En 2020, les "amortisseurs" ont réussi à atténuer les effets de la crise

Pour la première fois, les relocalisations ont dépassé les délocalisations en 2020. D'après le cabinet Trendeo, le choc de la crise 2020 a été en partie "amorti" par les mesures de soutien, avec notamment un impact sur l'emploi bien moindre que lors de la crise financière de 2009. L'avenir dépendra du retrait plus ou moins brutal des aides, estime le cabinet qui s'inquiète d'un point noir : le désinvestissement dans les centres de recherche et développement où l'emploi baisse pour la première fois en onze ans. 

Les cycles Mercier qui viennent d'annoncer relocaliser une partie de leur activité à Revin dans les Ardennes sont-ils l'arbre qui cache la forêt ? Pour la première fois, il se pourrait que non. Les relocalisations ont en effet connu une forte hausse sur l'ensemble de l'année. Le cabinet Trendeo dénombre 30 relocalisations pour 25 délocalisations, soit un solde positif pour la première fois (on était plutôt jusqu'ici sur une tendance de 1 relocalisation pour 10 délocalisations). Même "si les emplois délocalisés (1.718) restent supérieurs aux emplois relocalisés (1.655)", indique le cabinet dans son bilan de 2020 publié la semaine dernière. Il prévoit un plus fort dynamisme des emplois relocalisés si la tendance se poursuit.

Quel est le portrait type des entreprises qui relocalisent ? 53% sont des PME, et 77% des relocalisations concernent une activité industrielle. Elles sont le plus souvent liées à l'achat de machines par des PME industrielles, souvent aidées par l'Etat (30% des projets de relocalisations ont bénéficié d'aides, jusqu'à 47% au quatrième trimestre au lancement du plan de relance).

Pour mémoire, le plan de relance, lancé en septembre 2020, prévoit une enveloppe d'un milliard d'euros pour les relocalisations sous forme de subventions avec appels à projets. Ces entreprises profitent des aides pour franchir un cap technologique et internaliser des productions auparavant achetées auprès de fournisseurs étrangers. "Nous sommes très surpris car nous avons tendance à considérer que les aides provoquent surtout des effets d'aubaine or là il y a un lien direct entre les relocalisations et les aides publiques, notamment le déplafonnement des aides minimales allant jusqu'à 800.000 euros*, contre 200.000 euros en temps normal, prévu dans le cadre du plan de relance, analyse David Cousquer, le dirigeant de Trendeo, interrogé par Localtis ; beaucoup de PME en ont profité pour acheter des machines soit pour augmenter leur productivité, soit pour récupérer leur production réalisée auparavant à l'étranger, et beaucoup d'emplois sont créés en lien avec ces machines. Cela révèle aussi que des PME devaient se moderniser mais n'en avaient pas la capacité financière. C'est bon pour deux secteurs de l'économie française qui ne vont pas bien, les PME et l'industrie."

Un choc "amorti"

Cette surprise fait en effet partie des bonnes nouvelles du bilan de Trendeo sur une année pourtant calamiteuse à bien des égards. Le choc de la crise due à l'épidémie de Covid-19 a bien été "amorti", estime le cabinet. Ainsi, si l'on compare à l'année 2009, l'augmentation du nombre de chômeurs est moindre. Ainsi, 260.500 chômeurs de plus ont été enregistrés par la Dares (ministère du Travail) en 2020, contre près de 660.000 lors de la crise financière de 2009. "La baisse considérable du PIB (-8%) laissait présager des pertes d'emplois deux à trois supérieures", considère David Cousquer. D'ailleurs, l'Insee qui anticipait une destruction de 600.000 emplois dans le privé en 2020 en a finalement comptabilisé 360.500 emplois  (-1,8%), après cinq années de hausse successive, selon ses derniers chiffres publiés le 5 février, .

Si toutes les catégories d'entreprises ont réduit très sensiblement leurs créations d'emplois (de 18% en moyenne), "les PME, probablement grâce aux prêts garantis par l'Etat notamment, ont supprimé très peu d'emplois, détaille l'étude, mieux, en fin d'année, les aides directes accordées dans le cadre du plan France Relance, ont soutenu la création d'emplois". Le solde net est même de 15.729 emplois en plus pour les PME, contre 21.200 en 2019. Les grandes entreprises perdent quant à elles 32.756 emplois sur la même période.

