Tourisme : résultats catastrophiques en Ile-de-France, mais la région veut faire des Franciliens ses premiers touristes

Le comité régional du tourisme d'Ile-de-France (Paris Région) vient de publier ses résultats 2020. Ceux-ci confirment que la région est de très loin la plus touchée par la pandémie en matière de tourisme, avec la perte de 33 millions de touristes l'an dernier et de 15 milliards de recettes touristiques. Face à cela, travaillant à son schéma directeur du tourisme 2022-2026, la région entend faire en sorte "que les Franciliens deviennent les premiers touristes de leur région". De son côté, le nouveau président de l'office de tourisme de Paris se veut optimiste et prévoit que la capitale retrouvera en 2022 son niveau de 2019.

La publication par le comité régional du tourisme d'Ile-de-France (Paris Région) du bilan de l'année 2020 confirme que l'Ile-de-France est, de très loin, le territoire le plus touché par l'impact de la crise sanitaire en matière touristique. Très dépendante du tourisme international – car Paris reste la première destination mondiale –, la région subit de plein fouet la chute des arrivées touristiques internationales dans le monde (un milliard de touristes internationaux en moins en 2020, soit une chute de 74% par rapport à 2019). 

Tous les indicateurs en rouge écarlate

En 2020, le nombre de passagers dans les aéroports franciliens est tombé à 33,1 millions, ce qui correspond à un recul de 69% et même de 83% si on s'en tient aux seules arrivées aériennes. Ce recul vaut pour toutes les zones géographiques d'origine, allant de -79% pour les provenances d'Europe à -92% pour celles d'Océanie. Les hôtels franciliens ne s'en sortent pas mieux et leur situation en décembre 2020 est la même que celle de mars, au début du confinement. Le taux d'occupation est ainsi de 25,9% contre 27,7% en mars, après un creux à 19% en avril et un pic de 39% en juillet. Il en est de même pour les nuitées touristiques, qui affichent 1 million en décembre 2020, contre 5,5 millions en décembre 2019. Toutes les catégories sont concernées, mais le haut de gamme est le plus touché du fait de la disparition des touristes étrangers. Pour une fois, tout le monde est logé à la même enseigne, puisque les meublés et locations de tourisme affichent un nombre de nuits en baisse de 65% en décembre, après une chute record de 84% en avril.
Les musées et monuments parisiens et franciliens, qui ont connu plus de 140 jours de fermeture exceptionnelle en 2020, ne s'en sortent pas mieux et alignent les chutes de fréquentation vertigineuses par rapport à 2019. A Paris, -72% pour Le Louvre, le Centre Pompidou ou le musée de l'Armée aux Invalides, -74% pour l'Arc de triomphe, -81% pour la Sainte-Chapelle... Pour les mêmes raisons, la fréquentation des musées et monuments franciliens n'est pas meilleure, mais cependant un peu plus contrastée : -76% pour le domaine de Versailles, -70% pour le château de Fontainebleau, -69% pour la basilique de Saint-Denis, mais des résultats "meilleurs" pour des sites en plein air comme le Zoo safari de Thoiry (-18%) ou les parcs zoologiques de Lumigny (-33%). Le document du CRT ne fournit toutefois pas les chiffres du site habituellement le plus visité : Disneyland Paris.
Enfin, en termes économiques, le CRT estime la consommation touristique en Ile-de-France à 6,4 milliards en 2020, soit une chute de 15,5 milliards, répartie entre les touristes internationaux (-11,5 milliards) et les touristes français (-4 milliards).

L'Ile-de-France veut faire face à la crise

Les perspectives de 2021 ne s'annoncent pas meilleures, au moins pour le premier semestre. En effet, le nombre de nuitées recule de 77,5% en janvier (par rapport à janvier 2020) et de 74,5% en février. Et, selon le baromètre de l'activité touristique, 62% des professionnels jugent mauvais l'état des réservations des hôtels et des résidences de tourisme pour le mois de mars, tandis que 23% n'ont même pas ouvert les réservations. 
Face à cette situation, le CRT n'entend pas rester inactif en attendant une reprise qui, selon l'OMT (Organisation mondiale du tourisme) ne permettra pas de revenir au niveau de 2019, avant la mi-2023 au mieux. Il travaille actuellement à l'élaboration du schéma directeur du tourisme francilien 2022-2026. A défaut de touristes étrangers et compte tenu des restrictions de déplacements, une des pistes explorées consiste à ouvrir le tourisme francilien aux... Franciliens. Le constat est en effet celui d'une mauvaise identification, par les habitants de la région, de l'offre touristique et culturelle hors Paris (hormis quelques rares sites comme Versailles et Fontainebleau). 
Selon une étude de l'Institut Paris Région (IPR) sur "Tourisme et transport local en Ile-de-France", présentée en novembre 2020, la région est en effet bien pourvue avec 390 gares et 84% des Franciliens habitant à moins de 3 km d'une gare. L'IRP suggère donc de travailler sur l'équipement des gares (signalétique, toilettes, services…) pour mieux flécher les sites culturels ou naturels à proximité et de développer des solutions de mobilité douce à partir de ces gares ainsi transformées en portes d'entrée. 

Paris croit à la reprise

Comme souvent, le son de cloche n'est pas tout à fait le même à l'OTCP (Office du tourisme et des congrès de Paris). Dans une interview à BFM Business le 30 mars, Jean-François Rial, son nouveau président (et PDG de Voyages du Monde) explique ainsi n'être "pas très inquiet sur le retour des touristes". Il estime en effet qu'"on va retrouver un niveau équivalent à 2019 assez vite, voire très vite. Ce n'est pas du tout les prévisions apocalyptiques qu'on nous donne, une reprise seulement en 2025-2027. Je ne crois pas du tout à ça". Avec sa double casquette, il dit en effet observer "une reprise des voyages assez extraordinaire", en juin et en décembre et compte beaucoup sur la reprise américaine. 
De la même façon, Jean-François Rial ne croit pas non plus à une contraction de la capacité d'accueil, notamment hôtelière, dans la mesure ou certains établissements pourraient ne pas survivre à la crise (et que la location meublée s'effondre pour se transformer en location immobilière classique). Pour le président de l'OCTP, "l'activité économique a une capacité de rebond extraordinaire, la nature a horreur du vide. Pour chaque hôtel qui ferme, il y en a un qui ouvrira. Je ne crois pas du tout à cette fable de la non capacité". Acmé de cette vision résolument optimiste : "L'enjeu pour l'office du tourisme de Paris, ce n'est pas de faire revenir des touristes, ils vont revenir tout seuls. L'enjeu, c'est plutôt qu'au-delà du niveau de 2019, on puisse progresser sans générer de conséquences négatives pour les habitants, l'écologie".

 

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