Un parc naturel encourage les propriétaires de forêts à scier leur bois sur place (09)

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Développement économique

Tourisme, culture, loisirs

Ariège

Dans le parc naturel régional (PNR) des Pyrénées ariégeoises, plus de la moitié de la superficie est boisée. Pour valoriser cette ressource locale, le PNR a lancé en 2014 une expérimentation de scie mobile dans deux villages. L’opération s’élargit progressivement à de nouvelles communes.

Selon les derniers chiffres connus (en 2005), dans le PNR des Pyrénées ariégeoises (142 communes, 46.600 habitants), 86.000 m3 de bois étaient vendus à différentes filières : la moitié à la papeterie, un quart en bois de chauffage et un dernier quart en bois d’œuvre pour la construction notamment.

Filières de valorisation du bois : trouver un meilleur équilibre

Or, comme l’explique la chargée de mission Forêt et filière bois au PNR, Elodie Roulier, la vente à la papeterie est la filière de valorisation la moins intéressante. "Le prix de vente à la papeterie est de 2 à 3 euros la tonne sur pied, alors qu’il peut atteindre 70 euros pour du bois d’œuvre, et pour concurrencer la pâte à papier de Chine, il faut des coûts d’exploitation les plus bas possible. Ce qui conduit dans 70% des cas à pratiquer des coupes rases." Ce type d’exploitation n’encourage pas les propriétaires à sélectionner les espèces et à améliorer la qualité des arbres. Il faut essayer de rééquilibrer le poids des différentes filières.
En 2009, le PNR a cherché à affiner sa connaissance de certains modes de valorisation du bois local peu connus. Certains propriétaires privés exploitent en effet, eux-mêmes, leur bois et le font transformer directement par un scieur à façon. Ils l’utilisent ensuite pour leur propre usage : pour rénover une maison, faire un bardage, une terrasse extérieure, construire une cabane de jardin…

Surprise : 21% du bois local transformé grâce au sciage à façon !

Les résultats de l’étude réalisée par un stagiaire auprès des scieurs à façon du territoire ont apporté une grande surprise. Le PNR pensait que ce volume serait "neutre", or l’enquête a révélé que loin de là, cela représente un volume non négligeable. Au total ce sont 1.600 m3 de bois qui étaient "sciés à façon" sur l’année. Sachant que sur l’ensemble du bois exploité dans le PNR, seuls 5.900 m3 par an sont sciés dans le territoire via les filières de commercialisation classiques. Finalement, sur les 7.500 m3 de bois local sciés dans le PNR, 21% sont transformés grâce au sciage à façon., c'est-à-dire que le client apporte une grume et demande une coupe spécifique en fonction de l’usage pour telle pièce de charpente ou autre.
Le sciage à façon apparaît donc comme un moyen pertinent de développer la transformation du bois local en bois d’œuvre, filière qui apporte une réelle valeur ajoutée. "Grâce à des prix de vente plus élevés, les propriétaires de forêt sont encouragés à passer d’une politique de la quantité à celle de la qualité. A terme, on obtient des moyens pour aménager et exploiter les forêts", détaille la chargée de mission.
Avec les scieurs locaux, le parc a cherché les moyens d’encourager cette pratique. C’est de là qu’est né le projet de "scie mobile".

La scie mobile s’inspire du modèle des bouilleurs de cru

Le projet de scie mobile dans les villages a emprunté son modèle au bouilleur de cru : au lieu d’apporter leurs fruits, les habitants apportent leurs grumes de bois, puis la place du village se transforme en salle de vente.
Répondant à l’appel de l’équipe du PNR pour la phase d’expérimentation, deux communes Cadarcet (234 habitants) et Pailhès (403 habitants) ont accepté de participer au test. "Il fallait un endroit plat, de la place pour stocker le bois, accepter du bruit pendant une semaine, communiquer auprès des habitants afin de rassembler au moins 20 m3 et mettre à disposition un tracteur", précise la chargée de mission.
Le scieur a été choisi en raison de sa proximité géographique, ainsi que de son intérêt pour l’expérimentation. La présence de la scie au milieu du village attire en effet les habitants et leurs très nombreuses questions. L’opération exige un véritable travail de pédagogie auquel contribue le professionnel.

Communication et pédagogie pour atteindre le seuil minimum de 20 m3

Les deux expérimentations ont mis en évidence une demande grandissante des consommateurs qui recherchent du bois dont ils connaissent l’origine, a fortiori du bois local.
Or, le déplacement de la scie mobile devient rentable à partir de 20 m3, soit une soixantaine de troncs d’arbres. "Avec la commune de Pailhès, nous avons fait en sorte de rassembler à l’avance assez de bois pour lancer l’opération pendant les premiers jours, raconte la chargée de mission. Ensuite, les propriétaires de bois qui ont l’habitude de le vendre en bûches comprennent qu’ils peuvent vendre leur bois, sans le fendre, ni le faire sécher, ni le livrer." Après deux ou trois jours, ils ont commencé à apporter leurs grumes.
La scie mobile a fonctionné 9 jours complets à Pailhès fin septembre 2014, pour scier plus de 50m3 de bois local, et 5 jours à Cadarcet au printemps pour un volume total scié de 26 m3 !

Poursuite de l’opération en l’élargissant à cinq communes dès 2015

Les élus ont déjà fait savoir qu’ils souhaitaient renouveler l’opération en 2015. "Les propriétaires de forêt feront le tri de leurs beaux arbres d’ici-là, comme cette dame qui possède un gros chêne et sait qu’elle pourra le valoriser, raconte Elodie Roulier. Le tri et la sélection des arbres est un pas important pour la valorisation de la ressource, mais l’expérimentation a aussi créé du lien social en réunissant au cœur des villages les habitants autour de la scie mobile."
En 2015, le parc lance un appel à candidatures pour élargir l’opération à cinq nouvelles communes.

Cécile Perrin pour la rubrique Expériences des sites www.mairieconseils.net et www.localtis.info
 

Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises

Nombre d'habitants :

46600

Pôle d'activités de la Ferme d'Icart
09240 Montels
info@parc-pyrenees-ariegeoises.fr

André Rouch

Président

Elodie Roulier

Chargée de mission forêt et filière bois
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