Un Agenda rural européen pour traiter la "géographie des mécontentements"

Les sénateurs ont adopté, jeudi 4 novembre, une résolution demandant à la Commission de se doter d'un véritable "Agenda rural européen". L'idée sera portée par la présidence française qui démarre au 1er janvier 2022.

À quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, qui démarre le 1er janvier 2022, le Sénat a adopté une résolution soutenue par Patrice Joly (PS, Nièvre), demandant la mise en place d’un "Agenda rural européen". La France, qui a été le premier pays européen à se doter d’un Agenda rural, en septembre 2019, dans le contexte de la crise des gilets jaunes, serait en effet bien placée pour porter le projet auprès de la Commission européenne et de ses partenaires, lors de la présidence tournante. Cette feuille de route stratégique se veut le pendant de l’Agenda urbain européen adopté en 2015 qui a déjà permis une meilleure prise en compte des enjeux urbains dans la politique de cohésion et s’est traduit en France par la signature de "pactes État-métropoles" sous le précédent quinquennat, indiquent les auteurs de la résolution. À l'approche des élections, le gouvernement peut difficilement se priver d'un message fort en direction des territoires ruraux. "La perspective d’un Agenda rural européen permettrait effectivement d’apporter au-delà d’un signal fort en direction des territoires ruraux, une réelle réponse sur mesure", a déclaré le secrétaire d’État chargé de la transition numérique, Cédric O, unique représentant du gouvernement, saluant "très favorablement cette résolution" sénatoriale. Le Parlement rural français (une instance qui regroupe élus locaux, parlementaires, universitaires et associations de la ruralité) s’en fera le porte-étendard lors d’un événement baptisé "Ruralisons l’Europe" qui sera organisé en février 2022 sous l’égide la présidence française.

Sentiment d'abandon

"Il s’agit de construire une ambition commune au niveau européen en faveur des territoires ruraux sans imposer pour autant aux États membres une réalité et des solutions qui ne sont pas forcément adaptées au contexte de chacun", a insisté Cédric O. Rien de vraiment nouveau donc par rapport à la "Vision à long terme pour les zones rurales de l’UE" à l’horizon 2040 présentée par la Commission européenne le 30 juin dernier. Elle invite les États membres à se doter de "pactes ruraux" et s’appuie elle-même sur un "plan d’action rural européen". Sauf que le temps presse et la perspective de 2040 paraît lointaine par rapport aux enjeux de la ruralité qui, comme l’a rappelé Patrice Joly, connaît des "points de rupture", notamment sur la question de la désertification médicale. Le président de la commission des affaires européennes, Jean-François Rapin (LR, Pas-de-Calais), a regretté le manque d’ambition de la Commission européenne alors qu’en l’état, sa stratégie n’est assortie "d’aucun instrument robuste et fonds nouveau", le budget pluriannuel étant d’ailleurs bloqué jusqu’en 2027. Il faut "traiter plus efficacement les défis qui alimentent aujourd’hui la géographie des mécontentements", a d’ailleurs reconnu le secrétaire d’État.
L’Agenda rural européen est une vieille idée du Comité des régions reprise en 2018 dans une résolution du Parlement européen. Sur ce modèle, l’ancien président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) Vanik Berberian avait proposé à Emmanuel Macron, début 2019, un Agenda rural français pour trouver une issue à la crise des gilets jaunes née d’un "sentiment d’abandon". Cédric O s’est félicité devant les sénateurs des avancées de cet Agenda rural français dont 92 mesures (sur 181) sont réalisées et 77 en cours. Et de citer la mise en place des quelque 200 volontaires territoriaux en administrations (VTA), qui seront 350 d’ici la fin de l’année et 800 en 2022, les 1.745 France services labellisés, dont 80 bus, les 1.600 Petites Villes de demain, les 1.900 maisons de santé soutenues, les 60 campus connectés ou encore les 281 Fabriques des territoires… Sans parler des efforts réalisés à travers le plan Très Haut Débit et le New Deal Mobile. "La présidence française de l’UE est une occasion unique pour sensibiliser les autres pays membres à l’établissement d’agendas ruraux nationaux ou de pactes ruraux pour reprendre la terminologie de la Commission européenne", a-t-il soutenu.

"Démentir l’avenir que certains promettent à nos campagnes"

Mais pour Patrice Joly, l’agenda français reste "très incantatoire car financièrement modeste", même s’il a le mérite d’avoir "repositionné" la ruralité dans le radar des politiques publiques. Pour les auteurs de la résolution, la crise sanitaire a changé la donne, confirmant un regain d'attractivité de la campagne. Il est urgent de l'accompagner pour transformer l'essai. L’Agenda européen doit faire partie des objectifs de la relance européenne et doit à ce titre "s’intégrer rapidement dans le plan de relance pour l’Europe". Car les territoires ruraux "présentent tous les atouts pour devenir des lieux privilégiés de la relance, en raison de leur disponibilité foncière, et des ressources humaines présentes nécessaires pour développer des écosystèmes industriels performants participant à la reconquête de nos souverainetés dont les fragilités ont été révélées par la crise", a plaidé Patrice Joly. L’agenda européen "permettra de démentir l’avenir que certains promettent à nos campagnes, les condamnant soit à l’abandon ou au déclin, soit à vivre dans le sillage des grandes métropoles", a-t-il développé. Il s’agit pour l’Europe aller "au-delà de la politique agricole commune", "d’apporter de réelles corrections aux fragilités des ruralités", en renforçant des dispositifs tels que le programme de développement rural Leader et plus globalement en mettant en place un "grand plan d’actions".