Une enquête souligne les acquis et les obstacles de l'éducation prioritaire

L'Observatoire des zones prioritaires a évalué les points forts et les points faibles des réseaux d'éducation prioritaire. Si les parents d'élèves y occupent une place importante, les autres partenaires, à commencer par les collectivités territoriales, sont peu présents. Le manque d'information de la part des pilotes des réseaux figure également parmi les obstacles mis en avant.

"La circulaire ministérielle de 2014 refondant l’éducation prioritaire précisait que l’ensemble des projets de réseaux ainsi que la carte de la géographie prioritaire devaient être évalués au terme d’une période de cinq ans, soit en 2019." Voilà ce qu'écrit l'Observatoire des zones prioritaires (OZP) en introduction des résultats de son enquête sur la mise en œuvre de la refondation de l’éducation prioritaire, dont la version complète vient d'être publiée.
Cette évaluation, l'association, qui mène une réflexion sur l’éducation prioritaire depuis 1990, est allée la demander au ministère. Après avoir constaté "l’absence d’initiative ministérielle", elle a décidé "de prendre ses responsabilités" en proposant une évaluation de l’éducation prioritaire sur la période 2014/2019. L’OZP précise que son enquête "repose sur le volontariat" et l'auto-évaluation. Voilà pour le cadre. En termes de résultats, ce bilan s'attarde sur trois points : les acquis, les obstacles et les leviers. 

Les collectivités peu citées

Les acquis mis en avant par l'enquête portent sur "certains fondamentaux {qui] ne sont pas remis en cause en éducation prioritaire". On trouve ici les cycles (en particulier le cycle 3, dit "de consolidation", regroupant les classes de CM1, CM2 et 6e), le travail d’un collectif professionnel, l’importance primordiale du pédagogique, les projets, et en particulier le projet de réseau, l’importance d’une formation adaptée et, enfin, les relations avec les parents.
Les relations avec les parents sont particulièrement valorisées : "S’il y a bien un champ dans lequel on peut percevoir un ensemble structuré d’acquis c’est celui qui concerne les relations avec les parents d’élèves", écrit l'OZP. En revanche, "il est très peu question des collectivités territoriales et de leurs services, très peu question des associations, très peu question des autres partenaires sportifs, scientifiques ou culturels". Comment expliquer cette absence ? D'une part, cela peut "sans doute être lu comme le fait que ce n’était pas la priorité de la refondation [de l'éducation prioritaire]". D'autre part, "ces partenariats déjà le plus souvent installés […] n’ont pas été particulièrement développés ces dernières années". De manière fort révélatrice, les mots "collectivité" et "mairie" n'apparaissent respectivement que quatre et trois fois dans un document de 143 pages !

Des informations peu partagées

Paradoxalement, les rapports avec les familles figurent également au bilan des obstacles. "C’est surtout à propos de la relation école-familles que le manque de savoirs et de savoir-faire est exprimé. C’est un des chantiers urgents à travailler", pointe l'OZP. Parmi les obstacles les plus souvent cités, on note encore "le manque de volonté de l’institution d’associer les acteurs à la définition des plans de formation". Une formation perçue comme "décidée d’en haut" et ne répondant pas forcément aux besoins du terrain. Enfin, l'enquête relève la "mauvaise volonté des pilotes à partager informations et décisions entre eux, à partager tout simplement le pilotage".
Cette carence dans le partage de l'information se manifeste par exemple dans la méconnaissance des moyens humains dédiés à l'éducation prioritaire. "Cela montre encore une fois que les informations sur les questions générales sont inégalement partagées", explique l'OZP. Quant à l'analyse des réponses obtenues sur ce thème, si elle met en évidence les augmentations des moyens humains du dispositif des CP et CE1 dédoublés, elle pointe aussi les suppressions des secrétariats ou aides administratives des directeurs d'école, ainsi que les manques de maîtres spécialisés. 
Également à classer parmi les obstacles est la question du temps. L'OZP fait remarquer l’importance de cette problématique dans l'ensemble de l'enquête. Surtout, cette carence est marquée quand il s'agit d'évoquer la concertation : "Il y a un appel vibrant à plus de temps institutionnel pour des échanges dédiés au travail partagé."

Non au "dynamitage"

Sans surprise, la question des moyens humains arrive en tête des leviers à actionner. Par exemple, pour améliorer le "lire, écrire, parler" et "enseigner plus explicitement", 40% des répondants souhaitent une augmentation des personnels, spécialisés ou non. Les effectifs d'élèves réduits sont plébiscités par 32% des répondants. En revanche, la relation avec les partenaires ne fait pas l'objet de revendication particulière, de même que l’augmentation des moyens financiers (dont le matériel numérique, le mobilier, les outils pédagogiques) occupe peu de place dans les réponses. On évoque encore comme levier la qualité des pilotes et la présence de coordonnateurs à temps plein.
La question de la coordination des réseaux d'éducation prioritaire trouve justement un écho dans l'un des derniers thèmes abordés par l'enquête : les cités éducatives. Ici, on note l'importance de la participation des collectivités : "Au nombre des partenaires sont évoqués les services municipaux (dont particulièrement le programme de réussite éducative, PRE), le tissu associatif, les services sociaux et de santé, les institutions culturelles…" Surtout, "pour les répondants, la question du partenariat apparaît comme une évidence de leur quotidien". Si l'OZP met en garde contre le risque que les cités éducatives ne soient qu'"un simple affichage ou une collection d’initiatives locales", il pense que "le réseau d’éducation prioritaire peut présenter une véritable ressource en termes de pilotage, de coordination et d’évaluation des situations locales".
En conclusion, l'OZP estime que la politique d’éducation prioritaire refondée en 2013 ne saurait désormais se décliner "uniquement en de simples mesures de dédoublements de classes et de petits déjeuners". "À l’heure où certains ne rêvent que de dynamitage de la géographie prioritaire et d’effacement de cette politique, écrit l'association, il est nécessaire de rappeler l’urgence de la lutte contre les inégalités sociales et territoriales en s’appuyant notamment sur une politique d’éducation prioritaire inscrite dans le temps, engageant la responsabilité de l’État et bénéficiant de l’ensemble des décisions et des moyens appelés par son évaluation." L'allusion au rapport Azéma-Mathiot, remis en début d'année au ministre de l'Éducation nationale, est claire. Ce rapport préconise de maintenir les REP+ tout en prônant la fin d'un zonage des REP piloté par le ministère pour donner la main aux rectorats, en concertation avec les collectivités territoriales. Certains y voient la fin de la politique d'éducation prioritaire telle qu'elle existe actuellement…
 

 

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