Prochain comité interministériel aux ruralités : l'Agenda rural "ne doit pas rester figé", estime l'AMRF

Le prochain comité interministériel aux ruralités devrait se tenir le 24 septembre 2021, durant le congrès de l'Association des maires ruraux de France (AMRF). Si l'Agenda rural avance, Michel Fournier, le président de l'association, estime qu'il faudra qu'il évolue pour s'adapter à la nouvelle situation causée par la crise sanitaire.

Repoussé à l'automne, le comité interministériel aux ruralités (CIR) devrait se tenir le 24 septembre 2021, durant le congrès de l'Association des maires ruraux de France (AMRF) organisé du 24 au 26 septembre dans l'Yonne. L'occasion de faire le point sur l'Agenda rural. Durant une audition le 17 juin 2021 par la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation de l'Assemblée nationale, Joël Giraud avait fait un point d'étape assurant que 60% des mesures des 181 mesures étaient "terminées", et 85% mises en œuvre ou en cours. Pour l'AMRF, qui fête cette année ses cinquante ans, cet Agenda rural dont elle a inspiré l'idée permet de reconnaître la nécessité d'une prise en compte de la ruralité dans sa globalité. 

"Il y a eu une forme de révolution culturelle avec l'Agenda rural mis en œuvre par Édouard Philippe il y a deux ans, explique à Localtis Michel Fournier, président de l'AMRF. Mais certaines mesures étaient des ajustements et sont atteintes ; et il y en a d'autres qui ne sont plus forcément à la hauteur car il y a eu un événement depuis son lancement qui s'appelle la covid. Il ne faut surtout pas considérer que l'agenda doit rester figé." Le président de l'AMRF estime ainsi que certaines mesures vont devoir évoluer, et qu'il faut aussi poursuivre ce changement de mentalité vis-à-vis du rural et de la prise en compte de ses spécificités dans les domaines de l'éducation, de la santé… La nouvelle définition du rural donnée par l'Insee "est une première étape à laquelle l'association a participé", insiste Michel Fournier. Elle permet de rendre compte du poids réel du rural sur le territoire, à savoir 33% de la population. Mais le chemin est encore long pour que les fonds et les projets arrivent jusqu'à ces territoires et pour que l'on adapte les politiques publiques aux caractéristiques du milieu rural.

Reconnaître la ruralité en tant que telle et non par rapport à une image nostalgique, passéiste

Même chose du côté de la territorialisation du plan de relance. Si le président de l'AMRF reconnaît qu'il n'y a jamais eu une réponse aussi forte pour relancer l'économie, avec notamment des fonds conséquents, il regrette le manque de moyens d'ingénierie des petites communes rurales et les réponses négatives qui sont parfois données aux projets proposés par les maires. "Il y a des maires dont les projets ont été retoqués car jugés 'non structurants', or nous n'avons jamais eu de définition de ce qu'est un projet structurant, et cela ne veut pas dire la même chose pour une commune de 100 ou de 100.000 habitants ! Or, souvent, on privilégie les plus 'grands' projets", souligne Michel Fournier. L'Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) a tenté de rectifier le tir, en rendant gratuites les prestations d'ingénierie pour les communes de moins de 3.500 habitants "mais ce n'est pas pour cela que tout est réglé", assure Michel Fournier. L'AMRF a elle-même recruté une personne en volontariat territorial en administration (VTA) pour appuyer les associations départementales ou les communes qui en auraient besoin.

"Il y a aussi un travail énorme à mener pour que la ruralité soit reconnue en tant que telle et non pas par rapport à une image nostalgique, passéiste", insiste Michel Fournier. D'autant qu'avec la crise sanitaire, les territoires ruraux attirent des citadins, soit dans un objectif de télétravail "à la campagne", soit pour s'installer réellement ailleurs qu'en ville. "Il y a un renouveau de l'immobilier que l'on n'avait jamais vu avant, avec des demandes de permis de construire, des achats de maisons, assure Michel Fournier. Il ne faut pas qu'il y ait une immense déception, ces personnes doivent pouvoir trouver ce qu'elles cherchent, des loisirs, du haut débit, des infrastructures…" Un changement qui amène les maires à envisager leur rôle différemment, comme un nouveau métier. "Une des missions principales des maires est celle de savoir accueillir. Il y a une vie sociale à construire, entre les ruraux et ces nouveaux arrivants, détaille Michel Fournier, le potentiel est incroyable."