L'industrie perd 22 usines

Autre point de vigilance : la situation de l'industrie. 13.886 emplois ont été perdus mais l'année 2020 n'est que la sixième plus mauvaise depuis 2009. Des secteurs ont cependant particulièrement souffert. Sans surprise, l'aéronautique, après avoir créé 11.783 emplois depuis 2009 à fin 2019, a tout perdu avec la suppression de 12.167 emplois en 2020. "Pour l'ensemble de la filière aéronautique cependant, le solde reste positif, indique l'étude, à 8.783 emplois nets créés depuis 2009". Trendeo constate aussi que projets annoncés "signalent l’évolution de la filière vers des pratiques plus favorables à l’environnement : dirigeables de Flying Whales, avion électrique de Ascendance Flight Technologies, batteries de Limatech pour des ULM ou hélicoptères".

Le solde annuel d'ouvertures et de fermetures d'usines se dégrade, mais davantage du fait des baisses de créations que d'une augmentation des fermetures : -22 en 2020, contre -12 en 2019 et +24 en 2018. Ce sont les régions Ile-de-France, Normandie, Occitanie, Hauts-de-France et Centre-Val de Loire qui en souffrent le plus. Alors que le solde est positif en Auvergne-Rhône-Alpes (+9), dans les Pays de la Loire (+3) et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (+2). "Les annonces d'ouverture ont baissé (de 110 à 101), souligne Trendeo, mais les fermetures sont restées presque stables (123 en 2020 contre 122 en 2019)".

Autres points à noter : il y a eu peu de suppressions d'emplois dans les activités de sièges, les quartiers généraux et les services internes, le solde entre créations et suppressions d'emplois s'établissant à -297 seulement en 2020 contre -39.300 en 2009. Signe d'après Trendeo que "le souci premier des entreprises n'est pas de rétablir leur compétitivité en réduisant leurs coûts". La logistique se maintient à un bon niveau de création d'emploi. Même chose pour les centres d'appels et activités de production d'énergie et de gestion des déchets qui se maintiennent à un niveau faible mais positif.

Un point noir : la recherche et développement

Commentant les chiffres des destructions d'emplois moindres que prévu, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a jugé, lundi 8 février sur Europe 1 que "le 'quoi qu'il en coûte' a été particulièrement efficace en 2020". "C'est d'abord dû au 'quoi qu'il en coûte', mais c'est surtout dû à l'extraordinaire capacité de résistance de l'économie française", a-t-il salué. 

Trendeo estime toutefois que l'avenir dépend du retrait, plus ou moins progressif, du soutien public. "Si le retrait est trop brutal, beaucoup de PME ne tiendront pas le coup, assure David Cousquer, en revanche, si c'est étalé dans le temps, avec un remboursement des prêts garantis par l'Etat-PGE facilité, étalé, voire transformé en investissement en capital par exemple, ça peut passer, car beaucoup anticipent une reprise de la demande et une croissance assez forte." Les collectivités territoriales ont aussi un rôle à jouer pour aider les entreprises à récupérer des fonds propres. "Les régions peuvent investir dans les PME et ETI locales, mais elles n'ont pas toujours les structures de capital risque nécessaires", précise David Cousquer, qui souligne que l'aide des collectivités peut aussi être multiforme, avec par exemple la capacité à équiper des sites. "Elles y ont tout intérêt car quand l'économie est en croissance faible ou moyenne, les grands groupes vont chercher leur croissance ailleurs, alors que les PME et ETI sont souvent sur un seul site et récupèrent de l'activité économique localement".

Trendeo souligne enfin un point noir : la recherche et développement où le solde des emplois est en négatif pour la première fois depuis 2009. Le nombre de projets R&D ayant été divisé par quatre par rapport à 2017. Un phénomène qui risque d'avoir à terme des conséquences pour l'économie française. "Si l'ensemble du tissu économique n'est pas irrigué par la R&D, cela risque de nous poser un problème de souveraineté industrielle, à un moment où on se rend compte qu'avoir ses propres productions, comme pour les vaccins, est un atout en temps de crise", souligne David Cousquer.

 

* La Commission européenne a autorisé un régime-cadre français en juin 2020 permettant notamment aux Etats membres d'octroyer des aides sous la forme de subventions directes, d'apports de fonds propres, d'avantages fiscaux sélectifs et d'avances remboursables pour un montant allant jusqu'à 800.000 euros pour les secteurs hors agricole primaire (limite de 100.000 euros) et pêche et aquaculture (120.000 euros).

 

 

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