Valérie Petit, députée du Nord, veut lutter contre le burn-out administratif des Français

"Cessons d'emmerder les Français !", disait Georges Pompidou. Avec sa proposition de résolution déposée le 15 juillet 2021 à l'Assemblée nationale, la députée du Nord Valérie Petit reprend le slogan à son compte et suggère que "l'on cesse aussi de les rendre malades à force de complexité administrative !".

Face à l'administration, vous est-il déjà arrivé d'avoir le sentiment de tourner en rond ? De parler à un mur ? D’être enfermé dans une logique administrative incompréhensible ? De ne pas être écouté, respecté et d'affronter une machine bureaucratique déshumanisée ? Si tel est le cas, vous pourriez bien être atteint d'un burn-out administratif. C'est du moins ce que diagnostique la députée du Nord Valérie Petit qui a déposé le 15 juillet 2021 une proposition de résolution visant à "reconnaître, prévenir et lutter contre l’épuisement administratif des Français" et qui a vocation à être examinée par l’Assemblée nationale.

"Rarement l’Etat et son administration n’ont à ce point régenté le quotidien des Français"

"Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! Il y a beaucoup trop de lois, trop de règlements dans ce pays", s’exclamait en 1966 Georges Pompidou devant un chargé de mission à Matignon présentant à son patron une pile de décrets à signer. Un chargé de mission qui n’était autre que Jacques Chirac, celui qui, quelques années plus tard, rapportait cette anecdote savoureuse. L'exclamation est reprise par la députée du Nord, qui estime que celle-ci "n’a pas pris une ride en 2021, année de l’attestation, des cases à cocher, des formulaires d’aides, des plannings de couvre-feux, des listes de produits essentiels et autres variations de la désormais suradministration de nos quotidiens". Allant même jusqu'à dire, dans son communiqué du 16 juillet 2021, que "rarement l’Etat et son administration n’ont à ce point régenté le quotidien des Français, au nom du meilleur mais régulièrement pour le pire. Jusqu’à les rendre malades".

Le burn-out administratif dans le dictionnaire de l’action publique

Cet "épuisement" ou le fameux "burn-out" que l'on associe habituellement plus volontiers à la sphère professionnelle, trouverait donc sa source dans les "relations labyrinthiques ou absurdes" que subissent certains usagers "avec l’administration française". "J’ai voulu mettre DES MOTS sur les maux que m’expriment les citoyens à chacune de mes permanences", explique la députée. "Cette perte de sens face à une complexité administrative qu’ils ne maitrisent plus, cette perte du sentiment d’humanité face à une relation qui se dématérialise portent un nom qui n’existe pas encore dans le dictionnaire de l’action publique : l’épuisement ou le burn-out administratif. Il est temps de l’y inscrire", appelle la député de ses voeux.

Six propositions

Pour mener ce combat, Valérie Petit a opté pour une résolution parlementaire. Juridiquement, c'est un acte par lequel l'Assemblée nationale émet un avis sur une question déterminée. Une résolution n'est pas contraignante. Mais elle est surtout utilisée par les parlementaires pour formuler un vœu, une recommandation. "Une résolution, c'est une déclaration de principe", résumait Bernard Accoyer, lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale, avant d'ajouter que la loi c'était pour agir.

Cette résolution-là formule six propositions, dont par exemple le fait de définir précisément et scientifiquement ce qu’est l’épuisement administratif, de mieux former les managers publics et les sensibiliser à cette question, ou encore d'étendre les compétences du Défenseur des droits pour équiper les Français de recours possibles face à l’administration.

Un Français sur cinq en difficulté 

Selon Valérie Petit, les chiffres viennent confirmer cette expérience de terrain. "Un Français sur cinq dit aujourd’hui éprouver des difficultés à accomplir les démarches administratives courantes, un chiffre qui atteint 37% chez les 18-24 ans". 12% de ceux qui rencontrent des problèmes avec l’administration disent abandonner leurs démarches, un taux qui atteint 18% chez les personnes précaires ou isolées, tandis que les agriculteurs (25%), les inactifs (16%) ou encore les personnes non titulaires du baccalauréat (15%) déclarent, plus souvent que l’ensemble de la population, abandonner les démarches face aux problèmes rencontrés avec l’administration.

Membre de la majorité présidentielle, la députée rapporte avoir "échangé depuis plusieurs semaines avec la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin", qui a lancé le chantier de l’amélioration de la qualité pour les usagers du service public et notamment le partage de données, "dites-le-nous une fois", le pré-remplissage ou encore la plateforme "Services Plus" qui donne la parole et s’engage à répondre aux usagers (voir notre article du 29 janvier). Elle dit souhaiter "joindre ses forces à celles de la ministre" mais "avec une méthode qui consiste à partir du terrain et des citoyens pour accélérer la simplification à un moment où le quotidien n’a jamais été aussi administré et…compliqué".