janvier à mai [2021, ndlr], les arrivées de touristes internationaux ont été de 85% inférieures à leurs niveaux de 2019 (et en baisse de 65% par rapport à 2020) [...]. Malgré un léger sursaut en mai, l'apparition de variants de la Covid-19 et le maintien des restrictions font que le tourisme interne se relève plus rapidement que les voyages internationaux".

Cette baisse de 65% par rapport au premier semestre 2020 – qui comptait quelques semaines préalables à la crise sanitaire – reflète une tendance générale, mais recouvre cependant des écarts importants selon les continents. La chute est ainsi de 63% en Europe, 64% au Moyen-Orient, 66% en Afrique et 86% en Asie-Pacifique (de loin le continent le plus touché), mais "seulement" de 47% dans les Amériques (en se rappelant toutefois qu'en janvier-mai 2020, les États-Unis et le Brésil étaient les pays comptant le plus grand nombre de décès et tenaient lieu de véritables "repoussoirs" touristiques).

Si on compare la période de janvier-mai 2021 à la même période de 2019 (donc avant la crise sanitaire), les résultats sont bien entendu pires – et plus significatifs pour la raison indiquée plus haut – avec un recul moyen dans le monde de 85% : -72% dans les Amériques, -81% en Afrique, -83% au Moyen-Orient, -85% en Europe et -95% en Asie-Pacifique. Si on raisonne par sous-régions, ce sont les Caraïbes (Amériques) qui s'en tirent le moins mal avec un recul de 60%. De même, l'Amérique centrale, le Mexique, l'Europe occidentale, l'Europe méridionale et méditerranéenne, l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale ont, elles aussi, connu des résultats un peu meilleurs en mai  2021 qu'en avril.

Enfin, l'OMT observe qu'en juin, le nombre de destinations ayant complètement fermé leurs frontières au tourisme international a légèrement diminué, pour se situer à 63, contre 69 en février. Parmi ces pays fermés, 33 sont des destinations d'Asie-Pacifique, contre seulement 7 en Europe, qui est la région ayant actuellement mis en place le moins de restrictions sur les voyages.

Pas de retour aux chiffres de 2019 avant 2024 ?

Pour le reste de l'année 2021, l'OMT voit des "perspectives inégales". L'Organisation constate que "le tourisme international repart à la hausse petit à petit, mais le redressement reste très fragile et contrasté", tandis que "les préoccupations croissantes concernant le variant Delta du virus ont poussé plusieurs pays à réintroduire des restrictions". En outre, "le caractère changeant et le manque d'informations claires sur les conditions d'entrée pourraient continuer de brider la reprise des voyages internationaux pendant la saison estivale dans l'hémisphère Nord". Par un jeu de vases communicants, les déplacements intérieurs tirent parti de l'atonie des déplacements internationaux. L'OMT relève ainsi que "les déplacements internes tirent la reprise dans de nombreuses destinations, surtout dans celles où il existe un vaste marché interne. La capacité en sièges sur les vols intérieurs en Chine et en Fédération de Russie a déjà dépassé les niveaux d'avant la crise et les déplacements internes aux États-Unis d'Amérique se renforcent toujours plus".

Pour Zurab Pololikashvili, le secrétaire général de l'OMT, certaines mesures pourraient toutefois contribuer à la reprise du tourisme international : accélérer le rythme des vaccinations partout dans le monde, assurer une coordination et une communication efficaces des restrictions sur les voyages qui évoluent constamment et promouvoir les outils numériques pour faciliter la mobilité".

L'OMT a également interrogé un large panel d'experts internationaux du tourisme sur la date à laquelle le tourisme mondial pourrait retrouver son niveau de 2019. Sans surprise, seuls 1% des experts estiment que ce rattrapage interviendra en 2021. Mais seuls 14% citent l'année 2022. Les experts se montrent en effet pour le moins pessimistes : 36% estiment que ce rattrapage interviendra en 2023 et la moitie (49%) citent la date de 2024 ou au-delà...

 

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